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Le montage et la mise-en-scène pour les nuls


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490 réponses sur ce sujet

#21 Loki

Loki

    Trickster ardent

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Posté 28 February 2007 - 09:56 AM

Quand le cinéma recherche la qualité maximale, le réalisateur doit superviser lui-même chaque étape du montage. Sa présence est indispensable autant pour la direction du monteur que pour le soutien moral de celui-ci. Bien sûr, ce n'est pas toujours le cas et d'autres formules existent :


- Formule "Remaniement" : Le monteur fait le travail seul, avec ou sans les instructions du réalisateur. Il ne profite aucunement de la vision d'ensemble de celui-ci et le résultat final sera nécessairement moins bien ciselé.

- Formule "Venez pas me faire chier" : Le réalisateur fait le travail seul. Il assure l'unité du tout, mais il subit le problème d'une subjectivité excessive. Non seulement il est susceptible d'accorder de la valeur émotionnelle à certains mauvais plans, parce qu'il peut avoir passé des jours à les obtenir, mais en plus, il remarquera beaucoup moins d'erreurs que s'il s'aidait d'un monteur. De plus, le processus de réflexion du réalisateur par rapport à son oeuvre est perturbé par son action directe et permanente sur cette même oeuvre. L'oeil neuf du monteur est tout sauf négligeable : c'est le recul et l'assurance du réalisateur.

- Formule "Hollywood Chewing-Gum" : Le producteur prend la généreuse initiative de diriger le monteur. icon_mrgreen.gif

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#22 Evil Seb

Evil Seb

    El Luchador

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Posté 28 February 2007 - 11:05 AM

Tres interessant ce topic en effet. Pas mal de chose tres juste on déja été dites. En fait quand on fait un film on le mets en scène trois fois (une fois sur papier, une fois en "live" avec les acteurs et tout le toutim et une dernière fois sur la table de montage ou sur ordinateurs maintenant, c'est la combinaison de ces trois mise en scène qui donneront au film sont resultats final. On a un peu tendance a ne jamais s'attarder sur le montage pouirtant c'est un élément important et oh combien casse geule, un plan de quelques secondes peut chambouler toute une scène voire tout un film, on en a suffiszament la preuve avec les nombreuses "director's cut" qui fleurissent de plus en plus.

Sinon on a beau dire du mal de Rodriguez, j'ai appris une bonne leçon sur un de ses commentaires (celui de From Dusk Till Dawn si je ne m'abuse) ou il donne come conseil a tous les apprentis réalisateurs la technique dites "du plan du chien". C'est un pêu de la triche mais ca permet de rattraper quelques erreurs au montage. J'me rematte le com en qustion pour bien expliquer pasque expliquer ca comme ca c'est coton alors qu'en fait c'est super simple
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#23 Blunt

Blunt

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Posté 28 February 2007 - 11:39 AM

CITATION(tonton @ 28 2 2007 - 08:57) <{POST_SNAPBACK}>
Je vais justement en venir à la deuxième chose qui m'intéresse en mise-en-scène/montage: a qui sont attribuées les grandes idées de montage/mise-en-scène? Dans quels films a-t-on vu le premier freeze, le premier jump-cut...?


Globalement, tu peux retracer quasiment toutes les idées de montage au cinéma russe, et particulièrement à Eisenstein (qui a développé les méthodes de montage: métrique, rythmique, tonal, surtonal et intellectuel) et Lev Kuleshov et sa fameuse expérience du même nom (pour mémoire: Kuleshov avait superposé la même image d'un homme à l'expression neutre à diverses images telles que un bébé, de la nourriture, le cercueil d'une vieille femme et lorsqu'il projeta ce montage au public, celui-ci vit dans l'expression neutre de l'acteur diverses émotions selon l'image à laquelle il était accolé). Le cinéma russe a été le premier à vraiment se préoccuper de l'importance du montage et à le considérer comme l'outil de base de l'art cinématographique.

Pour les techniques spécifiques en revanche, je ne saurais pas te répondre dans le détail. On considère généralement que le jump cut a été "popularisé" par l'usage extensif qu'en fit Godard dans A Bout de Souffle, mais je ne sais pas s'il fut véritablement le premier à l'utiliser.
Si tous les metaleux du monde se donnaient la main, qui tiendraient les bières?

#24 tonton

tonton

    DJ Zero

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Posté 28 February 2007 - 12:09 PM

CITATION(Blunt @ 28 2 2007 - 11:39) <{POST_SNAPBACK}>
CITATION(tonton @ 28 2 2007 - 08:57) <{POST_SNAPBACK}>
Je vais justement en venir à la deuxième chose qui m'intéresse en mise-en-scène/montage: a qui sont attribuées les grandes idées de montage/mise-en-scène? Dans quels films a-t-on vu le premier freeze, le premier jump-cut...?


Globalement, tu peux retracer quasiment toutes les idées de montage au cinéma russe, et particulièrement à Eisenstein (qui a développé les méthodes de montage: métrique, rythmique, tonal, surtonal et intellectuel) et Lev Kuleshov et sa fameuse expérience du même nom (pour mémoire: Kuleshov avait superposé la même image d'un homme à l'expression neutre à diverses images telles que un bébé, de la nourriture, le cercueil d'une vieille femme et lorsqu'il projeta ce montage au public, celui-ci vit dans l'expression neutre de l'acteur diverses émotions selon l'image à laquelle il était accolé). Le cinéma russe a été le premier à vraiment se préoccuper de l'importance du montage et à le considérer comme l'outil de base de l'art cinématographique.

Pour les techniques spécifiques en revanche, je ne saurais pas te répondre dans le détail. On considère généralement que le jump cut a été "popularisé" par l'usage extensif qu'en fit Godard dans A Bout de Souffle, mais je ne sais pas s'il fut véritablement le premier à l'utiliser.


merci pour les infos (faut décidément que je (re)matte des Eisenstein)
Coltrane a aussi mentionné cet effet Kuleshov. On trouve plein de choses intéressantes à ce sujet sur la toile.
L'attribution des techniques spécifiques étant un sujet peut-être un peu vaste, il faut peut-être se limiter à des choses plus précises (ceci dit, si d'autres ont des infos ou des sources à partager, je suis preneur). Allez hop: j'entends toujours que Welles a révolutionné la mise-en-scène avec "Citizen Kane", on parle souvent de son utilisation de la profondeur de champ. Mais en quoi son utilisation est-elle révolutionnaire? Et qu'a-t-il apporté d'autre?
Vous avez 2 heures.
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#25 Elego

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Posté 28 February 2007 - 12:10 PM

Griffith a fait beaucoup pour le montage aussi, notamment avec l'idée de montage d'histoires en parallèle (je crois que son film s'appelle intolérance, et il pousse le concept jusqu'à raconter quatre histoires en même temps à quatre époques différentes) et beaucoup de travail sur comment la valeur des plans (rapprochés, large, etc.) influe sur la perception que l'on [spectateur] a du personnage.
Sinon il y a l'homme à la caméra de je-sais-plus-le-nom, qui expérimente sur le langage cinématographique.

#26 tonton

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Posté 28 February 2007 - 12:15 PM

CITATION(Elego @ 28 2 2007 - 12:10) <{POST_SNAPBACK}>
Griffith a fait beaucoup pour le montage aussi, notamment avec l'idée de montage d'histoires en parallèle (je crois que son film s'appelle intolérance, et il pousse le concept jusqu'à raconter quatre histoires en même temps à quatre époques différentes) et beaucoup de travail sur comment la valeur des plans (rapprochés, large, etc.) influe sur la perception que l'on [spectateur] a du personnage.
Sinon il y a l'homme à la caméra de je-sais-plus-le-nom, qui expérimente sur le langage cinématographique.


"l'homme à la caméra" de Dziga Vertov (connaissais pas)
http://fr.wikipedia.org/wiki/L'Homme_%..._la_cam%C3%A9ra

"Il est aussi célèbre pour sa mise en abyme (le film dans le film) : ... une autre scène présente un public regardant l'Homme à la caméra sur grand écran"

encore un qui a tout repompé sur Carpenter
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#27 Elego

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Posté 28 February 2007 - 12:19 PM

Orson Wells a notamment inventée...la contre-plongée.

Son utilisation de la profondeur de champs était (est) révolutionnaire car elle est immense, Wells allant jusqu'à recourir à des trucages pour l'augmenter (en filmant le premier plan et le second plan séparément par exemple).
Je peux difficilement t'en dire plus.

#28 Blunt

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Posté 28 February 2007 - 12:21 PM

CITATION(Elego @ 28 2 2007 - 12:10) <{POST_SNAPBACK}>
Griffith a fait beaucoup pour le montage aussi, notamment avec l'idée de montage d'histoires en parallèle (je crois que son film s'appelle intolérance, et il pousse le concept jusqu'à raconter quatre histoires en même temps à quatre époques différentes)


Intolerance a effectivement introduit la notion de montage parallèle, à ne pas confondre avec le montage alterné qui est lui beaucoup plus usité (la différence entre les deux étant que le montage parallèle introduit une notion de séparation temporelle et non uniquement spatiale).

tonton, concernant Citizen Kane, je te renvoie à ce post de L'Archi
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#29 Pierrot

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Posté 28 February 2007 - 12:25 PM

Dans les pères fondateurs des techniques de mise en scène, on peut aussi citer le père Abel Gance qui expérimentait comme un malade (et sur des projets pharaoniques) dès qu'il en avait l'occasion. Eisenstein ne cachait d'ailleurs pas son admiration pour lui.



#30 LMD

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Posté 28 February 2007 - 12:31 PM

Le Montage Alterné c'est pas Griffith aussi un peu (dans Naissance d'une Nation?)

Pour l'Homme à la Caméra c'est un film absolument essentiel (pas dans le sens Terminator 2 ou Turkish Star Wars, pour de vrai) donc j'encourage tout le monde à essayer de le voir. Pour les réfractaires au muet il y a une excellente version agrémenté d'une musique de Cinematic Orchestra qui existe en DVD. C'est tout le cinéma soviétique qui regorge en effet de techniques pionniéres, mais le film de Vertov "compile" à fond les ballons tout les effets possibles et imaginables, et le film déborde de "mises en abimes" (plutot d'une démythification ou illustration des processus de tournages): on voit un public regardant le film, on voit parfois celui qui est censé être "l'homme à la caméra" en train de filmer des séquences qu'on voit en même temps -c'est le frére du réalisateur Mikhail Kaufman si je me gourre pas-, on voit la monteuse en plein travail avec les images s'animant entre ses mains...

The age of Peace had ended. There was to be no lack of war. There was to be enough for all. Aye, enough and to spare.


#31 tonton

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Posté 28 February 2007 - 12:33 PM

Mortel le post de l'archi

(et l'Homme à la Caméra, il est au top de ma shopping list. EDIT: ayé, il est commandé)
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#32 quarx

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Posté 28 February 2007 - 12:46 PM

CITATION(Blunt @ 28 2 2007 - 12:21) <{POST_SNAPBACK}>
Intolerance a effectivement introduit la notion de montage parallèle, à ne pas confondre avec le montage alterné qui est lui beaucoup plus usité (la différence entre les deux étant que le montage parallèle introduit une notion de séparation temporelle et non uniquement spatiale).

En fait il me semble que la différence entre montage alterné et montage en parallèle est autre : le montage alterné consiste en une succession de scènes se déroulant dans des lieux ou a des époques différentes (si les montages alternés sont plus souvent uniquement spatiaux que temporels, c'est simplement parce qu'il n'y a qu'une minorité de films qui se passent à plusieurs époques différentes).
Tandis que le montage en parallèle, quasiment plus utilisé aujourd'hui, permet d'introduire une métaphore en utilisant un (ou des) plan(s) n'ayant rien à voir avec le récit :
exemple : un plan sur des ouvriers, suivi d'un plan sur des animaux tués dans un abattoir (ce plan n'ayant rien à voir avec l'histoire racontée) -> le réal assimile, uniquement par le montage, les ouvriers à des êtres exploités jusqu'à la mort par la société industrielle (cet exemple est tiré d'un film de Chaplin si je ne me goure pas, mais je ne sais plus lequel).

#33 tonton

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Posté 28 February 2007 - 12:57 PM

CITATION(quarx @ 28 2 2007 - 12:46) <{POST_SNAPBACK}>
exemple : un plan sur des ouvriers, suivi d'un plan sur des animaux tués dans un abattoir (ce plan n'ayant rien à voir avec l'histoire racontée) -> le réal assimile, uniquement par le montage, les ouvriers à des êtres exploités jusqu'à la mort par la société industrielle (cet exemple est tiré d'un film de Chaplin si je ne me goure pas, mais je ne sais plus lequel).


"les temps modernes" (cf. le lien d'ygrael)
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#34 quarx

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Posté 28 February 2007 - 13:04 PM

CITATION(tonton @ 28 2 2007 - 12:57) <{POST_SNAPBACK}>
CITATION(quarx @ 28 2 2007 - 12:46) <{POST_SNAPBACK}>
exemple : un plan sur des ouvriers, suivi d'un plan sur des animaux tués dans un abattoir (ce plan n'ayant rien à voir avec l'histoire racontée) -> le réal assimile, uniquement par le montage, les ouvriers à des êtres exploités jusqu'à la mort par la société industrielle (cet exemple est tiré d'un film de Chaplin si je ne me goure pas, mais je ne sais plus lequel).


"les temps modernes" (cf. le lien d'ygrael)

Merci.
Evident en plus, j'aurais dû m'en souvenir. sweat.gif

#35 Flying Totoro*

Flying Totoro*
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Posté 28 February 2007 - 13:20 PM

CITATION(tonton @ 28 2 2007 - 08:57) <{POST_SNAPBACK}>
Pour moi, le metteur en scène utilise différentes techniques pour mettre en place une narration (mettre en scène quoi). Alors évidemment, tout dépend de l'implication du réal' dans son projet, de son implication dans ces différentes techniques, mais pour moi les jumps cuts les freeze et autres fondus font partie intégrante de la mise-en-scène (tout en étant des techniques de montage). C'est un peu comme la BO, l'utilisation de la musique fait partie de la mise-en-scène. Ai-je tort?


Non, c'est juste dans ta formulation en fait que c'est confus.
L'archiviste t'a donné une réponse très pragmatique sur quelle part du travail dépend de la mise en scène et à quoi sert le montage (à produire du sens). Or j'ai l'impression que la question c'est quelle est la part du monteur et du realisateur dans le montage du film fini. Et c'est difficile de te donner une réponse dans l'absolue parce qu'il n'y a quasiment que des cas particuliers. Ce qui est sur c'est
- qu'il est quand même plus que conseillé à un real d'avoir une idée précise du film fini monté avant de tourner, histoire d'être sûr d'avoir toute la matière nécessaire pour ce faire.
- qu'à moins que le réalisateur choisisse d'être l'unique monteur du film (mais c'est rare - Tsukamoto, Iwai) il s'agit d'une collaboration où les deux cherchent à faire que le film ait le maximum d'impact, que les innombrables problèmes de tournage se voient le moins possible et que ce qui ne fonctionnait sur le papier fonctionne également à l'image. Le truc c'est que c'est le real qui décide. C'est normal c'est son film. Quand bien même c'est pas necessairement ses idées, c'est pas lui qui fait la coupe à proprement parler mais c'est sa responsabilité (comme pour le reste : si tu veux être chef, c'est toi qui a le pouvoir de dire "oui c'est bon, c'est ça" ou "non ça me va pas" donc si le resultat craint, c'est ta faute)


Attention ce qui suit peut provoquer chez certains une sensation de déja vu

Tu peux vouloir voir the Cutting Edge : the magic of movie editing, un documentaire d'1h40 sur le montage que Warner a eu la bonne idée d'inclure sur le DVD z1 de Bullit. Un doc très accessible mais qui se fait force de présenter une historique de la profession, de ses techniques et de ses enjeux ainsi que tout plein d'anecdotes fendardes. Avec tout plein d'interventions éclairées de la part de Spielberg, Verhoeven, Tarantino, Scorsese, Lucas, Cameron et bien d'autres, ainsi que de leurs monteurs respectifs. Entre le monteur d'Under Siege II qui a peur que Seagal lui pète la tête dans la salle de montage, celui d'Easy Rider qui découvre à ses dépends que monter sous LSD n'est pas une grande idée, Rob Cohen en plein délire qui applique sa compréhension limitée du cubisme au montage de XXX (?!?!?!) ou James Cameron qui a l'idée la plus débile du monde pour raccourcir Terminator 2, y a plein de choses à en retirer. Et bien sûr Walter Murch intervient à plusieurs reprises et on le voit bosser sur Cold Mountain. Une preuve manifeste qu'on peut faire de la vulgarisation sans tomber dans le n'importe quoi.

Tu peux vouloir lire (si tu as un minimum d'anglais) In the blink of an eye de Walter Murch (Monteur sur Apocalypse Now, Conversation Secrète ou K-19). En fait, le livre se compose de deux partie, in the blink of an eye proprement dit, qui est la retranscription d'un conférence donnée par Murch il y a 15 ans et une seconde partie sur l'impact du passage de montage traditionnel à montage virtuel sur le travail de monteur. C'est érudit, drôle, très concret mais rarement véritablement technique et, en règle général, juste brillant. La première partie est succeptible de parler à quiconque s'interesse au cinéma (allons même jusqu'à dire indispensable). Je n'ai aucune idée de l'intérèt que peut présenter la seconde pour quelqu'un qui n'est pas au contact de la production audiovisuelle mais j'aurais tendance à penser que ça reste tout à fait compréhensible.

CITATION(Loki @ 28 2 2007 - 09:56) <{POST_SNAPBACK}>
Quand le cinéma recherche la qualité maximale, le réalisateur doit superviser lui-même chaque étape du montage.
Sa présence est indispensable autant pour la direction du monteur que pour le soutien moral de celui-ci.


Faudrait en parler à Michael Mann à l'occasion alors. Je ne sais pas si c'est encore le cas mais à l'époque de Heat/insider, il laissait ses monteurs bosser et se faisait projeter le resultat en fin de semaine, quitte à balancer un mémo en semaine si il lui venait une idée. En fait contrairement aux idées reçues, c'est plus au cas par cas, y a pas de formule magique. Loin d'être "un soutien moral" ça peut vite devenir contreproductif d'avoir le real dans la salle de montage en permanence. Il faut juste que le real et son monteur trouvent la formule qui leur permettent de remplir leurs fonctions.
Le truc le plus hors normes dont j'ai entendu parler je crois c'est Any Given Sunday. D'ordinaire lorsqu'un film est long et qu'il y a beaucoup beaucoup de rushes (plusieurs centaines d'heures), il y a plusieurs monteurs et chacun prend une partie du film (pour Heat par exemple, chaque monteur avait une heure de film à sa charge) puis, généralement, il y a une phase d'uniformisation derrière pour pas qu'on sente que justement ça a été monté par plusieurs personnes différentes. Pour Any Given Sunday, tous les monteurs avaient accès à l'intégralité des rushes et selon un des monteurs, texto, "tu prenais ce que tu voulais, tu faisais ton truc, tu le montrais à Oliver, si ça lui plaisait il le gardait". J'imagine quand même que c'était après avoir fait un minimum d'ours(*) mais quand même là...

CITATION(Loki @ 28 2 2007 - 09:56) <{POST_SNAPBACK}>
- Formule "Remaniement" : Le monteur fait le travail seul, avec ou sans les instructions du réalisateur. Il ne profite aucunement de la vision d'ensemble de celui-ci et le résultat final sera nécessairement moins bien ciselé.

- Formule "Venez pas me faire chier" : Le réalisateur fait le travail seul. Il assure l'unité du tout, mais il subit le problème d'une subjectivité excessive. Non seulement il est susceptible d'accorder de la valeur émotionnelle à certains mauvais plans, parce qu'il peut avoir passé des jours à les obtenir, mais en plus, il remarquera beaucoup moins d'erreurs que s'il s'aidait d'un monteur. De plus, le processus de réflexion du réalisateur par rapport à son oeuvre est perturbé par son action directe et permanente sur cette même oeuvre. L'oeil neuf du monteur est tout sauf négligeable : c'est le recul et l'assurance du réalisateur.

- Formule "Hollywood Chewing-Gum" : Le producteur prend la généreuse initiative de diriger le monteur. icon_mrgreen.gif


Si on excepte la remarque sur l'absence de recul qui est effectivement pertinente, dans le genre "lieux communs simplistes voir même passablement coupés de la réalité", ça se pose là... (Un jour je le sais les français arrèteront d'imaginer que le producteur est un vilain enculé dont le rôle est de foutre des batons dans les roues du realisateur artiste. Je ne suis juste pas convaincu que ça arrive de mon vivant...)

CITATION(Blunt @ 28 2 2007 - 11:39) <{POST_SNAPBACK}>
Globalement, tu peux retracer quasiment toutes les idées de montage au cinéma russe, et particulièrement à Eisenstein (qui a développé les méthodes de montage: métrique, rythmique, tonal, surtonal et intellectuel) et Lev Kuleshov et sa fameuse expérience du même nom (pour mémoire: Kuleshov avait superposé la même image d'un homme à l'expression neutre à diverses images telles que un bébé, de la nourriture, le cercueil d'une vieille femme et lorsqu'il projeta ce montage au public, celui-ci vit dans l'expression neutre de l'acteur diverses émotions selon l'image à laquelle il était accolé). Le cinéma russe a été le premier à vraiment se préoccuper de l'importance du montage et à le considérer comme l'outil de base de l'art cinématographique.


Les premiers à théoriser le montage oui (Eisenstein, Vertov, Koulechov et Vsevolod Poudovkine, étrangement plus rarement cité). Sinon DW Griffith faisait des trucs pas dépourvu d'intérèt à peu près à la même époque sur des questions analogues.

CITATION(Blunt @ 28 2 2007 - 11:39) <{POST_SNAPBACK}>
Pour les techniques spécifiques en revanche, je ne saurais pas te répondre dans le détail. On considère généralement que le jump cut a été "popularisé" par l'usage extensif qu'en fit Godard dans A Bout de Souffle, mais je ne sais pas s'il fut véritablement le premier à l'utiliser.


Le premier à faire un jump cut non : on en trouve un de temps en temps dans des films mineurs d'avant les 60s mais c'est plus une maladresse due à un changement de valeur de cadre peu convaincant d'un plan à un autre. Godard a définitivement été le premier à l'utiliser comme outil de mise en scène et à le systématiser sur un métrage.

(*)Un ours c'est un premier montage bout à bout des séquences dans l'ordre du scénario à peine dégrossi, ça donne une première idée de ce que va être le film (et du travail qu'il reste à faire dessus !-

Sinon Brom Bones je sais pas comment te dire pour ton exemple là... Mais y a comme un souci...
Essayez ça pour la règle des 180°



#36 Coltrane

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Posté 28 February 2007 - 13:20 PM

CITATION(quarx @ 28 2 2007 - 12:46) <{POST_SNAPBACK}>
CITATION(Blunt @ 28 2 2007 - 12:21) <{POST_SNAPBACK}>
Intolerance a effectivement introduit la notion de montage parallèle, à ne pas confondre avec le montage alterné qui est lui beaucoup plus usité (la différence entre les deux étant que le montage parallèle introduit une notion de séparation temporelle et non uniquement spatiale).

En fait il me semble que la différence entre montage alterné et montage en parallèle est autre : le montage alterné consiste en une succession de scènes se déroulant dans des lieux ou a des époques différentes (si les montages alternés sont plus souvent uniquement spatiaux que temporels, c'est simplement parce qu'il n'y a qu'une minorité de films qui se passent à plusieurs époques différentes).
Tandis que le montage en parallèle, quasiment plus utilisé aujourd'hui, permet d'introduire une métaphore en utilisant un (ou des) plan(s) n'ayant rien à voir avec le récit :
exemple : un plan sur des ouvriers, suivi d'un plan sur des animaux tués dans un abattoir (ce plan n'ayant rien à voir avec l'histoire racontée) -> le réal assimile, uniquement par le montage, les ouvriers à des êtres exploités jusqu'à la mort par la société industrielle (cet exemple est tiré d'un film de Chaplin si je ne me goure pas, mais je ne sais plus lequel).



Effectivement, le montage en parallèle est l'équivalent cinématographique de la métaphore littéraire. Il y en a des exemples par poignées chez Eisenstein, notamment dans l'indispensable "cuirassé Potemkine".
Quant au "man with the movie camera", dont je recommande chaudement le version avec BO sublime de Cinematic Orchestra, ce film hautement expérimental a influencé nombre de réalisateurs, dont McTiernan, qui en parle dans je sais plus quel com audio (pitête Predator, mais ça demande a être vérifié).
Difficile en effet de retrouver l'origine des différentes figures de style propre au montage, mais Griffith, Gance, les formalistes russes sont effectivement en tête de liste. D'autre part, et si l'on attribue classiquement la paternité du jump cut et de l'arrêt sur image au Godart d'"A bout de souffle", c'est pour l'usage réccurrant qu'il en fait sur tout le métrage et la réflexion que cela sous-entend. Pour ma part, je me souviens d'un jump-cut hallucinant dans un court métrage de Buster Keaton ( je sais plus lequel, mais je le recherche dans le gros coffret intégrale édité par MK2) dont le rôle en matière de grammaire cinématographique est rarement souligné, mais me semble important.
Sinon, et si vous voulez vous frotter à une expérience ultime de montage, je vous conseille l'extraordinaire "Histoire(s) du cinéma", toujours de Godard, essai documentaire d'une richesse inépuisable, qui prend justement le montage comme principal moteur.

Si des madnautes ont vu ce chef-d'oeuvre, qu'ils me fassent signe, ça pourrait donner lieu à un nouveau topic, à moins qu'on en parle ici...

#37 LMD

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Posté 28 February 2007 - 14:14 PM

Tiens c'est pas du tout comme ca qu'on m'a appris le montage alterné/parralelle: mon prof c'était plutot que dans le montage alterné on avait deux motif appellés à se rejoindre (cf une poursuite) et dans l'autre non...
J'aurais d'autres choses à dire, plus tard.

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#38 tonton

tonton

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Posté 28 February 2007 - 14:20 PM

Rototo, tu as parfaitement répondu à ma question (In the blink of an eye et bullit avec the Cutting Edge : the magic of movie editing viennent d'être commandés).
Merci bien.

Coltrane, perso j'ai vu "Histoire(s) du cinéma", mais je serais bien incapable d'en parler, je n'y ai pas capté grand-chose (un chouilla dense le truc).
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#39 Coltrane

Coltrane

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Posté 28 February 2007 - 14:41 PM

CITATION
Coltrane, perso j'ai vu "Histoire(s) du cinéma", mais je serais bien incapable d'en parler, je n'y ai pas capté grand-chose (un chouilla dense le truc).



ça pour être dense, on peut dire que c'est du béton armé, comme truc cool.gif

#40 Blunt

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Posté 28 February 2007 - 15:45 PM

CITATION(LMD @ 28 2 2007 - 14:14) <{POST_SNAPBACK}>
Tiens c'est pas du tout comme ca qu'on m'a appris le montage alterné/parralelle: mon prof c'était plutot que dans le montage alterné on avait deux motif appellés à se rejoindre (cf une poursuite) et dans l'autre non...


Effectivement, c'est comme ça aussi qu'on m'a toujours présenté la chose, en fac comme dans mon école de ciné (avec tjs l'exemple classique de la poursuite).

(je remercie tonton d'avoir ouvert ce topic, la discussion est super intéressante et érudite, ça fait du bien)
Si tous les metaleux du monde se donnaient la main, qui tiendraient les bières?




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