Mad Movies: Jess Franco - Ceci n'est pas du cinema - Mad Movies

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Jess Franco - Ceci n'est pas du cinema Franco pour les nuls

Sondage : Jess Franco - Ceci n'est pas du cinema (99 membre(s) ont votés)

Selon vous Franco est :

  1. un moins que rien (6 votes [6.00%])

    Pourcentage des votes : 6.00%

  2. un réalisateur de films vulgaires et putassiers, et c'est négatif (11 votes [11.00%])

    Pourcentage des votes : 11.00%

  3. un réalisateur de films vulgaires et putassiers, et c'est clairement positif (44 votes [44.00%])

    Pourcentage des votes : 44.00%

  4. un maudit, un incompris, un artiste (39 votes [39.00%])

    Pourcentage des votes : 39.00%

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#46 L'utilisateur est hors-ligne   xave 

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Posté 31 janvier 2007 - 21:48

Filmographie complète, jusqu'en 1993, en deux tomes, toujours disponibles, des films de Jess Franco, éditée par Monster Bis



#47 L'utilisateur est hors-ligne   Sheb 

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Posté 02 février 2007 - 16:57

CITATION(xave @ 31 1 2007 - 20:48) <{POST_SNAPBACK}>
Filmographie complète, jusqu'en 1993, en deux tomes, toujours disponibles, des films de Jess Franco, éditée par Monster Bis



on peut trouver ça où ? j'ai bien trouvé un site mais les prix y sont encore en francs, ce qui est un peu inquiétant...

#48 L'utilisateur est hors-ligne   xave 

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Posté 02 février 2007 - 20:31

CITATION(Sheb @ 02 2 2007 - 15:57) <{POST_SNAPBACK}>
CITATION(xave @ 31 1 2007 - 20:48) <{POST_SNAPBACK}>

Filmographie complète, jusqu'en 1993, en deux tomes, toujours disponibles, des films de Jess Franco, éditée par Monster Bis



on peut trouver ça où ? j'ai bien trouvé un site mais les prix y sont encore en francs, ce qui est un peu inquiétant...





tu peux les acheter sur place ou par correspondance chez leur auteur-éditeur (et te les faire dédicacer):
éditions Norbert Moutier
librairie BD Ciné
6 rue Pierre Semard
75009 Paris
(a 10 min de Movies 2000)

chaque volume coute 15 euros et est tiré à 100 exemplaires. Mieux vaut téléphonner avant de passer pour les réserver. Fermé le samedi

#49 L'utilisateur est hors-ligne   Sheb 

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Posté 08 février 2007 - 14:09

merci pour l'info smile.gif

#50 L'utilisateur est hors-ligne   gnome 

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Posté 16 février 2007 - 17:15

Ce topic est GENIAL. Longue vie à Franco. icon_mrgreen.gif

#51 L'utilisateur est hors-ligne   Prosopopus 

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Posté 17 avril 2007 - 00:57

He's back !!!

Seetrouy avait proposé quelques films parmi la branche la plus exploit' et déviante de l'espagnol. J'en étais resté à Venus in Fur et je passe maintenant à :

1970

Au début je pensais garder un ordre chronologique mais c'est assez aléatoire dans une même année, ce film est en fait réalisé après la Philosophie dans le Boudoir, une autre adaptation de Sade. Eugénie est donc tirée d'une nouvelle (Eugénie de Franval) du divin marquis, influence répétée de Franco. La jeune Eugénie (Soledad Miranda) vit avec son beau-père Albert Radeck (Paul Muller), intellectuel passionné par l'érotisme et le sadisme qui l'a élevée seul. Un écrivain intéressé par son père (Jess himself) se rend au chevet de la jeune femme et lui demande de lui raconter son histoire. Celle-ci accepte à une condition : qu'il la tue une fois l'histoire achevée. Il accepte.


Eugénie et son charmant papa dans le froid de Berlin.

L'histoire est pour une fois simple et très claire, il s'agit d'une touchante et sordide histoire d'amour. Histoire d'amour parce que les deux héros ont une relation incestueuse (quoiqu'il n'est que son beau-père, encore que...), touchante parce qu'il s'agit de l'admiration sans faille d'une fille innocente pour une figure paternelle, sordide parce que les deux amants se prennent au jeu du meurtre. Le film suit tout un courant de l'intellectualisation de l'acte de tuer, le thème de Sade faisant penser à des textes comme De l'assassinat considéré comme un des beaux arts de De Quincey ou à certains écrits de Bataille. Si Radeck tue, c'est avant tout pour la beauté du geste, convaincu de la force du crime parfait. Emportés par leur pulsion commune les deux protagonistes éprouvent de plus en plus de jouissance à ôter la vie. Le film dépeint l'éveil au monde d'une jeune fille par la torture, le sexe et la mort.


La douce Eugénie dans une position mélangeant l'innocence et la séduction.


Eugénie et son père dans une de leurs basses oeuvres.

Soledad Mirandad prête ses traits au personnage central du film, ce qui fait d'ailleurs la force de ce projet particulier de Franco. Celui-ci disait de la jeune gitane espagnole qu'elle n'était pas une grande actrice, mais qu'elle avait l'impulsion. Cela se vérifie dans le film où elle est toujours sur une frontière entre la jeune effarouchée et la tueuse vicieuse.


Une représentation particulière de la mort et un éveil des désirs sexuels du père

Franco s'estime satisfait du film, une des rares réussites qu'il revendique. Avant tout il a eu une totale liberté sur ce tournage, ce qui est transcrit à l'écran. Eugénie est, avec Succubus, le film qui a le plus bénéficié de l'influence de la Nouvelle Vague, décor naturel et assez banal de ville, lumière simple et discrète, tournage à l'épaule avec une caméra très libre, ambiance désincarnée. En fait lorsque Franco peut filmer ce qu'il souhaite, il se concentre sur ses acteurs et sur la mise en scène, laissant de côté les "expérimentations" et les plans tarabiscotés d'autres films. Pour autant il ne renie pas son style, sa touche, sa griffe inimitable : quelques mises au point, quelques dezooms et une scène de cabaret, poncif francoien obligatoire aux films de l'espagnol. Au delà de son amour pour les ambiances enfumées, les cabarets lui permettent de rappeler l'origine du jazz, né dans les bouges et les bordels. Bruno Nicolai compose la musique du film, entre jazz, chorale et musique concrète. On retrouve une équipe fidèle à Franco, comme Alice Arno, qui a un petit rôle dénudé (comme d'hab'). Le film est très érotique et assez malsain, un Franco grand cru !
Le dvd fourni dans le coffret avec Justine est finalement assez moyen, peut-être cut (?) mais il bénéficie d'un entretien avec Franco sur le film.


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#52 L'utilisateur est hors-ligne   Prosopopus 

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Posté 21 avril 2007 - 01:32

Léger retour en 1969 avec une autre adaptation de Sade


Eugénie... the story of her journey into perversion ou Philosophie in the boudoir.

Ce film est une production Harry Alan Towers, et se rapproche plus de films comme Venus in Fur ou même Justine que de son adaptation de Eugénie Franval.

Eugénie (la jolie Marie Liljedahl) se lie d'amitié avec madame de Saint-Ange (Maria Rohm pour son dernier Franco), elle-même la maitresse du père d'Eugénie (Paul Muller). Invitée sur l'île de Madame Saint-Ange, Eugénie est le jouet des expériences sadiques et érotiques de son amie et du frère amant de celle-ci (Jack Taylor).


La jeune et ingénue Eugénie.

Autant Eugénie était un film froid, autant celui-ci est chaud ; les décors d'Eugénie étaient mornes et lugubres, ils sont ici luxueux et ensoleillés ; l'érotisme de Soledad Miranda était sombre et inquiétant, celui de Marie Liljedahl et de Maria Rohm est capiteux et très plaisant ; la musique de Bruno Nicolai pour Eugénie allait du jazz à la musique concrète, pour ce film il compose des thèmes empreints de bossa nova. Est-ce à dire que l'un des films est meilleur que l'autre ? (de toutes façons pour la majorité d'entre vous les deux seront pourris, mécréants !) Eugénie est un film plus sérieux, sûrement plus proche de la philosophie sadienne et clairement plus paufiné par Franco. Alors que sa réalisation se faisait assez sobre sur Eugénie (ce n'était pas janséniste non plus) Franco en rajoute ici sur la colorimétrie et sur les filtres, ou plutôt le filtre puisque le rouge est la seule teinte utilisée.


Une intro en forme d'invitation aux délices de Sade.

On peut noter une apparition de Christopher Lee qui vient tirer la gueule pour toucher son pognon (ce type plus je le vois et moins je l'apprécie) L'anglais a d'ailleurs souhaité que son nom soit retiré du générique. Le film n'est pas déplaisant non plus, Franco réalisant de belles scènes érotiques et quelques séquences iréelles comme cette fin de l'initiation d'Eugénie où celle-ci court nue à travers les dunes. La séquence lui plait d'ailleurs tellement qu'il la refera pour un film de 1983 Lilian, la virgen pervertida autre film érotico/porno dont nous aurons l'occasion de parler... (qu'est-ce qui faut pas faire pour accrocher son lecteur)


Attention aux coups de soleil, laisse moi t'huiler ! Maria Rohm et Liljedahl.


Une scène de Philosophie dans le boudoir en haut et la même 14 ans plus tard dans Lilian en bas.


Eugénie à la fin de son périple.

Le film est dispo chez Blue Underground dans une copie que je suppose impec' et avec une interview des principaux intéressés.
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#53 L'utilisateur est hors-ligne   Cedric 

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Posté 12 août 2007 - 01:07

Superbe discussion. Bravo et merci aux intervenants.

Je suis moi aussi fan inconditonnel de Jess Franco et je reviendrai présenter un ou deux films du maestro d'ici tôt. Peut-être bien Vampyros lesbos ou Une vierge chez les morts vivants...

C'est rigolo quand même: je viens d'ouvrir au hasard quelques pages web parlant de Franco, et les qualificatifs sont toujours à la limite du tolérable. On juge le cinoche de Franco vulgaire, mais quand je lis ce genre de chose, je me demande qui est le plus vulgaire:


"La Vierge chez les Mort-vivants est un film sans morts-vivants qui compte parmi les plus connus de Jesus Franco, et pourtant c’est l’un des plus mauvais. Réalisation poussive, ambiance poétique ratée, érotisme de pacotille, dialogues stupides, tous ces défauts entraînent ce film sur la grande route des nanars rétros. Ces films pseudo-intellectuels des années 70, qui sous le prétexte de vouloir mettre en avant un cachet artistique émancipé, pouvaient nous offrir sans complexe de véritables bouses cinématographiques."

"Bouse cinematographique" pour ce film: on croit rêver... icon_mrgreen.gif

#54 L'utilisateur est hors-ligne   Prosopopus 

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Posté 13 août 2007 - 03:53

Salut à toi et merci des encouragements...

Je suis bien obligé d'avouer que je comprends un peu l'avis que tu cites. J'aime beaucoup Franco aussi mais je sais qu'il est difficile d'affirmer qu'il est un bon réalisateur. Certes il a manqué d'opportunités mais c'est aussi laissé enfermer dans une spirale de productions fauchées, montées à la va vite. C'est avant tout le personnage que j'apprécie, l'atmosphère très rétro et parfois étrange qui se dégage de ses films, mélanges d'ennui et de rêverie, j'aime bien son côté iconoclaste, et avouons le, sa propension à dénuder ses actrices...

Au-delà de ça, j'ai du mal à considérer un de ses films comme un "bon" film, à la rigueur sur ceux que j'ai vus (et ça commence à faire une bonne trentaine) disons Eugénie pour son côté très "chabrolesque" et le très pop Miss Muerte. Sinon j'aime certains éléments de ses films, certains passages, mais rarement l'ensemble, pourtant une certaine fascination s'opère qui me pousse à en regarder un autre, en espérant peut-être trouver la perle rare (ces films les plus connus n'étant pas forcément les meilleurs).

Par contre Vampyros Lesbos pas touche ! icon_mrgreen.gif je me le garde pour moi celui-là !!!

Mais pour l'instant j'en suis à

The Bloody Judge - Le trône de feu - 1970


Christopher Lee est le juge Jeffreys

Le film se base sur l'histoire du juge Jeffreys, surnommé le "Bloody Judge" et qui à la fin du XVIIème siècle administra dans une province anglaise une justice expéditive. Alors que le juge s'occupait en fait des rebelles combattant le roi, le film dérive fréquemment sur le potentiel inquisitorial du bonhomme. En effet cette production Harry Alan Towers, et par ailleurs première coprod de Franco, lorgne vers le Mark of the Devil d'Armstrong et le Witchfinder General de Reeves. Franco ayant bien aimé le film d'Armstrong accepte volontiers de tourner ce biopic sur ce sanglant personnage. Christopher Lee tient le rôle titre et fait des efforts, tout à se joie de s'attaquer à un personnage historique qui le change de ses draculas de la hammer.

Cependant c'est sans compter les volontés des producteurs. Il est de toutes façons évidents que Towers et Franco avaient déjà dans l'idée de tourner le film comme un "inquisition exploit" avec quelques séquences chaudes. Se rajoute donc une coproduction allemande-française-espagnole-anglaise et américaine, chacun voulant rajouter un élément au film, plutôt historique, plutôt dramatique, érotique, sanglant, etc.

Cela transparaît tout à fait à l'écran où les séquences s'enchaînent bizzarement, une séquence de procès faisant place à une bataille qui se suit par une scène de torture. Pour autant Franco arrive à tenir le tout avec une certaine réussite. Il est d'ailleurs bien aidé par un cast plutôt efficace, outre Christopher Lee on retrouve l'habitué Howard Vernon en bourreau et Maria Rohm dans le rôle féminin. Citons aussi Maria Schell dans un petit rôle, Margaret Lee et la jolie Diana Lorys.


Howard vernon est le boureau, personnage lugubre dont l'habit et la démarche sont un hommage de Franco au personnage de bourreau que joue Karloff dans Tower of London


Maria Rohm dans le foin, une séquence bucolique.

Il est intéressant de noter que Franco reste assez sage sur ce film, la réalisation est sobre, même classique, des plans simples et des séquences peu découpées, pas de zooms, très peu de flous... Franco filme ses décors et ses acteurs consciencieusement, sans en rajouter, aidé par une production plutôt confortable (en comparaison de ses projets futurs). Le film est tourné en décors naturels au Portugal et en Espagne, ce qui lui permet de réduire les coûts et surtout de s'offrir le luxe d'une bataille avec canons, chevaux et cascadeurs. C'est bien simple au début je pensais que la séquence était piquée ailleurs.


"Le tout pour 5000$" comme l'annonce fièrement Jess.

Par ailleurs le film est aussi l'occasion pour Franco de se rapprocher de Christopher Lee (selon ses dires) avec qui il était resté en core assez distant. Christopher Lee complique son jeu et s'essaye à quelques subtilités en rapport à l'historique du personnage, cela passe bien évidemment au second plan puisque le film s'attarde assez peu (et mal) sur les séquences historiques.


"Dis donc Jess tu ne vas pas encore aller me mettre des femmes à poils partout, hein ?"

Car si le film passe pour un remuant film d'aventure historique dans sa première moitiée, Franco remet vite les pendules à l'heure en filmant les tortures perpétrées dans les cachots du sieur Jeffreys, lequel n'est jamais présent, Christopher Lee ne sachant pas que le film sera érotique et violent (tout du moins l'affirme-t-il). Franco retrouve alors son univers de prédilection et l'aspect sadien du récit devient évident. Pour Franco le juge Jeffreys lutte contre ses propres pulsions et fait torturer des femmes innocentes pour assouvir par procuration ses penchants sadiques. Le côté politique, finalement, importe assez peu à Franco.


Fétichisme pour Maria Rohm et Christopher Lee, sauf que ce n'est pas Christopher Lee qui refusait de participer aux scènes nécessitant un contact physique et dénudé. Refuser de caresser les seins de Maria Rohm, il est rigolo lui tiens...



Les sévices et délices de l'inquisition.

Du coup Christopher Lee ne verra jamais ce film, s'estimant trahi. par ailleurs le film subira la censure et des remontages malfoutus accompagnés de retitrages abscons. Le dvd Z2 est d'ailleurs cut comme on peut s'en rendre compte sur la featurette du dvd présentant des images qui ne sont pas dans le film. Les images enlevées restent minimes, un coup de hache sur un cadavre, un coup de langue de Maria Rohm autour du nombril d'une suppliciée et une apparition de la toison pubienne de la dame, cela reste minime puisque d'autres séquences toutes aussi "choquantes" sont restées. Par contre il est en VF, laquelle a quelques dératés : "Ils seront écartelés comme les boeufs qu'ils sont, et découpés en morceaux". La version Z1 de BU est sûrement plus recommandable.

Pour finir je rajouterai que ce film a la particularité d'être un des rares trouvant grace aux yeux de Franco qui le juge pas trop mal, ce en quoi il n'a pas tort...
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#55 L'utilisateur est hors-ligne   Prosopopus 

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Posté 13 août 2007 - 22:41

Bon la chronologie commence vraiment à être déficiente, ce Blood Judge se trouvait en fait avant Eugénie. Comme je l'avais précisé Eugénie marquait un nouveau départ pour Franco avec cette prod indépendante qui lui laisse toute liberté. Par la suite, accompagné de Soledad Miranda il tourne quelques films en Allemagne. Là encore il est difficile de respecter une quelconque chronologie, les films ne sortant pas forcément dans l'ordre où ils ont été tournés. Je commence donc par le dernier film tourné par Soledad Miranda.

Der Teufel Kam Aus Akasava - The Devil came from Akasava - 1971

Après les étranges Eugénie, Vampyros Lesbos et Sie Tötete in Ektase, ce Diable d'Akasava peut surprendre puisqu'il s'agit d'un film d'espionnage, adapté d'un livre d'Edgard Wallace (allemagne oblige). Le minéralogiste Forrester a découvert la pierre philosophale, alors qu'il vient de disparaître les allemands mettent un agent secret sur le coup (Soledad Miranda, cachée sous son pseudo de Susan Korda). Accompagnée du neveu du professeur elle doit déjouer les manigances de plusieurs groupes voulant mettre leurs mains sur la pierre. Pêle-mêle on trouve un agent des services secrets italiens, un consul, un médecin, les chinois, et j'en passe. Le tout se déroule dans un bordel sans nom, avec ellipses et blancs dans le récit.

Par ailleurs la direction artistique du truc est... couleurs fades, décors ternes, lumières faiblardes, ce qui se mariaient bien au récit d'Eugénie est ici d'une pauvreté assez confondante. On retrouve quelques fidèles de Franco, Paul Muller et Howard Vernon plus quelques stars locales et Franco lui-même dans un petit rôle.


Un petit air de Derrick ? Normal, c'est lui, messieurs, dames : Horst Tappert, qui avant Derrick a taté quelques bisseries euro-trash.


Jess est ... Popeye Doyle !


Howard Vernon est ... 007 !

Comme dans le reste de la série de ces productions allemandes, Franco laisse exploser son "style", ça zoome de partout, y a (que) des gros plans, des flous à chaque séquence, bref Franco a trouvé parfaitement sa voie sur ces films et n'ira finalement jamais plus loin stylistiquement. Par ailleurs là où Vampyros lesbos ou Eugénie étaient lents, surtout le premier qui est même lancinant, ce diable d'Akasava se fait survolté, monté à la Scott, un film guilleret où les péripéties se succèdent sans qu'on ait le temps de s'y intéresser. Finalement le film vaut pour deux éléments : la musique, encore plus forte dans l'easy listening que celle de Vampyros Lesbos et la présence de Soledad Miranda.



La belle gitane joue donc une agent secret aux couvertures particulières puisqu'elle est d'abord prostituée dans un bordel puis danseuse de cabarets, ce qui permet à Franco des scènes dénudées (et une scène de cabaret de plus au compteur !), la Soledad étant en plus assez généreuse de sa personne. Seul défaut, son rôle est quelque peu gaché par la présence d'un jeune bellatre jouant le neveu du professeur. Ce film est donc une lettre d'amour de Franco à Soledad son égérie pré-Lina Romay. En cela le film se laisse regarder, justement pour se regard noir et perçant de la dame, et pour tout ce qui se passe en-dessous... Soledad Miranda meurt à la suite du tournage d'un accident de voiture...




Le film se trouve en Z1 mais est assez quelconque.
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#56 L'utilisateur est hors-ligne   Prosopopus 

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Posté 14 août 2007 - 01:34

Dans cette même période allemande Franco sort un de ses films les plus emblématiques.

Vampyros Lesbos - 1971

Avec ce film et Eugénie, Jess réussit à s'extirper de l'emprise de Harry Alan Towers pour lequel il filmait les oeuvres de commande plus plates que nous avons vues précedemment. Ici, Jess est au sommet de son "art", de sa vision onirico-érotique du fantastique. Zooms, flous, panneaux en gros plans, tout y est, avec en plus une certaine réussite formelle dans la composition de certains cadres. Certes le récit est lancinant, quelque peu soporifique, la plupart des rôles masculins sont mauvais, mais peu importe.


Un plan fort réussi, avec lignes de fuites et citation picturale.

Linda est une femme hantée par le rêve d'une femme brune mystérieuse. Cette apparition se révèle être la jeune héritière qu'elle vient aider à gérer un patrimoine. S'ensuit une histoire d'amour complexe entre les deux femmes, mélé de vampirisme. Le scénario est une adaptation très libre du roman de Bram Stoker où vampirisme et saphisme ne font qu'un, en cela le titre d'exploitation est plutôt bien trouvé.

Une fois de plus les habitués francoistes s'y collent et on retrouve Dennis Price, Paul Muller et Jess lui-même. Mais ce qui importe réellement c'est la relation entre les deux femmes, la blonde Ewa Strömberg (qu'on retrouve dans Der Teufel Kam Aus Akasava) et la brune Soledad Miranda. Tout passe par le regard et les longues (très longues) séances lesbiennes, car effectivement le mythe du vampirisme en prend un coup. Si ce n'était pas encore clair, finalement le fantastique est pour Franco une certaine idée de la transgression sexuelle, ici le fait d'avoir été vampirisée ouvre Linda au plaisir. En opposition, les personnages masculins sont possessifs, impuissants et préfèrent enfermer les pulsions sexuelles féminines. Bref Vampyros Lesbos est un grand film féministe pour hommes, les actrices étant constamment nues.



Sinon la contesse Carody est une vampire assez moderne, elle se fait dorer au soleil près de sa piscine, vit sur une île mais dans une maison moderne et présente des happenings érotiques (et une scène de cabaret !)



Au niveau formel le film se permet donc les expérimentations les plus folles pour accompagner la musique mélangeant sitar, tambourins, orgues pour un résultat assez surprenant et recherché par les collectioneurs. Franco apporte une certaine précaution à la composition de ses plans, ce n'est pas parfait et daté mais toujours plaisant, les jeux de réflections, de valeurs de plans et de flous sont combinés pour le malheur des amateurs du classicisme et du bon goût.


Flou et réflection à gauche, au centre une contre-plongée avec gros plan en amorce, et à droite l'importance du verre chez Franco.


S'il pouvait rapprocher la caméra, il le ferait le bougre !

Cependant, objectivement, ce classique est-il un bon film ? Disons que c'est un bon Franco... Peut-être pas un de ses meilleurs films malgré sa "renommée". Force est de reconnaître que sorti de l'histoire des deux femmes, le film s'enlise dans des sous-intrigues mal menées et inintéressantes. Cependant il reste un digne représentant du pan onirico-érotico-symbolique du monsieur, mais je lui préfère Succubus, plus jusqu'au boutiste dans son propos et sa forme.



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#57 L'utilisateur est hors-ligne   Prosopopus 

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Posté 15 août 2007 - 12:39

Pour finir sur la collaboration Soledad-Jess je parlerai maintenant d'un film réalisé en back to back avec Der Teufel Kam Aus Akasava.



She Killed in Ecstasy - 1971 - réalisé sous le pseudo de Frank Hollman

Ce film reprend la même équipe que pour Der teufel, cast identique, même musique, éclairages assez semblables même s'ils sont plus travaillés dans ce film. L'histoire est par contre assez différente, Der teufel était un film d'espionnage sautillant et assez incompréhensible, Sie Tötete in Ekstase est plutôt un thriller. En fait le film est assez représentatif d'une bonne partie de la filmo de l'espagnol. Une histoire digne des vieilles BD pour adultes, une atmosphère morne, des décors étranges et un travail sur la photographie minimaliste. Des films comme ça Franco va en réaliser à la pelle, dans le genre de Exorcism ou Kiss me Killer. Par ailleurs Soledad Miranda (toujours sous son pseudo de Susan Korda) joue ici un rôle de veuve noire comme les affectionne Franco qui utilise fréquemment ce genre de personnage, comme dans Miss Muerte, La Comtesse Noire ou Lorna, l'exorciste.



Soledad Miranda et son soutien-gorge très art nouveau, on dirait du Mucha.

La femme d'un chercheur pleure la mort de celui-ci. Travaillant sur la génétique, il a été radié et humilié par un groupe de médecins bien-pensants. Folle de chagrin, la femme du médecin (Soledad donc) décide de se venger de ces quatre membres de l'élite. Pour ce faire elle utilise son plus fidèle atout, la séduction et son corps nu (ben oui c'est un Franco quoi). Le fait qu'un des médecins soit une femme (Ewa Strönberg) importe peu puisque Franco en fait une lesbienne. Au milieu de tout cela un inspecteur mêne mollement l'enquête (Horst Tappert aussi passioné que dans un Derrick). En fait l'histoire ressemble assez à celle du Diabolik Dr. Z, le côté pop en moins.


Le jury : de gauche à droite, Paul Muller, Ewa Strönberg, Jess et Howard Vernon

Le film est plutôt linéaire dans son déroulement, chaque meurtre constitue une séquence à part entière et indépendante des autres. L'histoire classique se permet quelques éléments pervers, vu que son mari a perdu toute puissance sa femme décide de viser la virilité des médecins en les émasculant. par ailleurs le film flirte à de nombreuses occasions avec la nécrophilie.

Puis Soledad Miranda trouve ici un rôle à la mesure de celui qu'elle tenait dans Eugénie, elle est tour à tour amoureuse, désespérée, aguicheuse, vulgaire et sombre peu à peu dans la folie avec yeux révulsés et tout. Bien sûr elle est aussi fréquemment dénudée...



Autre point que le film me permet de développer est l'attirance de Franco pour les îles, comme chez le récemment disparu Bergman les îles sont très présentes chez Franco, elles permettent de retranscrire assez facilement la volonté d'exclusion des personnages. On trouve fréquemment des îles dans les films de Franco, ne serait-ce que dans Vampyros Lesbos . A cela s'ajoute le talent de Franco pour dénicher des locations et surtout des bâtiments architecturaux étranges lui permettant à peu de frais d'enrichir ses cadres.


Jess se débrouille toujours pour récupérer des décors bizzares pour pas cher.

Reste que ce Sie Tötete in Ektase n'est pas un grand film, déjà l'histoire aurait gagné en concision, même si le film est déjà assez court. Tous les passages avec Derrick sont d'une inutilité assez confondante. Ensuite la réalisation oscille entre du Franco traditionnel avec l'immuable sainte trinité flou/zoom/gros plans et une certaine facilité (comment ça pléonasme ?). Ce n'est pas ce que l'espagnol a fait de pire et le film se suit à peu près sans ennui (il faut tout de même avoir une certaine résistance au style Franco) mais il reste tout de même anecdotique je trouve.




Pour la collaboration avec Soledad, il existe d'autres films que je n'ai pas vus, les Nuits de Dracula (qui vient de sortir en Z2 mais la copie à l'air hideuse, si quelqu'un a des infos ?), Les Cauchemards naissent la Nuit (et celui-là je voudrais bien le voir mais Soledad n'a qu'un petit rôle), et Sex Charade (où Maria Rohm semble passer le flambeau à Soledad).
Par ailleurs Franco avait commencé à tourner un Juliette inspiré de Sade avec Soledad lors de son accident et seulement 40 min ont été tournées. Franco a été assez réglo sur ce coup là vu qu'il n'a pas fini le film. Cependant il a toujours les 40 minutes existantes et il est possible que cela sorte un jour...
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#58 L'utilisateur est hors-ligne   Prosopopus 

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Posté 16 août 2007 - 00:57

Nous sommes donc vers la fin de l'année 1970, les films de Soledad auront été posthumes pour la plupart. Jess est toujours en Allemagne, et selon ses dires dévasté par la mort de celle qu'il pensait garder comme égérie. Lors d'un entretien en 1974 il déclare : "Elle existe encore parmi nous. L'influence qu'elle peut exercer sur nous sera toujours bénéfique."

Le voilà donc bien désespéré. Il reste malgré tout en Allemagne où il tourne X 312 Flug zur Holle, à moins que ce soit avant Sie Tötete ? De toutes façons je passe pour le moment vu que je ne l'ai pas vu.

Le même producteur que pour Sie Tötete in Ektase lui propose de réaliser un épisode d'une série de faux documentaires sexy. Ce sera donc

Jungfrauen Report - Virgin Report - 1971

Ce documenteur propose une série d'images illustrant la virginité, et plus particulièrement la défloration, à travers les ages et sur tous les continents. Ce truc a tout les apparats du documentaire style mondo (cela ressemble à une version moins glauque des sexy reportages de d'Amato): stockshots, scènes bidonnées, reportage dans la rue, voix off allemande bien didactique. Cependant Franco est conscient du ridicule de la chose et n'essaye pas une seule minute de vendre un produit sérieux, c'est comique et voulu comme.


ou comment passer pour un con.

Les façons traditionnelles de perdre sa virginité voulues véridiques sont toutes plus incroyables (?) les unes que les autres : sur une branche pour les indiennes, avec un énorme gode en argent chez les grecques, par le gang bang en Afrique, etc. plus une séquence de circoncision avec des dents en fer blink.gif

A côté de ça Franco s'amuse dans certaines séquences, notamment une scène début du siècle qu'il filme comme un vieux muet, en N&B, avec jeu outré et mouvements saccadés.


vous pouvez reconnaître Howard Vernon à gauche.

Mais ce film est aussi sûrement celui de la rencontre de Franco avec Britt Nichols, qui va devenir pour un temps la nouvelle égérie "francoienne". Par ailleurs on retrouve aussi Christina von Blanc, qui jouera dans Christina, princesse de l'érotisme.


Les joies du dépucelage, à gauche Britt Nichols, à droite Christina (je crois)

Alors certes la vision assez dégradante de la sexualité féminine peut sembler grossière et insultante, mais il faut prendre le film pour ce qu'il est, une farce sexy un peu lourde, et finalement plutôt marrante à regarder (en accéléré tout de même)


La cérémonie de la défloration en Inde, grand nawak.
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#59 L'utilisateur est hors-ligne   Seetrouy 

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Posté 16 août 2007 - 12:55

Juste pour dire :

Merci.

#60 L'utilisateur est hors-ligne   jigsaw 

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Posté 16 août 2007 - 14:22

CITATION(Seetrouy @ 16 8 2007 - 12:55) <{POST_SNAPBACK}>
Juste pour dire :

Merci.


+ 1

Au fait Franco n'a pas dit qu'il comptait continuer la réalisation ?

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