(Planes, Trains and Automobiles)
1987 - John Hughes (réalisation, scénario, production)
Avec : Steve Martin, John Candy
Musique : Ira Newborn

"La route est longue entre New-York et Chicago ! Neal, un cadre très comme il faut (Steve Martin) veut se rendre à Chicago pour passer les fêtes de Thanksgiving en famille. Mais très vite les choses se compliquent jusqu'à la folie : son taxi pour l'aéroport est volé, l'avion bondé est détourné, les hôtels sont complets ...
Neal va vivre les 48 heures les plus incroyables de sa vie avec tous les moyens de transport possibles et imaginables, du train au camion frigorifique en passant par l'autobus, la voiture louée et la marche forcée. Et ce n'est pas tout ! Il est accompagné, contre son gré, par un énergumène peu banal et inoubliable (John Candy) ..."
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John Hughes, qui nous a quitté l'année dernière, est surtout connu en tant que réalisateur pour ses films sur les adolescents ("Breakfast Club", "La Folle Journée de Ferris Bueller", "16 Bougies pour Sam" ...etc). On est nombreux à avoir grandi avec ces magnifiques petits films, simples en apparence mais pleins de sensibilité et d'humour. Mais on a tendance à oublier qu'il n'a pas réalisé que cela.
En 1987 et 88 il réalise coup sur coup ce que je considère comme étant ses deux meilleurs films : "Un Ticket pour Deux" et "La Vie en Plus". Deux films où il délaisse les adolescents pour suivre des adultes, des quadras actifs dans le premier, un jeune couple fraichement installé dans le second. Deux films clairement liés, tant par l'écriture que par la mise en scène, chaque film renvoyant à plusieurs reprises discrètement vers l'autre, et les deux développant certaines thématiques communes.
Une comédie, mais une comédie avec beaucoup de sentiments.
Un comédie où le héros, qui traverse un véritable parcours du combattant composé de passages plus hilarants les uns que les autres, va apprendre à être plus humain, plus tolérant, je dirais même : à ouvrir son coeur. L'accumulation de contretemps et de catastrophes, mais surtout l'omniprésence à ses côtés de "l'encombrant" (dans tous les sens du terme) Del, vont pousser Neal dans ses derniers retranchements.
C'est un film drôle, vraiment très drôle.
Je l'ai revu hier soir pour la Xième fois, rien que pour pouvoir écrire ce sujet ^^ , et je me suis marré comme un gamin. Mais ce qui m'est apparu clairement hier c'est à quel point le film est beaucoup plus subtil qu'il n'en a l'air.
Steve Martin et John Candy sont immenses, leur duo est une évidence tant ils crèvent l'écran (et le film tient avant tout sur leur relation). Ils font marrer, mais plus le film avance, plus ils se retrouvent ramenés à leur statut d'homme simple (à la fin Neal c'est quasiment Job ^^ ), et plus leurs sentiments prennent le dessus. Il y a une bascule dans le film, qui passe de la comédie pure (et quelle comédie !) à la comédie sentimentale, et sans qu'on ne s'en aperçoive vraiment, happés par le maëlstrom de catastrophes/gags qui leur tombe dessus.
Ce qui m'a été confirmé aussi hier soir, c'est à quel point Hughes est un bon réalisateur, humble et discret. Pas de tics dans la réalisation, rien d'ostentatoire, et pourtant c'est intelligent et ultra éfficace.
Allez je vais essayer de vous décrire l'intro du film :
* On est deux jours avant Thanksgiving donc, fin d'après-midi.
* Gros plan sur une montre de luxe --> notre héros est friqué, et il est en retard.
* Un petit bonhomme avachi devant un immense bureau (on ne distingue que sa tête et ses épaules), observe une photo aussi grande que lui. Il réfléchit, rumine, fait mine de dire quelque chose, puis re-rumine, réfléchit à nouveau, bouge sur son fauteuil, esquisse une parole, reste la bouche ouverte ... et au final ne dira rien !
===> La scène est simple, quasiment un plan fixe, et déjà je rigole. Qui plus est la scène est, comme beaucoup d'autres gags du film, quasi muette. Hughes revient à l'essence même des gags "cartoon", des gags comme on en voyait dans le muet, et des comme ça il y en aura tout le long du film.
* Le héros (Neal/Martin) s'impatiente, le client lui fait perdre du temps, les seules paroles échangées entre Neal et son collaborateur montrent un Neal stréssé par son retard.
* Une fois Neal dans la rue, retour à une scène quasi sans paroles, mais baignant cependant dans le brouhaha des bruits de la rue.
* Neal voit un taxi, mais après une course effrénée se le fait chourrer par un jeune homme (Kevin Bacon, qui campe là, simple apparition, le personnage de Jake dans "La Vie en plus"). Par ce clin d'oeil drôle et malin (les jeux de regards sont hilarants), Hughes en profite pour lier ses deux films alors même que le 2nd n'était pas encore sorti. Et "La Vie en plus" montrera un plan de Jake courant (et ratant) son train
* Neal voit un autre taxi, négocie avec le client avant lui pour récupérer son taxi et, après lui avoir payé 75$, voit le taxi partir sans lui ! Il court après le taxi, le rattrape à un feu rouge, ouvre la porte du passager "voleur" et lui hurle dessus, mais il perdra au final la bataille. Une fois arrivé malgré tout à l'aéroport, son vol est annulé à cause de la météo.
===> à ce niveau du film tout est déja posé, et pourtant seulement 6 minutes se sont écoulées. Manque une seule chose : Del (John Candy). Celui-ci est assis en face de lui dans le hall de l'aéroport, et Neal le reconnait : c'est le type qui lui a "volé" son 2nd taxi ...
A partir de là, tout le film montrera Del, représentant en anneaux de rideaux (!!!), essayer de lier amitié avec Neal, qui lui tente de s'en débarasser par tous les moyens.
Et tel un chewing-gum, Del restera collé à Neal tout le long du film, même quand celui-ci croira être enfin seul ("Je me demande ce que j'ai pu faire au bon Dieu pour qu'il me colle ce type entre les pattes"). Le film à certains moments rappele le traitement de Ramis sur "Un Jour sans fin" (sorti 6 ans plus tard).
Nos deux héros vont aller de catastrophe en catastrophe.
Voici une petit récapitulatif loin d'être exhaustif : leur vol va être annulé, et leur 2nd vol va être détourné à cause de la neige ("Je vous parie ma couille gauche qu'on attérit ailleurs qu'à Chicago" (Candy)) - Ils vont devoir partager une chambre avec un seul lit ! ("Ca vous tente une douche ?" (Candy)) - se faire cambrioler leur argent pendant la nuit - partager un improbable taxi très "rock'n roll" dont le chauffeur insistera pour leur faire découvrir son patellin (de nuit !) - prendre un train qui finira en panne ... en rase campagne - prendre une camionnette, assis à l'arrière dans un froid glacial - partager une 2nde nuit agitée, avec un Del reniflant, ronflant, toussant, faisant des gargarises, se grattant, faisant tremper ses chaussettes dans le lavabo (avec son slip en guise de serviette de bain
Neal paiera tout ce qui coûte des dollars, parfois même sans le savoir (aaah la 2nde voiture de location !). Ils traverseront le Kansas, St Louis et plein de petits villages, tout ça en lieu et place d'un simple New-York->Chicago, Hughes en profitant d'ailleurs pour filmer la campagne américaine (avec des culs de cochons en gros plan
Nos deux héros finiront habillés comme des clochards, sans le sou, conduisant une voiture carbonisée et sans toit, arrêtés par la Police, ...etc.
Finalement ils arrivent à bon port avec deux jours de retard. Neal est un autre homme, ses défenses sont abaissées, son arrogance a disparu, et malgré tout ce qu'il lui est arrivé il éprouve de la tendresse pour ce typhon de Del. Ils se quittent sur un quai de métro. Neal, assis dans le wagon, repense à sa famille qu'il va enfin retrouver, sourit à tout ce qui lui est arrivé aux côtés de Del, et là il va comprendre certaines choses sur Del, certaines paroles ... (spoiler pour pas en dire trop sur la fin, même si je raconte pas tout hein ^^)
La fin, comme souvent chez Hughes, est sentimentale. Elle sera critiquée par les cyniques. Moi je la trouve simple et magnifique.
Hughes était un humaniste, un mec humble qui a réussi ses meilleurs films autour de personnages complexes et fragiles. Un mec dôté d'une empathie peu commune qui, plutôt que de verser dans le misérabilisme, préférera rire et faire rire de ce qui n'est pas drôle (et "La Vie en plus" continuera sur la même voie), poussant ainsi le spectateur à s'attacher aux personnages.
Hughes était aussi attaché à la notion de "famille", c'était un homme qui à priori avait besoin d'être entourré des siens, et les fans de Hughes seront ravis de retrouver de nombreux acteurs de ses autres films dans des seconds rôles voire des apparitions.
La "famille", là aussi ça risque d'être critiqué par les cyniques, mais Hughes est totalement sincère, il ne méprise et n'ignore personne, il cherche juste à montrer que la famille (au sens large) est aussi le lieu où l'on peut être aimé, respecté, et attendu impatiemment. Et donc scénaristiquement la famille est aussi ce à quoi se rattachent nos deux héros, Neal veut retrouver sa femme et ses trois enfants, Del lui parle toujours de sa femme adorée, son équilibre, et se promene avec la photo de celle-ci dans son immense valise. Loin de leur famille, nos deux héros ne sont pas grand chose ... Hughes s'attache à ses héros, et comme avec Jake dans "La Vie en plus" (de son propre aveu en partie autobiographique), Hughes s'identifie ici à Neal et Del.
Le film regorge de scènes géniales, j'en ai décrites plusieurs mais vous y trouverez aussi une scène de vente mémorable, où Del (Candy) arrive à se refaire quelques dollars en vendant ses anneaux de rideaux comme étant des boucles d'oreilles
Un Del d'ailleurs connu comme le loup blanc dans n'importe quel hôtel/gare du plus paumé des petits villages, à qui il a forcémment vendu des anneaux de rideaux, et utilisant ses contacts pour chopper un train, une camionnette ou une chambre ("C'est le Seigneur des Anneaux !" clame-t'il en se présentant au gars de l'hôtel).
D'ailleurs même les plus improbables des personnages secondaires sont mémorables, c'est aussi l'une des forces du film. Et Hughes se moquera à plusieurs reprises de la relation ambigue qui s'installe entre ses deux héros, obligés d'être collés l'un à l'autre en permanence
Et la scène de nuit sur l'autoroute, pure séquence de cartoon, est proprement géniale : la façon dont Candy joue son personnage, conduisant fatigué et la clope au bec (Neal dort), dansant et mimant saxo et piano du Ray Charles endiablé qui passe dans le poste, est irresistible ... ce mec (comme Martin) était un immense acteur !
Il me manque John Hughes, ce type de films là me manque aussi, peut-être parce qu'ils me ressemblent énormement, que plus je vieillis et plus je deviens émotif, c'est peut-être depuis que je suis père, j'en sais rien ... mais bordel ce sont des films QUI FONT DU BIEN, des films qui rendent heureux, d'où l'on ressort le sourire aux lèvres et le coeur joyeux. Matez-moi ce film ami(e)s madnautes, promis juré vous le ne regreterrez pas !!!
PS: le film contient, comme dans "Ferris Bueller", une scène post-générique de fin
PS 2 : pourquoi ce titre français minable alors que le titre original collait si bien au film ? Allez savoir ... mais ne le confondez pas avec le "Un Fauteuil pour Deux" de Landis.
PS 3 : la musique de Ira Newborn est typique des Hughes des 80's, perso j'adore mais ça paraitra peut-être un peu daté pour certains. Il y a aussi d'autres artistes (Yello ...)
PS 4 : le film est sorti en DVD chez Paramount. Pas de bonus, juste VF et VOSTF, mais c'est déjà ça.
PS 5 : les captures d'écran qui suivent sont de moi-même, je ne suis pas un pro, donc ce n'est pas nickel ^^

"Vous croyez qu'il gèle ?
"Oh non, il doit faire +2 +3"

"Avec tout le vent qu'on s'est pris en roulant, on va dormir comme des nouveaux nés"

"A votre avis, à combien vous rouliez ?"
"Et bien comme le compteur a brûlé, on est soumis à une certaine marge d'erreur"











(affiche cinéma française)

(Candy, Martin et Hughes lors du tournage du film)

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