Alien, le huitième passager, de Ridley Scott (1979)
Découvrir le catastrophique
Prometheus m'a fait le même effet que le visionnage du
Predators réalisé par Nimród Antal et produit par Robert Rodríguez : agacé par cette purge infâme, qui singeait certaines scènes de
Predator sans jamais en comprendre l'essence, j'avais eu l'envie, quelques jours plus tard, de revoir le chef-d'oeuvre de John McTiernan pour me ressourcer. Même cheminement ici : le pétard mouillé de Ridley Scott, écrit par des attardés accros aux incohérences, m'a conduit à redécouvrir le film qui avait fait de lui, voici trente-trois ans, l'un des papes de la science-fiction moderne, adulte et intelligente.


Je dois admettre que ce film m'avait beaucoup marqué lorsque je l'avais découvert, assez jeune, mais qu'aujourd'hui, je prends moins de plaisir à le revoir, malgré sa redoutable efficacité : moins jouissif que celui de James Cameron et moins torturé que celui de David Fincher, je l'ai regardé avec l'oeil de celui qui tente de comprendre
pourquoi il s'agit d'une réussite et
pourquoi sa préquelle plus ou moins officielle s'impose comme l'échec de l'année. Une direction artistique et des effets spéciaux froids et minimalistes qui ne vieillissent pas, sublimés par la mise en scène de Scott, et surtout des personnages parfaitement caractérisés, une histoire qui prend son temps, avant de tourner au
slasher spatial...


Oui, bien avant de vouloir entraîner l'univers d'
Alien loin des évolutions apportées par Cameron, Fincher et même Jeunet, vers un questionnement sur les origines de l'Humanité, Ridley Scott
ne pétait pas plus haut que son cul : il offrait au spectateur médusé un film minimaliste, un jeu de massacre spatial entouré d'une mythologie à peine esquissée (personne ne s'attarde sur le
space jockey) et ouvertement sexualisée. L'Alien, la plus belle création du bestiaire fantastique moderne avec le Predator, monstre phallique qui naît d'une pénétration orale et attaque une Sigourney Weaver au physique androgyne et à la petite culotte symbole de pureté, nous rappelle que Scott, à l'époque assumait ses obsessions.


Le personnage de Ripley, qui s'impose comme l'unique survivante, marque d'ailleurs l'acte de naissance de l'héroïne typique du cinéma de Ridley Scott, un cinéma à la sexualité souvent trouble et ouvertement féministe. Il est d'ailleurs intéressant de constater à quel point ce personnage incarné par Sigourney Weaver a évolué de manière cohérente dans la saga tout en s'imposant, tour à tour, comme l'archétype féminin des cinéastes qui se sont succédés : la Ripley de James Cameron annonce ses futures héroïnes et celle de David Fincher préfigure le caractère suicidaire des personnages-clés de la première partie de sa filmographie.
Un classique de la science-fiction que j'apprécierai sans doute bien plus lors d'un prochain visionnage, une fois digérée la déception de
Prometheus.