Claus Valca et Lavie Head sont deux jeunes pilotes de vanship (petit avion biplace nécessitant un pilote et un navigateur) subvenant à leurs besoins en faisant des livraisons. Leur train de vie est modeste et ils acceptent tout type de travail, même les plus dangereux. Leur dernier travail consiste à livrer une lettre au commandant de navire de guerre David Mad-Thane qui se trouve en plein combat aérien. Un terrible conflit se déroule en effet dans le monde de Prester entre les deux principales nations, Anatorey et Dithis. Ce conflit se caractérise par d'immenses joutes aériennes mettant en scène de gigantesques navires de guerre. Celles-ci sont régies par la Guilde, qui fournit aux différents protagonistes du conflit la technologie nécessaire pour les combats.

Nous retrouvons à la réalisation, Koichi Chigara qui travailla au même post sur Full Metal Panic !, une autre production Gonzo. C’est lui qui sera chargé avec Mahiro Maeda (futur réalisateur de Gankutsuo) de créer le monde de Prester, un univers imaginaire, qui empreinte à la fois au 19ème siècle (pour le cadre de vie) et au 20ème (début de l’aviation). L’influence du Steampunk se fait nettement sentir tout au long de la série. Le design des vanships est fortement inspiré des avions du début du 20ème, le Silverna et les vaisseaux de Anatorey rappellent les navires de guerre allemand de la seconde guerre mondiale et ceux de Dithis évoquent le Hindenburg, le célèbre zeppelin. Le soin apporté à la création de l’ensemble est une des forces de Last Exile.
L'animation est, elle aussi, de très grande qualité. C’est beau, même très beau quand les batailles font rage au-dessus des nuages. L’utilisation des CGI s’intègre parfaitement à l’ensemble (à part quelques fois, où elles sont trop voyantes) et donne une force visuelle que la 2D ne pourrait retranscrire. Je pense notamment aux ballets aériens des vanships. La 3D est donc très présente tout au long de l’animé, le premier épisode en regorge plus que certaines séries entières ! Visuellement, Last Exile dispose de peu de couleurs. Hormis, le ciel bleu, la colorimétrie tend principalement vers l’ocre, donnant un cachet plus sombre à l’entreprise (et plus vieillot). Côté bande son, elle est généralement bien adaptée aux images, s’accélérant en fonction de l’action. De même, l’opening est sublime, il faut le dire.

En effet, Last Exile n’a rien d’une série humoristique pour adolescents. Même si ces héros ont leurs âges, il est question ici de voyage initiatique, de conflits guerriers et de vengeance destructrice. Revenons un peu sur l’intrigue, puisque pendant une course digne de celle de La Menace Fantôme, Claus et Lavie se portent au secours d’un vanship criblé de balles. Un homme leur demande de poursuivre sa mission : remettre un chargement au bâtiment de guerre le Silverna et à son capitaine Alex Rowe. Cependant, ce chargement est peu ordinaire puisqu'il s'agit d'une petite fille, Alvis. Ils acceptent et ne tardent pas à être pris en chasse par un curieux vaisseau en forme d'étoile. Après une longue course poursuite, nos deux héros sont sauvés in extremis par Alex. Ayant pris la décision de rester sur le navire, ils se trouveront mêlés au conflit qui secoue leur monde et qui les met aux prises avec la toute puissante Guilde, à la recherche de l’Exile, source de toute puissance.
Le gros point fort de Last Exile est sans conteste son scénario (pourtant graphiquement on atteint déjà des sommets). Passionnant de bout en bout, toujours surprenant, on comprend rapidement pourquoi l’animé est un des plus respecté de ses dernières années. L’histoire met du temps à se mettre ne place, mais rapidement la progression dramatique devient constante, jusqu’à un final renversant. Les personnages sont nombreux, tous haut en couleurs et oh miracle échappant aux stéréotypes habituels (quoique Alex nous refait le coup d’un certain Capitaine Harlock). Certaines relations entre les protagonistes sont ambiguës. En effet, qu’est Lavie pour Claus exactement ? Juste une "soeur" ? De même, qu’éprouvent exactement Tatiana et Sophia pour Claus ? Tatiana retrouve le goût de vivre pleinement grâce à Claus, Sophia embrasse carrément Claus alors qu’elle est clairement attirée par Alex. Vu comme ça, on se croirait dans un feuilleton romantique aseptisé, mais la complexité des relations amoureuses donne un cachet humaniste à l’ensemble. L’amour étant la seule lueur d’espoir dans ce monde voué à la guerre.

Vous l’aurez compris, Last Exile n’est pas vraiment un animé joyeux. L’humour est presque absent, le seul catalyseur de situations comiques étant la bande de mécaniciens du Silverna. La série nous offre de grands moments de tragédie (spoilers). Des instants dramatiques viscéraux mais aussi poétiques : la mort d’Alex, prêt à rejoindre son amour perdu ou le sacrifice de Lucciola et son combat digne d’un ballet. Le personnage de Dio est un des plus intéressant, d’abord ennemi de Claus, il va au fur et à mesure se faire accepter par l’équipage du Silverna avant de sombrer dans la folie (merci au lavage de cerveau). Il passe, en quelques épisodes, du personnage horripilant, à celui de personnage attachant qui va finir tel un héros de tragédie grecque. Sa mort brutale est un des moments les plus crus de la série. L’évolution des différents protagonistes est, sans conteste, une des forces de l’animé (on pourrait aussi citer le destin héroïque du trouillard Mullin). Fin des spoilers. Le fait de voler, a été un des désirs les plus ardent de l’Homme au cours de son existence. Or, dans Last Exile, le fait de parcourir le ciel est une façon de se déplacer mais aussi de s’exprimer, de s’affirmer. Cet aspect métaphorique donne une connotation philosophique plutôt étonnante à l’ensemble.
Last Exile est clairement, pour moi, une des séries les plus marquantes de ses dernières années. Pour sa qualité graphique indéniable, mais surtout pour la complexité de ses intrigues et des relations entre les différents personnages (ainsi que leurs évolutions tout au long de l’histoire). L’aspect dramatique est très poussé, la série est très adulte dans son traitement, les derniers épisodes mettent vraiment le spectateur sous pression. On en est même soulagé d’assister à un happy end bucolique lors du générique de fin. Pour découvrir ce petit bijou, je vous conseille les deux coffrets parus chez Déclic Images, c’est une bonne occasion d’investir sur un produit de qualité, qui va vous permettre de rêver un peu, la tête dans les nuages.

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