Le probléme, comme c'est dit dans le sujet 13éme Guerrier, c'est qu'un mouvement n'a pas qu'une signification en lui même, mais il peut prendre une variété de sens selon ce qu'il sert à montrer.
Un travelling arriére avec un personnage au centre du cadre dans un décor/situation inquiétante peut par exemple tenter de nous faire comprendre la solitude/angoisse grandissante du personnage (il devient de plus en plus petit, la zone du danger s'élargit, etc...). Mais tous les travellings arriéres ne cherchent pas à dire cela, la signification est aussi dépendante du plan précédent, de la situation décrite, et ainsi de suite. (ex. Collateral, avec la proc dans la bibliothéque alors que la personne avec qui elle parlait ne capte plus)
Il y a aussi le plan "typique" à la fin du film Hollywoodien: la caméra est monté sur une grue et part d'un plan plus ou moins général du dernier décor avec les personnages au centre, puis la grue s'éleve et la caméra "s'envole" pour finir sur un plan de ciel/horizon (Die Hard, entre autres): littéralement on se détache des personnages et de l'histoire pour nous "arracher" du film et nous ignifier la fin.
Autre mouvement devenu célébre, les travellings/steadycam qui suivent un perso: Scorcese (et Boogie Nights) propose une variation ou la caméra suit quelqu'un et devient littéralement un personnage. Dans les Affranchis, on se balade dans un resto/club et on est présenté à une gallerie de persos de la mafia qui s'adresse directement au spectateur.
On pourrait continuer des heures comme ça...
Autre exemple fameux, le travelling compensé du père Hitchcock dans Vertigo (Un travelling avant avec un zoom arriére ou inversement) qui sert à créer un effet visuel suggérant la sensation de vertige du héros, même si a proprement parler ce n'est peut être pas un "mouvement" (ce sont les perspectives qui se modifient). L'effet à été repris dans La Haine par exemple, à une autre fin.
McTiernan (toujours lui) parle un peu de ça dans le comm audio de Die Hard: pendant longtemps on a estimé qu'un mouvement de caméra devait être motivé par un mouvement "physique" dans le cadre (Voiture, hélico, course) mais ca s'est ensuite enrichi quand on a réalisé qu'un mouvement pouvait retranscrire l'état d'esprit d'un personnage (Dans Die Hard y a des exemples assez frappants, comme quand Hans Gruber est filmé en contre-plongée et qu'on a un travelling -je me demande si il est pas compensé d'ailleurs- qui nous rapproche de lui alors qu'il se met en colére -intérieurement-), sans justification physique.
Tout ça pour dire qu'il y a infinité d'interprétations possible à chaque mouvement: le mouvement n'a une signification que dans le contexte et le cadre du film dans lequel on le trouve.
Je remets le petit mot de Coltrane au début de ce sujet sur l'effet Koulechov:
CITATION
Pour terminer et donner une idée du pouvoir du montage, quelques mots sur le fameux effet Koulechov, sur lequel Eisenstein ( LE théoricien du montage dont je conseille la lecture des ouvrages dont la plupart sont très faciles d'accès) écrivit de si belles lignes: cette expérience consistait à monter un plan toujours identique du visage impassible d'un homme avec celui de différents objets ( des enfants qui jouent, un chien, un plat de nourriture, un enterrement, ...). Invariablement, les spéctateurs pensaient que le plan du visage de l'homme changeait alors que c'étaient eux qui projetaient sur le visage de l'homme impassible ( toujours le même!) leurs propres sentiments nés des autres plans ( joie, tristesse, gourmandise, ...)
EDIT: Je dirais que la signification d'un mouvement n'est pas difficile à comprendre en soi, comme dans l'exemple "plan de fin à la grue". Ce qu'on voit concrétement à l'écran c'est: on s'éloigne des persos et de l'espace de la narration pour partir dans le vague, c'est assez limpide (on quitte la digése = c'est la fin), pas besoin d'aller chercher tout de suite de grandes explications fumeuses.
C'est surement pour ca que Die Hard est autant cité dans ce sujet, parce que outre le commentaire de McT qui justement explique simplement ce qui se passe à l'image, on y assiste à l'utilisation d'une pallette d'effets très large et très compléte: c'est un catalogue de mise en scéne...