The War Game, (La Bombe), Peter Watkins, 1966, UK.
Suite à une série d'incidents ayant débuté à Berlin, les deux superpuissances en arrivent aux mains et commettent même l'irréparable. Et c'est ainsi que la Grande-Bretagne, prise dans l'engrenage infernal de la riposte mécanique, est la cible d'une attaque nucléaire soviétique. Le riant comté de Kent dans le sud de l'Angleterre subit donc le feu atomique. Des gens meurent par millier le temps d'un battement de coeur. Ce sont les plus "chanceux" car pour les survivants, c'est juste le début d'une non-vie reglée sur moins zéro qui commence. Des plans se succèdent sur des chaires fondues, des yeux brûlés, des visages hagards, des silhouettes anonymes pliées de douleur, crachant leurs poumons... Les blessés, faute de moyens, sont achevés dans la rue, les cadavres "traités" au feu. La nourriture et l'eau sont rationnées, ceux qui ne respectent pas la règle, fusillés. Les secours sont totalement débordés, des émeutes éclatent, la panique est la nouvelle norme générale de vie en société. C'est le chaos, la fin de tout.
Le spectateur est pris à la gorge dès les premières secondes de ce "documentaire d'anticipation" pour ne plus être laché jusqu'à la fin, une fin qui hante longtemps après.
Le style est âpre, sans concession, le N&B rugueux, la bande-son habitée par des hurlements, la voix off impersonnelle d'un commentateur froidement analytique finit de nous achever. On fait parler les survivants, l'ambiance est cauchemardesque, le spectacle étrangement familier d'une espèce de catastrophe sans nom filmée sur le vif est insupportable. Bref, c'est hyper flippant. Sérieux.
Sinon, le film fut interdit de diffusion télévisuelle par la BBC jusqu'en 1985. Une réaction que l'on peut comprendre (mais sans l'excuser pour autant bien évidemment) lorsque l'on sait que cette oeuvre qui n'était au départ qu'une commande (destinée peut-être à illustrer une "soirée théma" consacrée à la menace d'un conflit nucléaire), s'est révélée à l'arrivée un brûlot incroyable dont l'incandescance continue encore à faire douter même les esprits les plus confiant en notre avenir.
Je laisse le mot de la fin au réalisateur...
CITATION"J'ai réalisé "La Bombe" à une époque où le gouvernement anglais (et la BBC) faisait l'apologie de la force de dissuasion nucléaire. La propagande officielle assurait la population que les mesures prises par la Protection Civile en Grande-Bretagne permettraient au pays de pouvoir se relever après une guerre nucléaire totale. (...) Je n'ai pas cherché à exagérer l'horreur de la situation. Si "La Bombe" choque le spectateur, c'est parce qu'il voit pour la première fois, avec l'évidence de l'image, ce qu'il ne veut pas voir et ce qu'on ne lui laisse pas voir. (...) Une fois le montage du film achevé, la BBC l'a saisi pour statuer sur son sort. J'ai appris que les pontes de la BBC avaient secrètement projeté le film aux membres du Cabinet du Premier ministre d'alors, et les avaient invités à donner leur opinion sur le bien fondé de sa diffusion. En agissant de la sorte, la BBC avait violé sa Charte d'Indépendance. J'ai donc immédiatement remis ma démission".

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