muf @ autre part, mais dans un de ses éclairs de lucidité dont n dit :
C'est pas faux.
D'autant que ce thread est là pour supporter un évènement : la réédition en coffret zone 1 de la quasi-intégralité de la période Hollandaise de cet être doux (manquent Spetters et La Chair et le sang : c'est inadmissible).
Né en 1938 en Hollande, le petit Paul subit de fait le poids de la botte nazie qui écrase son pays. Il en gardera une haine de toutes les censures, et la conviction que le facisme est présent en tout homme (ou femme, Paulo est partculièrement égalitaire de ce point de vue).
Un temps Paul Verhoeven songe à entrer à l'Idhec (il fait même des études dans un lycée français pour apprendre la langue ) mais échoue . Comme la Hollande n'a pas d'école de ciné, il prépare un doctorat de maths et en parallèle réalise des courts métrages (durant son service militaire).
S'en suivent une crise mystique où il pense à devenir prédicateur (il songe depuis longtemps à un film sur la vie de Jésus) ou peintre..
Mais c'est en rencontrant Gerard Soeteman, qui devient son scénariste que Verhoeven enclanche la marche avant : le feuilleton Floris inspiré de Thierry la Fronde avec celui qui deviendra son acteur fétiche : Rutger Hauer jusqu'à la crise survenue avec l'échec de La Chair et le Sang
Il alterne ensuite dans sa période hollandaise, des fresques historiques (Cathy Tippel, Soldier of Orange) avec des peintures naturalistes contemporaines comme Turkish Delices (l'amour fou entre deux marginaux endueillé par un cancer) , Business is Business (les mésaventures de deux prostituées),ou le formidable et corrosif Spetters (les destins croisés de jeunes du milieu ouvrier au début des 80s), film qui mit le feu aux poudres de la censure qui lui reproche en vrac d'être voyeur, malsain, homophobe, mysogine, et toutes sortes d'autres joyeusetés.
Après visionnage du coffret on comprend assez les éloges de Claude Chabrol faites à Verhoeven puique les premiers films reprennent son goût de la satire de la petite ou de la grande bourgeoisie.
Business is business (Wat zien ik ?) (ou Qu'est-ce que je vois ? en français) est peut-être un de mes préférés : Greet et Nel sont deux prostituées dans le Amsterdam contemporain. Toutes deux tombent amoureuses : Greet de Piet, qui est un homme charmant mais malheureusement marié et très attaché à son standing (un concert de classique tourne au cauchemar), Nel d'un représentant en détachant au grand dam de son petit ami insupportablement violent avec elle, Jacques.
Greet va d'abord voir d'un mauvais oeil la rupture avec sa meilleure amie du fait de son mariage mais l'aidera en fin de compte à sauver celui-ci.
Tout Verhoeven , tant dans la forme que dans le fond est déjà dans cette oeuvre à la drolerie féroce (le scénario s'articule autour des passes offertes aux clients et de leurs fantasmes tous plus barrés les uns que les autres : on est limite chez les Monty Python), avec un Jan de Bont, pas encore manchot à la caméra.
Verhoeven traite son image de façon à donner le plus d'informations possibles en un seul plan, utilisant déjà les travellings furieux ou le grand angle.
Egalement présent : le coktail de sexe et de violence qui dans les deux cas sont des effets totalement gratuits tout en démontrant une intelligence redoutable . Les scènes où Jacques s'en prend à Nel, par exemple, sont toutes un poil trop longues par rapport à la bienséance pour que le spectateur se sente concerné mais également heurté dans ses convictions : faut-il en rire ou être choqué ?
En fait Verhoeven est un cinéaste essentiellement préoccupé par le statut de la femme et sa libération : dans Cathy Tipple Monique Van der Ven interprète une fille pauvre qui après avoir subi les humiliations et les harcèlements (des classes supérieures comme de la sienne) et même un viol garde la tête haute et son indépendance, sinon de corps au moins d'esprit, pour finir par épouser un jeune homma aisé qui lui laissera une fortune.
Cathy Tippel présente également l'amibiguïté profonde de Verhoeven, cinéaste teinté de mysticisme (le calvaire de Cathy) qui renvoit dos à dos les révolutionnaires de salon (le personnage interprété par Rutger Hauer et ses amis) et les nantis, mais n'enjolive pourtant pas la classe ouvrière : pauvreté ne rime pas avec sainteté.
Les riches tentent de baiser les pauvres. Les pauvres se laissent faire par les riches pour des sommes minables qui sont pourtant la base de leur condition (la chanson interprétée au cabaret évoque cet état de fait), tout en restant fidèles à leurs maîtres (les ouvrières collègues de Cathy chantent l'hymne à la gloire de la couronne hollandaise, alors que Cathy entonne la Marseillaise, devenu chant socialiste à l'époque en Hollande).
Le femme demeure pour Verhoeven la principale victime du système mais ça ne l'empêche pas de dépeindre avec fascination sa force : Cathy, malgré toutes ces concessions, conserve toujours l'estime du spectateur grace à sa pugnacité et son esprit d'indépendance.
Indépendance farouche toujours avec Turkish delight dans lequel Rutger Hauer/Erik est le double du cinéaste : un artiste qui refuse d'épurer son art par attachement profond à la vérité et aux faits (on lui demande d'effacer les vers qu'il sculpte sur une statue de saint alors que la Bible elle-même les décrit).
Or, c'est bien le trouble de l'auteur : vouloir rester libre c'est plonger dans la crasse moins par plaisir que par obligation. Parce que la crasse existe , qu'elle est là, et qu'elle est belle si on sait la regarder ou au moins la filmer.
Ainsi quand on voit dans Turkish delight Rutger Hauer fouillait dans une décharge de quoi nourrir ses sculptures : on comprend le panoramique sur un bébé qu'on torche à même la table dans Cathy Tippel.
Quand on le voit vomir en plein dîner de famille son repas trop copieux sur ses convives beaufs, on comprend la valse des clients tous aisés et respectables des héroïnes de Business is Business.
Et lorsque l'on voit Rutger demeurait aux côtés de son ex-femme Olga (Monique Van der Ven), avec qui il vécut un amour fou brisé par la lutte des classes et désormais atteinte par un cancer du sein, dans les moments les plus douloureux puis s'en aller sans se retourner en jetant sa perruque à la poubelle, on comprend que Verhoeven, le grand cynique, l'homme qui aime à provoquer les ligues de vertus et les défenseurs de tous les lobbys, s'engage sans honte ni restriction à célébrer la sincérité et l'abnégation entre ses personnages auxquels il offre toujours une porte de sortie aussi petite soit-elle.
Comme cette fenêtre sur Amsterdam d'où l'on entend le commerce de la chair reprendre dans son premier opus.
Quand ses héros agissent envers les autres en les acceptant comme des fins non comme des moyens, Verhoeven leur pardonne tout.
Moraliste au sens le plus noble du terme. Verhoeven tient avant tout à faire l'éloge de la Vie en montrant ce qu'elle a de plus horrible : malgré nos asservissements sociaux, moraux, ou pécuniers, notre humanité et la libérté indéfectible qui en découle, méritent le respect.
Pour Paulo : il s'agit d'y produire la plus belle filmographie qui soit. Et le plan magnifique de Turkish delight où Monique Van der Ven se regarde dans le miroir mural, allongée nue sur un lit poupre, et éclairée par des bougies dans une ambiance de douce chaleur (épatant travail de Jan de Bont), en est un résumé des plus éclatant.
C'est sans doute cette amour pour la vie même dans les heures les plus sombres qui donne tout son sel à Soldier of Orange. Une vision romancée de la jeunesse de Erik Hazelhoff Roelfzema, étudiant fortuné qui s'engagea dans la résistance contre le nazisme avant de devenir aviateur, qui recevra une volée de bois de vert par la presse choquée de la crudité du propos : l'engagement dans la lutte est tout autant affaire de fanfaronnade que d'éthique.
Verhoeven suit le parcours d'amis sortis des mêmes rangs et leurs destins parfois mêlés durant l'occupation : untel devient résistant mais finit par trahir son réseau, un autre s'engage dans l'armée allemande, un dernier enfin continue ses études autant que faire ce peut sans s'engager.
Mais jamais Verhoeven n'accable l'un ou l'autre : seuls les actes comptent.
D'où cette scène grandiose (première collaboration avec le cameraman fou Jost Vacanno) où Erik danse un tango face à face avec son ancien ami devenu soldat nazi et où celui-ci affirme "tu verras : bientôt allemands et anglais combatteront les communistes".
La guerre ne prend jamais sens chez Verhoeven : le sacrifice de la plupart des amis d'Erik semble n'affecter ni un camp ni un autre dans la mesure où leurs actions s'annulent (oeil pour oeil dent pour dent).
Si l'engagement contre la dictature reste juste (le nazi meurt dans des chiottes de façon peu glorieuse), l'héroïsme reste selon Verhoeven, une affaire de circonstances : c'est à qui survivra le plus longtemps de recevoir des lauriers, ses camarades demeurant à tout jamais figés et unis sur une photo de fin d'année (séquence reprise par DePalma dans Les Incorruptibles).
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- Spetters (1980)
- La Chair et le Sang (1985)
- Robocop (1987)
- Total Recall (1990)
- Basic instinct (1992)
- Showgirls (1995)
- Starship Troopers (1997)
- Hollow Man (2000)
- Black Book (2006)

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