KIRIKOU ET LES BETES SAUVAGES
Après la séquelle et la préquelle, voici la "pendantquelle". L'action est constitué de 4 mini-épisodes qui sont situés pendant l'épisode précedent, où Kirikou va botter le postérieur charnu de la vilaine sorcière Karaba. Mais si le premier opus fonctionnait du tonnerre, avec son Afrique de contes de fée et ses incessantes trouvailles visuelles et scénaristiques, ce Kirikou nouveau fonctionne à l'économie et à l'absence d'idées.
1) Le scénario va à deux à l'heure. Non mais sans déc ça prend son temps. Je veux bien qu'on parle de nonchalance africaine, mais là c'est trop. En plus, y a pas des masses d'enjeu : on sait à peu près comment ça va se finir, et de plus chaque petite historiette fonctionne avec le minimum d'enjeu aussi (genre : "mais qui a bien pu saccager le potager?"; "quel est l'étrange oiseau qui fait des traces de pas à trois doigts?" - particulièrement grotesque, ce dernier, d'ailleurs.
2) Il y a des incohérences dans le déroulement de l'action, incohérences non seulement internes au film, mais aussi aux deux films! Kirikou premier du nom se retrouve donc affaibli. Ce serait spoiler que de révéler les différents points où ça merde, mais j'ai trouvé ça hyper-génant, surotut pour des scénarios aussi légers (franchement, l'argument de base de chacune des histoires tient sur un timbre-poste)
3) Toute personne normalement constituée a fortement envie d'étrangler Kirikou, petit être trop parfait, petite machine hyperactive (personne ne lui a donné sa ritaline ou quoi?) qui trouve toujours des solutions, NON SANS LES AVOIR MOULTEMENT EXPRIMEES ORALEMENT. C'est-à-dire : (exemple imaginaire non spoileurisant) "J'ai besoin de peindre quelque chose en noir, or ma grand-mère possède un pot de peinture noire. Je crois que je vais aller lui demander! - C'est décidé, je vais aller voir ma grand-mère qui possède un pot de peinture noire. "Grand-mère, est-ce que je peux avoir ton pot de peinture noire?" "Oui mon chéri, c'est derrière l'appentis" Très bien,; ouvrons la porte de l'appentis afin de prendre la peinture noire". ETC, tout ça en voix OFF.
Et ça tout du long. Ca fait de Kirikou le film le plus inutilement bavard que j'ai vu depuis longtemps. En tous cas, ça sous-estime la capacité d'intelligence des enfants (pas besoin de commenter en permanence l'action). C'est soûlant cette voix enfantine de p'tit génie qui balance les étapes de sa réflexion (très lente aussi - cf. le cas de la girafe), sans une once d'humour, entourée de villageois au-dessous du seuil de débilité (c'est simple, quand Kirikou leur est utile, ils sont contents et ils dansent; quand Kirikou fait ses plans ou essaie de prévenir les autres, il est traité comme un moins que rien, limite un Intouchable; quand il ne fait rien, les autres s'empaillent dans des discussions stériles à peine dignes du forum mad-movies).
4) La morale, simpliste ("Unissons-nous et ça ira mieux"), est contredite par le film lui-même, où Kirikou fait tout lui-même en ignorant parfois les autres (et parfois ce sont les autres qui l'ignorent) - cf. le coup de la cruche à renverser!
5) Au bout d'un moment, je trouve ça un peu chelou, cette Afrique "chromo", avec ces Noirs qui dansent dans la savane à la moindre occasion. Et je me suis posé la question : "Comment ce film a-t-il été reçu en Afrique Noire?" C'est vrai, lors de la promo - massive- de ce film, on a intérrogé des immigrés de deuxième génération, mais des Africains d'Afrique Noire, point. Cependant, il aurait été intéressant de recueillir leur avis : "Alors, Kirikou, célébration, retranscription, hommage, ou plutôt imposture d'Occidentaux?" Une bonne question à mon avis, qui aurait donné une idée des tenants et aboutissants du film.
6) Des passages un peu trop orientés MJC et Centres Aérés. Exemple : "je fais de la poterie", ou "je fabrique un faux fétiche". des activités immédiatement reconvertibles dans les espaces d'animation, genre "Kirikou il a fait ça, et si on faisait pareil". En même temps je trouve ça génial, mais d'un autre côté, j'ai bizarrement trouvé ça un peu trop souligné dans le film (la fabrication du faux fétiche prend au moins dix minutes, et c'est chiant). Un plus pour un moins en somme.
Brèfle! Tout ça pour dire que j'ai été déçu. Et pourtant... Le film comporte son lot de visions magnifiques, de calme, de message important (grosso modo, toutes les merveilles que nous voyons sont en voie d'anéantissement, et ça c'est grave...)
(c'est tout ce que j'ai trouvé :oops: )
Mais cela ne saurait vraiment rattraper un film un peu baclé, pas du fond de la forme (superbe, comme d'habitude), mais d'un fond étique, lassant, et même parfois soûlant.
Mais je laisse ma place aux enfants : qu'en ont-ils pensé?? 8O 8O 8O

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