Il pourrait être pertinent de se rappeler d'un débat mythique des Madnautes, la Guerre de Beowulf, sur
.
Rien que pour vos beaux yeux, voilà rassemblé ci-dessous l'essentiel des propos concernant l'aspect qui nous occupe.
Attention, ça va être un peu long, ça va faire mal au début, mais après...
En quoi peut-on parler de deshumanisation? Y a toujours des humains derrière. Quoi que je sache, à la base de la prélogie de Lucas (que je méprise au plus haut point soit disant passant) ou du Beowulf de Zemeckis, il y a un réalisateur, des scénaristes, un chef-op... des acteurs.
C'est quand même incroyable que, actuellement, devant un film d'animation 3-D (jeu d'"acteur" simulé virtuellement) quasiment personne ne trouve rien à redire sur l'apport humain (et tant mieux ça serait vachement con), et qu'ensuite, devant un film en performance capture (basé sur le jeu d'acteurs humains donc) tout le monde oublie la nature même du procédé. Parler de déshumanisation sérieux...
Déshumanisation, certainement pas (on parle de cinoche, là, une production exclusivement humaine à tous les niveaux), par contre, désincarnation, yes, essentiellement.
CITATION
Pour ce qui est de la "déshumanisation", je n'ai rien d'autre à rajouter que l'excellente réponse de Jesus Gris, si ce n'est que personne ne prétend que le système de Zemeckis va remplacer toutes les manières existantes de faire des films et régner sans partage sur le cinéma. Il y aura toujours de la place pour tout le monde et il ne faut pas avoir peur des nouveautés (remember les gens qui pensaient, au début du XXe siècle, que le cinéma allait tuer la littérature).
Quant à Cameron, il utilise effectivement la méthode Zemeckis mais en la perfectionnant bien sûr (de même que Jackson et Spielberg d'ailleurs). De toute manière, il faut s'attendre à ce que la révolution numérique, actuellement en pleine période de croissance, provoque des avancées de plus en plus étonnantes dans les deux ou trois années à venir. Le bouillonnement créatif engendré par ce bouleversement technologique risque bien de nous renvoyer d'ici peu aux glorieuses années du muet. Franchement, on ne peut que se réjouir de connaître une telle période.
Yep. Marrant, tu évoques le passage muet\parlant. Je me disais justement qu'on était à ce genre de pallier. Le format cinoche va évoluer, c'est certain (on s'y attendait depuis un moment déjà). Entre les supports de proj (imax etc), la 3D qui revient, la HD...ne serait-ce que pour la survie des projections "en salle" qui vont devoir se démarquer du home cinema.
(enfoncer les portes ouvertes, c'est mon hobby
) Je ne veux pas faire mon "vieuconcétémieuhavant". Effectivement, c'est assez excitant, en fait. Un truc rigolo, c'est que je me disais que, si le parlant avait apporté beaucoup au cinoche, il en avait aussi totalement fait disparaitre certains aspects artistiques et intéressants. La pantomine, surtout. J'aimais bien ce sur-jeu irréel. L'évocation et la suggestion, par principe, j'adhère. (la distanciation du réel qui permet de contourner certaines barrières psychologiques, toussa toussa...
En fait, l'avantage des portes ouvertes, c'est que tu te fais vachement moins mal à l'épaule qu'avec une porte fermée, lorsque tu te jettes dessus...)
Pendant un moment, je me suis dit que la motion capture allait aussi nous enlever quelque chose, et je le pense toujours (car, n'en doutons pas, ça va se généraliser) Des trucs comme -en vrac et au pif- Keane, the isle, les films de cronenberg, et globalement tous les trucs un peu gores ou crados...ça change le rapport au corps.
Et puis j'ai eu un flash, hier, devant les singes de 2001. Parce qu'en fait, la motion capture, ça va encore changer le boulot des acteurs. Comme le dit brad bird (itw page précédente), c'est aux animateurs de retravailler l'animation finale en s'inspirant du jeu de acteurs, afin d'obtenir le truc le plus expressif possible. Du coup, le rôle des acteurs, plutôt que "d'habiter" un rôle (car la m.c. a forcément ses limites dans le transfert du jeu), c'est de suggérer l'idée par les mouvements de leurs corps, leur position, quitte à exagérer ou accenter la gestuelle.
Bref, 80 années après son enterrement, la pantomine sort de sa tombe, et revient sur le devant de la scène. C'est rigolo, nan ?
I am the new De Niro : "You're talking to me, mother fucker ?" Mais tout simplement parce qu'on ne peut donner une orientation morale (ni donc véritablement artistique) à une simple application technologique, donc il n'y a aucune position 'pro' ou 'contre' à tenir. C'est pour cela que je dis que le débat n'a pas de sens - mais attention je ne nie pas la réalité de la chose et je ne dis pas qu'il n'y a pas là un truc nouveau passionnant et révolutionnaire, hein.
Après tout l'appareil photo a révolutionné le tourisme et les vacances, pour le plus grand bonheur de tous \o/ (alors qu'a priori ça pouvait faire peur de se faire voler son image par une petite boi-boite)
Il y a un point sur lequel j'aimerais revenir, qui n'a pas été beaucoup évoqué (pas du tout serait plus juste). Depuis des dizaines de pages on a eu droit à un faux débat - aussi passionnant et instructif qu'infondé et parcouru d'abbérations - sur la performance-capture (encore largement perfectible certes, mais qui se justifie totallement à la vision du film, vous comprendrez quand vous le verrez les z'amis). On a reproché à un film que pour la plupart vous n'avez pas vu, d'être, "plus" XD qu'une révolution (ce qu'il est, et pas uniquement une révolution technologique), une nouvelle évolution dans une sois-disante desincarnation, une tendance geek qui prendrais le pas sur l'"âme" du 7ème Art (Beowulf est sans doute tout le contraire d'un film geek). On a aussi eu droit, heureusement, a de passionnantes explications de la part de ceux qui ont
vu le film (merci beaucoup à Rafik et Arnaud, je lis toujours vos articles avec autant de passion qu'à l'époque où, petit con de 12 ans que j'était, je découvrais le cinéma grâce à vos papiers dans le Mad Mag... Bon j'arrête sinon je vais être nostalgique et je vais pleurer).
Mais quid de la 3-D dans tout ça? On parle quand même ici d'un métrage qui a été conçu pour une diffusion en relief, comme une expérience unique à vivre, lunette bicolores sur le pif... et (le plus important sans doute) appliquant la 3-D à sa mise en scène comme une toute nouvelle donnée dans le language cinématographique (je serait tenté de dire, mais j'ai peur de me faire crucifier, qu'à ce niveau là on est bien plus proche d'une redéfinition totale de la profondeur de champs - et tout ce que ça inclus - à l'ampleur proche de ce qu'a pu faire un Welles sur Citizen Kane, que du simple gadjet de parc d'attraction auquel on voudrait trop souvent rabaisser la technique). Nous avons ici un film qui justifie totalement le processus de performance-capture, d'une part pour toutes les raisons qui ont été évoquées (exception faite au personnage de Malchovitch, nous sommes en présence d'êtres de chair, de sang et d'âme,
incarnés par de très grands acteurs qui livrent ici de véritables
performances - Winstone et Glover en tête AMHA - ), d'autre part (elle se justifie également donc) par l'introduction dans la mise en scène de Zemeckis de cette nouvelle dimension (j'insiste bien sur le fait que cette nouvelle donnée
technique s'inclut véritablement dans le projet
artistique du film, projet passionnant dans le domaine de la mise en image de la Fantasy au Cinéma). Beowulf est un film à voir
ABSOLUMENT (on pourrait s'arrêter là

) dans une salle équipée du système de projection 3-D (ne pas le voir dans les conditions pour lesquelles il a été conçu, ça serait comme de visionner Le dernier des Mohicans en 4/3 ou découvire Eaters of the deads dans une version charcutée...................................ah? le Treizième Guerrier?

). Tout d'abbord parceque l'univers visuel du film est largement optimisé une fois ces lunettes en place (le jeu sur la profondeur de champs est tel qu'appliqué sur un écran 2-D celà donne des déformations de l'image assez dommagables, d'où le rendu "playstation one" - ironie inside - des images vues sur le net), ensuite parceque le "photoréalisme" (beacoup plus proche d'un mix extrêmement travaillé entre peinture animée et cinéma classique, dans la version 3-D) ne se justifie entièrement que dans ces conditions, et enfin, plus accéssoirement et par pur plaisir perso, parceque ça devrait faire cesser les comparaisons réductrices à base performance capture / cinématiques de luxe, qui ont tendance à beaucoup m'énerver
Sans compter que certains plans ne sont "compréhensibles" dans la mise en scène que s'ils sont vus en 3-D, celui évoqué par Rafik entre autres:
CITATION
...certaines exagérations scéniques peuvent créer de la distance (je pense à un long plan-séquence à base d'animaux, typique du Pôle Express, et qui ne m'a pas du tout convaincu)
Si le côté pûrement animalier du plan est clairement incongru (et moi non plus ne m'a pas convaincu), le reste demeure important - il permet au spectateur pour la première fois dans dans le film d'évaluer les "limites" de cette nouvelle profondeur de champs - , tout en étant sacrément efficace (javoue il m'a stressé ce plan, ce qui est parfaitement l'effet recherché).
La 3-D, ici, est bien présentée comme l'un des principaux enjeux du système développé par Zemeckis, Cameron, Spielberg, Jackson et les frères Wachowski (j'emet un doute pour ces derniers, Speed Racer semblant dévellopper un tout nouveau système de perspective, je ne suis pas sur du tout que le film est conçu pour la projection 3-D), et elle justifie absolument la performance-capture. Le climax (incontestablement la plus belle scène d'action de l'année), son découpage d'une maitrise absolue, et juste inconcevable en live, son uttilisation vertigineuse de la profondeur de champs à travers la nouvelle dimension, couplée avec la sensation bouleversante (vraiment, parceque cette scène est à chialler) d'être face à des êtres
humains ,
incarnés (chair, sang, âme) en est l'un des meilleurs exemples.
Sinon, à propos du film lui-même, il s'agit pour ma part:
-du meilleur film de l'année
-du plus beau scénario de l'année (avec celui de l'Homme sans âge et de Blak Snake Moan), d'un des plus intelligent aussi (dans son propos comme dans son écriture)
-de la plus belle BO de l'année (Silvestri vient rejoindre Poledouris dans mon coeur)
-
d'un des films les mieux interprétés de l'année (à souligner)
-du film qui m'a donné le plus envie de pleurer cette année (Grendel est bouleversant, et la dernière demi-heure épique est à chialler)
-du meilleur film d'Heroic Fantasy depuis Le seigneur des anneaux (si j'osais, je dirais même depuis Le Treizième Guerrier... allez, j'ose)
-du meilleur film de Zemeckis depuis Retour vers le futur 2
etc. etc. etc.
C'est beau, c'est poignant, c'est intelligent, c'est pas ce qu'il y a de plus bourrin (au contraire il y a une dimension étonnement
intimiste dans ce film) mais quand ça y va dans le spectacle ça explose tous les Transformers du monde XD ('vais me faire lyncher), c'est "épique, gore et cul" comme un bon vieux Flesh+Blood (manquerait juste une scène de viol et des caches sexes un peu moins bien placés

, mais ça reste plus que plus que plus qu'hallucinant pour un PG-13), c'est une vraie expérience de spectateur et une oeuvre formaliste qui n'oublie de mettre la forme au service de son histoire (comme on aurait pu le craindre avec Zemeckis), une expérimentation avant-gardiste qui n'oublie pas d'être un vrai film. Et quel film!
Un chef-d'oeuvre ouais! 6(00000!!!)/6 (si on accepte l'idée que la performance capture est perfectible et que sur certains plans ça foire légèrement)
Pour conclure, je ne peux que confirmer tout ce que Arnaud et Rafik annoncaient dans leurs papiers... Allez voir le film bordel de merde!!!! (
ET EN 3-D BORDEL DE MERDE!!!)