Etrangement pas de sujet pour celui qui reste l'un des meilleurs (le meilleur?) réalisateur de polars HK. Fort d'une carriére de 22 films le gars Lam à imposé sa marque sur tout le cinéma HK des années 90 en imposant un style de polars contemporains violents et apres -caractéristique de la production locale- mettant en jeu toujours les mêmes questions (comment en arrive t'on à utiliser la violence, la limite poreuse entre le gangster et le justicier, la trahison d'un camp envers l'autre, etc...). Rien de spécialement original à premiére vue, on pourrait dire la même chose de pas mal de polars HK, style OCTB, Beast Cops, les trucs avec Danny Lee...

Chez Ringo Lam cependant, ces thématiques se conjuguent toujours avec des considérations sociales et politiques assez importantes qui le mettent définitivement à part de ces collégues.
La différence avec le cinéma de Johnny To me semble assez flagrante, ce dernier me semblant plus porté vers un léger esthétisme, un recul un peu plus "contemplatif" sur ce qu'il filme, et son interet se porte plus sur le fonctionnement "institutionnel" des gangsters et de la police que sur les dilemmes moraux "basiques" qu'affectionne Lam.
Evidemment, visuellement parlant, Lam est a l'opposé total de Woo, même si les thèmes sont souvent les mêmes (amitiés au dela du statut social des caractéres, trahisons). Chez Lam on est totalement dans "l'anti-spectaculaire" en terme de narration et de violence (ca veut pas dire que les gunfights sont fait par dessus la jambe non plus), les personnages étant toujours pensé de facon intimiste et réaliste, se posant des questions morales simples mais essentielles et vivant dans un monde "réel" et pas glamour pour un sou, les éruptions de violence étant toujours du coup surprenantes et séches.
Visuellement, si le style de Lam est surement moins visible que celui de Hark, Woo ou To (et moins tape à l'oeil que pas mal de productions HK), il privilégie toujours l'efficacité et la cohérence face à son propos (inspiration vaguement documentaire, dans ta gueule, proche de la violence, souci d'un stylisme bien présent mais complétement épuré la plupart du temps) avec un découpage toujours ultra soigné, en témoigne sa capacité de faiseur consciencieux capables d'emballer des films comiques voire même en costumes, des séries B, et de transformer JCVD en acteur dramatique.


Deux images tirées de Full Alert
Si je devais rapprocher Lam d'un autre réalisateur ce serait William Friedkin (et Michael Mann, mais la seulement dans certains des thémes. To est bien plus proche stylistiquement parlant de Mann, même si Heat et Full Alert présente des similitudes voyantes), les deux hommes partageant le même gout pour le questionnement moral (qu'est ce qui sépare un flic d'un truand, le rapport à la violence) et un style visuel efficace et direct (Hunted, French Connection).
Au final Lam est l'influence majeure du polar HK avec John Woo, tous les films produits sur l'ile dans ce style semblant taper soit dans le style "dans ta gueule documentaire" ou le style "lyrisme emphatique" facon John Woo, même si sous l'influence de Johnny To, le polar HK semble avoir trouvé un "juste milieu" entre les considérations réalistes et l'emphase, en témoigne le succés de Infernal Affairs, dont le premier volet tourne principalement autour d'une lutte "RingoLamienne" et le second devient bien plus ample dans le style du Parrain 2.
Bon les films maintenant:
Lam commence à se faire connaître avec la réalisation de la série parodique d'espionnage Mad Mission en réalisant le quatrième volume de la chose (Vol.3 signé Tsui Hark). Il enchaîne tout de suite sur un des films majeurs de sa carrière, City on Fire en 1987, avec celui qui va devenir son acteur fétiche, la uberstar Chow Yun Fat.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, City on Fire raconte l'histoire de Chow, flic spécialisé dans les infiltrations de gang de braqueurs et croulant sous le poids de la culpabilité de sa dernière mission. Il vit mal le fait de devoir donner les gens avec qui il devient amis et partenaires. Il est obligé de rempiler une nouvelle fois et devient membre d'un gang de dangereux cambrioleurs... Et cette fois ci il va pousser sa mission jusqu'au bout.
Chow Yun Fat livre une prestation hallucinée de flic rongé par la culpabilité dans ce film qui va imposer Ringo Lam et qui marque la naissance de son style, focalisant plus sur les détails et les états d'ames de ses personnages que sur l'action à tout crin même si il n'hésite jamais à nous torcher de forts beaux gunfights (ici dans le final). A noter aussi une belle prestation de Danny Lee, pour une fois jouant le braqueur et pas le flic facho…
City on Fire est aussi le film qui assurera la renommé de Lam en Occident, puisque Reservoir Dogs y rendra un hommage appuyé: histoire vaguement similaire, situations reprises (le final) voire copiés plan par plan (les deux flics abattus dans une voiture de police, même valeur de plan, même cadre, même situation).
Ringo Lam, qui à de la suite dans les idées (et puis à HK un filon ca s'exploite...) à l'opportunité de signer deux autres films "On Fire" qu'il va porter sur la prison et l'école, deux sujets sensibles. N'ayant toujours pas vu Prison on Fire et School on Fire (oui c'est MAL, va falloir que je fasse un tour dans le 13éme moi), je n'en parle pas extensivement., mais j’espère bien que des intervenants le feront (au hasard, Waco, Totoro qui vole, un Dictateur Subversif...).
L'autre polar majeur de la filmo de Lam c'est le magnifique Full Alert de 1997 (sorti en VHS chez HK Video, et qui aurait bien mérité une édition DVD :? ). Lau Ching Wan y interpréte un flic enquetant sur le meurtre d'un architecte par Francis Ng... meurtre "banal", mais qui cache en réalité plus, comme en témoigne la présence d'explosif chez le suspect. Lau Ching Wan tente de démêler les fils, mais lors du transfert du prisonnier, le convoi est violemment attaqué par des mercenaires taiwanais qui libéré ce dernier afin de réaliser un casse énorme...

Full Alert c'est juste l'un des meilleurs polars que j'ai vu dans ma vie, donc l'un des meilleurs de la décennie (forcément), ou la violence est toujours un drame. C'est difficile de dire comment mais on est complètement avec les personnages: le film s'ouvre sur le meurtre perpétué par le personnage de Francis Ng, un meurtre assez glauque. Lam se penche sur ce personnage de "gars ordinaire", diplômé, qu'on imagine citoyen modèle toute sa vie avant de vouloir autre chose, d’être heureux, d’être riche et de vivre autrement que dans le besoin. Mu par une volonté de ne pas rater sa vie et de devenir riche, quitte à commettre l'irréparable. En tuant l'architecte, il a franchi une ligne morale dont il ne peut revenir et des lors son destin est scellé. Il devra affronter le flic, quand bien même une certaine complicité (et rivalité) se crée entre les deux.

Sans tomber dans le pathos, Lam parvient à rendre les remords de ses personnages bouleversants, tant celui de l'architecte, bourré de remords et traumatisé par le meurtre "originel", que celui du flic, qui n'a pas spécialement envie de tuer qui que ce soit et est responsable de la vie d'autrui (celles des gens qu'il protége, de ses collègues, des suspects). Ce rapport à la violence est aussi montré avec les personnages des mercenaires (emmenés par l'acteur Jack Kao, habitué de Hou Hsiao Hsien), forcément plus acclimaté à cette dernière et vivant selon des préceptes totalement différents de la société "civilisée" (voir le châtiment qu'il réserve à ceux qui ne sont pas assez professionnels).

Porté par des acteurs tous excellents, ponctués d’une fusillade mémorable et d’un final émouvant, Full Alert est peut-être l’apogée de la carrière de Ringo Lam.
Il enchaîne sur The Suspect, un polar sympathique, ou un « type ordinaire » (Louis Koo), envoyé en prison encore mineur pour avoir participé à une fusillade violente alors qu’il était membre d’une triade, sort du trou. A peine dehors, son meilleur ami vient le chercher de la part du boss, le colle dans une chambre d’hôtel luxueuse avec repos du guerrier incorporé… Avant de trouver un lance-roquettes et de recevoir un coup de fil de son boss lui demandant d’assassiner un candidat à la présidentielle de l’autre coté de la rue ! Il refuse… et c’est son meilleur ami qui s’en charge. Bouc émissaire rêvé, trahi par son pote, poursuivi par la police (qui lui affirme mordicus que son boss est mort il y a plusieurs années), le suspect devient un fugitif, la pièce centrale d’un vaste complot politique incluant un éminent conseiller gouvernemental (Simon Yam) et les services secrets étrangers (Yu Rong Guang) et ou il essayera surtout de laver son nom, de se venger et de faire un trait sur son passé.

Vision déprimante d’un homme jouet de déterminismes qui le dépasse et de son passé, situé dans un pays imaginaire qu’on devine situé dans le Pacifique (Asie du Sud Est, Amérique du Sud) , le Suspect est un polar haletant constituant en une longue course-poursuite. Encore une fois, le poids du passé, des morts, et des trahisons pèsent sur les personnages, désireux de s’affranchir de leur condition et de leur « nature » (qui résulte plus de la société qu’autre chose). Méconnu, il mérite d’être vu.
Ringo Lam enchaîne ensuite avec The Victim, mixture de film fantastique et de polar avec une nouvelle fois Lau Ching Wan dans le rôle principal (pas vu) qui prouve que Ringo Lam est aussi capable de sortir de son carcan habituel.
Comme en témoigne le moyennement célèbre Full Contact (1993), qui nous conte l’aventure de Jeff (Chow Yun Fat), voyou au grand coeur, obligé de participer à un casse organisé par le tordu Judge (Simon Yam, en plein surjeu) et sa bande pour éponger la dette de Sam (Anthony Wong). Jeff se fait doubler par Judge, est trahi par Sam, qui se sentant coupable, protége la petite amie de Jeff… Avant de se maquer avec elle.
Oui mais Jeff n’est pas mort. Estropié, recueilli par un moine, il se rééduque et reviens à la vie avec la ferme intention de se venger.
Au-delà du mauvais goût prononcé et de la vulgarité de la chose (Judge est un bi pervers avec des accès grande folle attiré par Jeff, dans sa bande y a un molosse et sa copine qui à le feu au cul…) qui ont rendu le film populaire auprès des fans de Cat.III, Full Contact est 100% un film de Lam, se centrant essentiellement sur l’amitié décu entre Sam et Jeff et la trahison du premier et de ses remords. Si le style est un peu plus flamboyant que d’habitude, on reconnaît assurément la paternité de la chose.
A l’occasion, Ringo Lam s’est aussi aventuré dans d’autres domaines. Il co-réalise avec Tsui Hark un excellent Jackie Chan (et Maggie Cheung) intitulé Twin Dragons et qui reprend l’argument comique connu : deux jumeaux séparés à la naissance (Chan et Chan donc), l’un devenant un virtuose du piano et l’autre un mécanicien de basse extraction. Un argument source de nombreux quiproquos. Une bande fort agréable tapant avec un même bonheur dans les gags « éculés » de ce genre de situation classique et dans des bastons bien torchés dont un final dans un garage mémorable (et ou Tsui et Ringo font un cameo). Un film commercial mais qui vaut bien des « œuvres d’artistes »… (dispo en VHS chez HK)

Plus étonnant, le Temple du Lotus Rouge, seul film de kung-fu en costumes de Ringo Lam, qui tranche sensiblement dans sa filmographie, lui permettant d’exprimer (ou alors faut il y voir la patte de Tsui Hark producteur) un univers visuel sombre et baroque, dans une prison mandchoue extravagante, pleine de combattants étranges, de piéges serialesques (les Bouddhas truffés de fusils !), et dirigés par un taré queutard sadique se battant à coups de pinceaux et de peinture! Un film assez marquant et sombre (finalement pas très eloigné du ton général de ses films) et dans lequel Ringo Lam montre une certaine aisance. L’univers visuel riche et quelque peu différent de celui généralement mis en branle dans les productions Film Workshop de la grande époque laisse penser que Lam est le géniteur principal du métrage. (Dispo sur la Saga du Kung Fu 3 chez HK en DVD)
Sinon on peut aussi évoquer rapidement les trois films avec JCVD (Risque Maximum, Replicant et In Hell). Si Risque Maximum est très médiocre –la production a imposé un happy end- mais regardable, Replicant et In Hell compte parmi les meilleurs films de sa star. Replicant est une série B efficace, pleine de cascades efficaces et qui met en scène le fameux thème de la gémellité cher à Van Damme, ici articulé de façon cohérente autour d’une reflexion sur les origines de la violence (le meurtrier et son clone, qui n’est pas psychopate, et que Rooker essaye de conditionner à travers l’éducation). Lam, comme un poisson dans l’eau, arrive à tirer le maximum de JCVD et nous pond un personnage de flic comme il les aime avec ce bon vieux Michael Rooker.
In Hell traite une nouvelle fois du même sujet, ce moment où l’on cesse d’être un « civilisé » et ou on bascule dans la violence, Lam mettant une nouvelle fois en scène un ingénieur plongé dans un monde qui le dépasse (Le personnage de Francis Ng dans Full Alert est un ingénieur, comme celui de Lau Ching Wan dans The Victim). Plus d’opinions sur le sujet correspondant ici
Voilà pour un premier tour rapide de ce cinéaste majeur du polar contemporain. Ringo Lam c’est bon, mangez en !!!

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