Posté 23 février 2013 - 17:36
Enfin !
Je viens de retrouver par hasard dans mes archives l'interview que j'avais faite de Giraud pour le routard.com. Pour rappel, c'était autour du voyage, puis ça a dérivé.
Petit extait :
On constate en ce moment un vif intérêt pour le chamanisme, que ce soit bien évidemment de la part de Jan Kounen, Vincent Ravalec ou encore Marc Caro. Selon vous, la démocratisation du chamanisme en occident est-elle une bonne chose ?
Je crois que c’est quelque chose de non communicable dans la société occidentale. Je crois qu’il n’y a pas de possibilités de transposer. Le chamanisme est relié à des transmissions initiatiques très précises qui sont locales et particulières. C’est pratiquement inexportable. Le chamanisme amazonien par exemple, n’est pas exportable. Il doit emmener sa pharmacopée et ce n’est pas possible, c’est illusoire. D’ailleurs dans le film Blueberry, je crois qu’il y a un hiatus : on voit en action un chaman amazonien, dans un contexte du Sud des Etats-Unis et ça n’a aucun rapport. C’est comme vouloir mettre un sorcier de la forêt finlandaise et de le mettre en Provence. On est encore dans une espèce d’imprécision générique, égocentrique.
En plus, le chamanisme occidental a été éradiqué et il s’est éradiqué lui-même en se fondant, en se raccordant au messianisme christique. Le chamanisme purement français soit a été pourchassé, combattu, brûlé, soit s’est lui-même fondu dans la mythologie chrétienne. Ce qui fait que la seule chance de recoller au chamanisme local, c’est de replonger dans certains aspects de la chrétienté qui sont encore raccordés au chamanisme. C’est la seule façon de le faire, ça demande un énorme travail culturel. Comme l’avait fait par exemple René Guénon qui était arrivé à la conclusion qu’il n’y avait pas d’espoir. Et que les seuls circuits traditionnels encore en action, c’était les indiens, les chamans qui subsistent encore dans le nord des continents. Et ce qu’il avancait était pour son époque, le début du siècle dernier. Et il avait également trouvé dans le soufisme une filiation. Et il y avait les hindous aussi. Mais tout ça avait quand même pas mal été édulcoré. Et la grande surprise dans les années soixante, ça a été les livres de Castaneda qui ont eu l’air de dire qu’il y avait des filières qui continuaient d’exister et qui venaient des Toltèques et existaient dans la clandestinité. Castaneda est très contesté, certains disent que tout ça est une affabulation, d’autres que c’est vrai. Et même si c’est vrai, c’est de toutes façons caché. Le circuit a dû retourner dans la clandestinité, il n’y aucune chance pour qu’on en fasse un phénomène qui rentre dans le circuit de consommation, de diffusion médiatique. Ce qu’on peut dire c’est qu’il y a quelque chose d’intéressant qui demanderait à être travaillé. Et peut-être que le travail de Narby, qui est un ethnologue, qui a fait un livre sur le serpent cosmique à partir d’une expérience qu’il a eue avec les Indiens d’Amazonie. Evidemment, si les sciences humaines commencent à travailler sérieusement, peut-être qu’on peut rêver de quelque chose de possible. Et le travail de Ravalec est vachement intéressant aussi, parce que c’est un circuit de réintégration très intéressant, notamment en direction des artistes.
Et puisqu'on est dans la section Sang d'encre, une question posée pour moi, pas pour le Routard, à la fin de l'itw :
Quelle était votre relation à Franquin ?
C’est essentiellement à travers son travail. C’est une relation d’amour total et inconditionnel.
Vous l’avez déjà rencontré ?
Quand on s’est rencontrés et ça a toujours été très chaleureux et très sympa, mais je n’attends pas grand-chose des relations humaines à moins que le destin mette en contact d’une façon profonde et marquante. Comme par exemple avec Gillain. Parce que Gillain m’a pris sous son aile, il m’a initié à beaucoup de choses. Donc la relation a débordé le cadre de la perception artistique. Alors qu’avec Franquin, c’est resté très pur. Il n’y a pas d’interférences. Quelques contacts, quelques rencontres, mais finalement suffisamment éloignées pour que ça n’interfère pas. Il était vachement sympa. C’était un gars qu’on ne pouvait que aimer. Mais en même temps, il n’était pas du tout impressionnant. Il était simple. Là où il devenait complexe, c’était quand il dessinait. Ceci dit, c’était une personne également complexe, dans la réalité. Dans le contact, c’était simple, mais c’était certainement une personne extrêmement écartelée et déchirée par plein de questions. Et plein de réponses (rires) ! C’était un type formidable.
Tout est © Thibaut Pinsard. Faudra que je trouve le moyen de diffuser l'itw dans son intégralité à l'occasion...