Salut à toi et merci des encouragements...
Je suis bien obligé d'avouer que je comprends un peu l'avis que tu cites. J'aime beaucoup Franco aussi mais je sais qu'il est difficile d'affirmer qu'il est un bon réalisateur. Certes il a manqué d'opportunités mais c'est aussi laissé enfermer dans une spirale de productions fauchées, montées à la va vite. C'est avant tout le personnage que j'apprécie, l'atmosphère très rétro et parfois étrange qui se dégage de ses films, mélanges d'ennui et de rêverie, j'aime bien son côté iconoclaste, et avouons le, sa propension à dénuder ses actrices...
Au-delà de ça, j'ai du mal à considérer un de ses films comme un "bon" film, à la rigueur sur ceux que j'ai vus (et ça commence à faire une bonne trentaine) disons
Eugénie pour son côté très "chabrolesque" et le très pop
Miss Muerte. Sinon j'aime certains éléments de ses films, certains passages, mais rarement l'ensemble, pourtant une certaine fascination s'opère qui me pousse à en regarder un autre, en espérant peut-être trouver la perle rare (ces films les plus connus n'étant pas forcément les meilleurs).
Par contre
Vampyros Lesbos pas touche !

je me le garde pour moi celui-là !!!
Mais pour l'instant j'en suis à
The Bloody Judge -
Le trône de feu - 1970
Christopher Lee est le juge Jeffreys
Le film se base sur l'histoire du juge Jeffreys, surnommé le "Bloody Judge" et qui à la fin du XVIIème siècle administra dans une province anglaise une justice expéditive. Alors que le juge s'occupait en fait des rebelles combattant le roi, le film dérive fréquemment sur le potentiel inquisitorial du bonhomme. En effet cette production Harry Alan Towers, et par ailleurs première coprod de Franco, lorgne vers le
Mark of the Devil d'Armstrong et le
Witchfinder General de Reeves. Franco ayant bien aimé le film d'Armstrong accepte volontiers de tourner ce biopic sur ce sanglant personnage. Christopher Lee tient le rôle titre et fait des efforts, tout à se joie de s'attaquer à un personnage historique qui le change de ses draculas de la hammer.
Cependant c'est sans compter les volontés des producteurs. Il est de toutes façons évidents que Towers et Franco avaient déjà dans l'idée de tourner le film comme un "inquisition exploit" avec quelques séquences chaudes. Se rajoute donc une coproduction allemande-française-espagnole-anglaise et américaine, chacun voulant rajouter un élément au film, plutôt historique, plutôt dramatique, érotique, sanglant, etc.
Cela transparaît tout à fait à l'écran où les séquences s'enchaînent bizzarement, une séquence de procès faisant place à une bataille qui se suit par une scène de torture. Pour autant Franco arrive à tenir le tout avec une certaine réussite. Il est d'ailleurs bien aidé par un cast plutôt efficace, outre Christopher Lee on retrouve l'habitué Howard Vernon en bourreau et Maria Rohm dans le rôle féminin. Citons aussi Maria Schell dans un petit rôle, Margaret Lee et la jolie Diana Lorys.

Howard vernon est le boureau, personnage lugubre dont l'habit et la démarche sont un hommage de Franco au personnage de bourreau que joue Karloff dans
Tower of London
Maria Rohm dans le foin, une séquence bucolique.
Il est intéressant de noter que Franco reste assez sage sur ce film, la réalisation est sobre, même classique, des plans simples et des séquences peu découpées, pas de zooms, très peu de flous... Franco filme ses décors et ses acteurs consciencieusement, sans en rajouter, aidé par une production plutôt confortable (en comparaison de ses projets futurs). Le film est tourné en décors naturels au Portugal et en Espagne, ce qui lui permet de réduire les coûts et surtout de s'offrir le luxe d'une bataille avec canons, chevaux et cascadeurs. C'est bien simple au début je pensais que la séquence était piquée ailleurs.

"Le tout pour 5000$" comme l'annonce fièrement Jess.
Par ailleurs le film est aussi l'occasion pour Franco de se rapprocher de Christopher Lee (selon ses dires) avec qui il était resté en core assez distant. Christopher Lee complique son jeu et s'essaye à quelques subtilités en rapport à l'historique du personnage, cela passe bien évidemment au second plan puisque le film s'attarde assez peu (et mal) sur les séquences historiques.

"Dis donc Jess tu ne vas pas encore aller me mettre des femmes à poils partout, hein ?"
Car si le film passe pour un remuant film d'aventure historique dans sa première moitiée, Franco remet vite les pendules à l'heure en filmant les tortures perpétrées dans les cachots du sieur Jeffreys, lequel n'est jamais présent, Christopher Lee ne sachant pas que le film sera érotique et violent (tout du moins l'affirme-t-il). Franco retrouve alors son univers de prédilection et l'aspect sadien du récit devient évident. Pour Franco le juge Jeffreys lutte contre ses propres pulsions et fait torturer des femmes innocentes pour assouvir par procuration ses penchants sadiques. Le côté politique, finalement, importe assez peu à Franco.

Fétichisme pour Maria Rohm et Christopher Lee, sauf que ce n'est pas Christopher Lee qui refusait de participer aux scènes nécessitant un contact physique et dénudé. Refuser de caresser les seins de Maria Rohm, il est rigolo lui tiens...






Les sévices et délices de l'inquisition.
Du coup Christopher Lee ne verra jamais ce film, s'estimant trahi. par ailleurs le film subira la censure et des remontages malfoutus accompagnés de retitrages abscons. Le dvd Z2 est d'ailleurs cut comme on peut s'en rendre compte sur la featurette du dvd présentant des images qui ne sont pas dans le film. Les images enlevées restent minimes, un coup de hache sur un cadavre, un coup de langue de Maria Rohm autour du nombril d'une suppliciée et une apparition de la toison pubienne de la dame, cela reste minime puisque d'autres séquences toutes aussi "choquantes" sont restées. Par contre il est en VF, laquelle a quelques dératés : "Ils seront écartelés comme les boeufs qu'ils sont, et découpés en morceaux". La version Z1 de BU est sûrement plus recommandable.
Pour finir je rajouterai que ce film a la particularité d'être un des rares trouvant grace aux yeux de Franco qui le juge pas trop mal, ce en quoi il n'a pas tort...