A toute épreuve, de John Woo (1992)
L'histoire : Peu de temps avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine, un policier jure de venger son meilleur ami tué lors d'une fusillade. Son chemin croise alors celui d'un tueur à gages, avec qui il va entretenir une relation étrange, entre rivalité et complicité...
Dernier film de John Woo réalisé à Hong Kong avant son exil peu glorieux aux Etats-Unis et ultime collaboration avec Chow Yun-fat, son acteur fétiche,
A toute épreuve constitue un aboutissement formel et thématique pour le cinéaste. S'il est facile, avec le recul, de critiquer son départ, on peut toutefois le comprendre : le metteur en scène et l'acteur n'auraient jamais pu, de toute façon, surpasser ce long-métrage que l'on peut considérer, sans doute, comme la référence définitive en terme d'
actionner avec
Piège de Cristal de John McTiernan. Peur d'affronter la censure du régime chinois et désir de relever de nouveaux défis ? Une seule chose est sûre : l'ancien assistant de Chang Cheh a pu partir la tête haute avec cette nouvelle réussite sur son C.V.

La mise en chantier de
A toute épreuve, toutefois, s'est faite dans la douleur. Suite à quelques réécritures approximatives dues à des impératifs commerciaux, à la nécessité de flatter l'ego de Chow Yun-fat et au décès d'un scénariste, John Woo commence le tournage sans script défini, mais s'adapte, avec une seule idée en tête : livrer un polar inspiré de quelques classiques américains des
seventies et ne plus
glamouriser le milieu du crime comme il a pu le faire avec
Le Syndicat du crime et
The Killer. Ces difficultés laissent quelques traces gênantes dans le produit fini : le personnage incarné par Tony Leung Chiu-wai, d'abord pensé comme un tueur d'enfants sanguinaire, gagne en candeur et préfigure nettement celui qu'il incarnera, des années plus tard, dans la trilogie
Infernal Affairs.


John Woo oublie bien vite ses envies de simplicité et pallie les faiblesses de son script en élaborant, avec l'aide du talentueux Philip Kwok, des fusillades mémorables, pour ne pas dire légendaires, chorégraphiées à la perfection, comme celle du salon de thé située au début du métrage. Une scène qui, malgré son plan final iconique, se révèle presque mineure une fois comparée au
climax situé dans un hôpital. Celui-ci offre au spectateur un
bodycount impressionnant et un plan séquence démentiel : pas le plus long que le Septième Art nous ait offert, mais sans doute le plus jouissif. Quelques notes d'humour léger, placées avec subtilité, parsèment cette conclusion pour la rendre plus digeste.

Cette belle mécanique tournerait à vide, toutefois, sans une interprétation de premier plan et Chow Yun-fat, dans ce rôle de tête brûlée, excelle tout autant que dans ses autres collaborations avec John Woo et trouve en la personne de Tony Leung Chiu-wai un partenaire de premier choix. Déjà remarqué dans le méconnu
My Heart is That Eternal Rose, le comédien, sans doute le meilleur qu'ait jamais connu l'ex-colonie anglaise, trouve ici le rôle qui le révèle au grand public, avant ses grandes collaborations avec Wong Kar-wai. Si Anthony Wong n'est guère convaincant, le camp des
bad guys brille grâce à Philip Kwok, qui bouffe l'écran avec son charisme. Quant à Teresa Mo, elle a le mérite d'incarner une policière malicieuse, bien loin des gourdes qui parasitent souvent la filmographie du cinéaste.
Film qui marque la fin d'une époque,
A toute épreuve ne mérite pas la note maximale parce qu'il est parfait, du fait des lacunes de son scénario, mais parce qu'il est
jouissif.
Note : 6/6