+1 avec Dam, Nakadai et the octagon.
Je l'ai vu la semaine dernière et j'ai vraiment beaucoup aimé.
C'est clair que la mise en scène de Spielberg fait le film: on reconnaît sa patte à chaque scène, que ce soit dans les mouvements de caméra, les enchaînements de plans, les compositions (travail sur la lumière et les ombres portées, cadres dans le cadre, etc.). La photo de Janusz Kaminski est vraiment somptueuse, peut-être ce qu'il a fait de plus beau pour Spielberg. En plus, ça regorge d’idées visuelles : un hors-champ étonnant (
), le raccord qui passe du tricot d’Emily Watson aux sillons du champ labouré, l’éclatement d’une bombe chimique dans les tranchées, et bien d’autres. J’ai bien aimé aussi les deux scènes de batailles, au traitement bien distinct, d’une limpidité, d’une maîtrise et d’une beauté formelle rares.
La musique de John Williams épouse le classicisme d’antan recherché par Spielberg, et se montre en parfaite symbiose avec les images, en plus d’être joliment virtuose dans l’orchestration, tour à tour légère et grave.
Le film peut aussi compter sur de bons acteurs : si Jeremy Irvine en fait un peu trop au début dans les regards appuyés au cheval, ça s’arrange par la suite, et les seconds rôles sont tous très bons (David Thewlis, Emily Watson, Peter Mullan, Niels Arestrup, Benedict Cumberbatch, et Tom Hiddleston, qui a une présence indéniable).
Au niveau de l’histoire, à travers une narration originale dont le cheval est le personnage central, on reconnaît les thèmes de prédilection de Spielberg : l’enfance, la cellule familiale éclatée puis recomposée, la guerre… La surprise provient plutôt du traitement : ça a beau être un film familial (qui plus est distribué par Disney, PG-13, toussa), la guerre n’est pas montrée comme un terrain de jeu, et le film se conclut avec une pointe d’amertume inattendue…Dans le même ordre d’idées, pas de débordements graphiques à la Saving Private Ryan, mais quelques scènes assez dures tout de même: les chevaux, mis à contribution pour soutenir l’effort de guerre (et qui sursautent comme un seul homme lorsqu’on abat un des leurs), les Allemands qui pillent la maison du grand-père (un sentiment de malaise flotte sur cette séquence), les deux déserteurs abattus, le pote d’Albert chargé de rester en arrière dans la tranchée et d’abattre ceux qui feront machine arrière… pas de quoi traiter Cheval de Guerre de film niais, loin de là, ni de le comparer à Simple Jack
Après avec expérimenté le cinéma du futur avec Tintin, le maestro a voulu revenir à une forme de cinéma plus traditionnelle, et nous livre un très beau film, parfois drôle, parfois déstabilisant, qui sait se montrer spectaculaire et émouvant quand il le faut, pour peu qu’on sache mettre son cynisme en veilleuse.
5/6