Le problème de Simmons, j'ai l'impression, c'est qu'il a toujours des idées fantastiques et passionnantes, mais il a tant d'idées qu'il a besoin d'un vrai roman pour les mener à bout (et souvent de très gros romans).
Là, ça se retrouve souvent dans ses nouvelles, y'a une toile de fond qui pourrait servir à tout une saga, on est pris dedans, et bizarrement on dirait qu'il sait pas comment finir ses histoires.
Les fins sont abruptes, évasives, j'ai été plusieurs fois déçu de la façon dont se terminait l'histoire.
Reste qu'il y a de sacré morceaux quand même dans cette anthologie.
Rapidement :
Le Styx coule à l'envers :
Une religion résurrectionniste peut faire revenir vos chers disparus. mais à quel prix...
Une ambiance du tonnerre, c'est plutôt bien écrit, mais on se demande où l'auteur veut en venir, ça manque d'un éclaircissement final et ça laisse un goût d'inachevé. j'ai pas vraiment réussi à rentrer dedans...
Vanni Fucci est bien vivant et il vit en enfer :
Une émission télévangéliste reçoit la visite d'un damné révélant que l'enfer à été créé par Dante selon ses croquis.
Là encore le concept est assez énorme, même glaçant, on est vite passionné par ces explications théologiques (on ne s'ennuit pas une seconde alors que la nouvelle n'est qu'une succession de monologues), mais la fin est super abrupte, comme s'il fallait finir au bout d'un certain nombre de mots et que Simmons avait coupé court à son histoire. Un peu déçu...
Passeport pour Vietnamland :
Dans les années 90, le Vietnam accueille un parc d'attraction sur la guerre éponyme, très réaliste, où se rejoignent familles, touristes et ancien combattants.
Le même défaut qu'au dessus, mais encore plus prégnant. Quand les péripéties commencent à s'envoler, et à emmener le récit vers les hautes sphères, la nouvelle se termine. Très très frustrant. D'autant qu'encore une fois, le concept est soufflant, remarquablement maitrisé, et créé un background touffu qui aurait mérité un roman entier.
Deux-minutes quarante cinq secondes :
Un avion privé, les "responsables" de l'explosion de la navette Challenger, dont un acrophobe, et ses remords.
Une très très courte nouvelle, et pourtant enfin un récit complet qui se tient de bout en bout (ce qui peut se comprendre par le fait que la nouvelle se tient principalement grâce à sa fin, et que tout le récit converge vers elle). C'est une sorte de thriller très court à la première personne, une oeuvre à message qui aurait pu (qui a ?) créer la polémique.
Métastases :
La mère du héros se meurt d'un cancer. Un soir, celui-ci voit dans un miroir la véritable raison d'être de ce cancer, et de tous les cancers du monde...
Alors là... Chapeau... Une très très grande nouvelle, une idée simple mais diabolique, un parfait déroulé des événements, un climax, et surtout une ambiance de paranoïa absolument glaçante. Ca se lit comme du petit lait, on reste scotché aux pages du livre, et cette simple idée de base en remontre à pas mal d'écrivains fantastiques, même des doués ^^
Douce Nuit, Sainte Nuit :
Le futur, post-apocalyptique. Dans les ruines immergées de New-York, un télévangéliste est accueilli par une pieuse tribu.
Et on retombe dans les travers habituels du Simmons version "short stories", un univers fascinant dépeint en deux coups de pinceau de manière précise, un mystère qui plane, la promesse du début d'une aventure, et puis le tout retombe in fine comme un soufflé. J'ai eu le réflexe de dire "c'est tout ?" tout seul dans mon lit ^^ C'est pas faute d'avoir créé une ambiance lourde et mystique, mais finir sur une pirouette pareille est terriblement frustrant.
Mémoires privés de la pandémie des stigmates de Hoffer :
Dans une lettre à son fils, un père décrit par le menu la pandémie s'étant abattu sur le monde, et défigurant chaque personne selon ses vices et ses péchés.
Chapeau bis... Le style épistolaire pourrait être lourd, il n'en est rien. Encore une fois le concept est aussi ingénieux et fascinant que glaçant, Simmons laisse peu de place à l'espoir dans la description de cette société changée à jamais, révélatrice de notre nature foncièrement mauvaise, mais son état des lieux clinique prend aux tripes, jusqu'à un final terrible de fatalité et d'acceptation. Un grand cru.
Les Fosses d'Iverson :
Au début du siècle dernier, un jeune scout participe à une reconstitution de la guerre civile américaine, et fait équipe avec un vétéran un peu fou qui va lui révélé le terrible secret de la bataille d'Iverson...
J'ai eu énormément de mal à rentrer dedans. Pourtant c'est bien écrit, les deux personnages principaux sont bien brossés, mais je crois que le sujet m'inspirait pas des masses. Et puis il faut dire que c'est une nouvelle trèèès longue, et il faudra attendre la fin de l'histoire pour que celle-ci bascule dans le fantastique. Avant cela, c'est surtout la description de cette rencontre inter-générationnelle qui prime, et elle s'avère un brin longuette. Mais quelle fin... Pas foncièrement originale (elle rappelle certains récits de King ou de Koontz), mais pour le coup toute cette première partie lui donne une profondeur, une puissance qui prend aux tripes (d'autant qu'on apprend que la bataille (boucherie) d'Iverson a bien eu lieu, et que beaucoup de détails sont tirés de faits avérés.
Le Conseiller :
Le conseiller d'un lycée écoute jour après jours les récits d'enfants battus, violés, maltraités. Parallèlement, les responsables de mauvais traitements se retrouvent rossés, piégés, voire pire. Coïncidence ?
Dan Simmons fait son vigilante movie
Photo de classe :
Le futur, post-apocalyptique. Une institutrice continue inlassablement de faire cours à des élèves zombifiés dans une école transformée en chateau-fort.
Une très bonne petite nouvelle, encore une fois un concept formidable, et la peinture d'une personnalité hors-norme (comme souvent chez Simmons). C'est un récit vraiment touchant, emplie de mélancolie (ce qui dans un contexte de zombocalypse, était une gageure). Reste qu'après avoir vu le court-métrage, plus pertinent, plus concis, la nouvelle semble rester en deça, mais ça n'enlève rien de son charme.
Mes Copsa Mica :
Mi récit autobiographique, mi essai, Simmons raconte son rapport à l'écologie, à la pollution, et à la place (légitime ?) de l'homme dans l'univers.
Et ben c'est quand même très chiant. Pris individuellement, certains passages sont assez intéressants, comme la discussion entre deux types qui cherchent à savoir comment Gaïa (si on validait l'hypothèse de son existence) éliminerait le cancer qu'est l'homme, mais ça ressemble trop souvent à de la philosophie de comptoir, ou à un essai biographique mal maitrisé. Je sais pas vraiment si cette nouvelle avait sa place dans cette anthologie.
À la recherche de Kelly Dahl :
Alors qu'il cherche à se suicider, un instituteur alcoolique est rattrapé par une ancienne élève qui l'entraine dans son univers mental modelable à son gré avec une seule consigne "retrouve-moi, tue-moi, et tu seras libre"
La fin a beau arriver un poil trop vite, et être un poil trop simple, on se retrouve encore avec une idée aussi tordue que fascinante, où le héros est projeté dans une réplique de son coin du Colorado, passant des années 70 au paléolithique, voire se transformant carrément en mont Saint Michel
Voilà. À part ça chaque nouvelle est nanti d'un très intéressant texte d'introduction, qui explique la plupart du temps les circonstances de la création de la nouvelle, et les facilités ou difficultés de sa création.
Une bonne anthologie au final, j'aime beaucoup les idées de Simmons, malgré le mal qu'il a à finir ses récits
Allez, je vais pas tarder à attaquer Le fils des ténèbres, et je pourrais enchainer (enfin) sur Hyperion

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