Généralement les biopics que je préfère sont ceux concernant le monde de la boxe:
Raging bull et
Ali (mais bon, j'aime aussi d'autres biopics tels que ceux de Milos Forman ou bien le
Ed Wood de Burton).
Pour en revenir à la boxe je conseillerais 2 films asiatiques qui sont
Beautiful boxer (un biopic très naïf mais plutôt attachant sur un boxeur thaï rêvant de devenir un femme) ainsi que le très beau
Champion.
Etant donné que j'ai la flemme de parler de ce dernier je rebalance le texte de mon topic sur cet excellent film (on ne le dira jamais assez !).
CITATION
Champion narre l’histoire véridique et tragique du champion de boxe sud-coréen Kim Daek Gu qui, après un parcours foudroyant, trouvera la mort à la suite de son combat contre le mythique champion américain Ray « Boom-Boom » Mancini.
Champion est aussi le second film du réalisateur Kwak Kyung-Taek déjà responsable du superbe Friend, un des 5 plus gros succès de l’histoire du cinéma sud-coréen. D’ailleurs on retrouve dans Champion la même tonalité que dans le précédent chef d’œuvre de Kwak Kyung-Taek c’est à dire un mélange de tragédie et de films intimiste, une ambiance nostalgique douce amère traversée par des éclairs de violence.
Tout comme Friend, Champion traite de la fêlure résultant d’une transition difficile entre l’enfance et l’âge adulte. Kim Daek Gu est un enfant qui a trop vite grandi, partagé entre une réalité sordide ( il est né dans un village de pêcheurs misérables, ne connut pas son père, fut surnommé le chien par ses camarades car sa mère collectionnait les amants et fugua enfin pour la grande ville à l’âge de 14 ans et où il y vécut en tant que SDF ) et ses rêves enfantins ( devenir un grand champion ). D’ailleurs comme tous les enfants livrés trop rapidement à la vie active, Kim Daek Gu est un grand gamin, souvent paumé, entêté, peu à l’aise dans les rapports sociaux , parfois naïfs ( la scène où, pataud et timide, il essaye de draguer pour la première fois sa future femme est à ce titre phénoménale ) mais aussi un peu poète à sa manière ( ah ! La scène où il coure derrière le bus pour prouver son amour ! ).
Ensuite, de même que dans son précédent opus, Kwak Kyung-Taek dresse une radiographie assez sévère mais juste de la société sud-coréenne des années 70 et 80 en montrant du doigt sa paupérisation ( avec un passage assez dur où des enfants SDF se battent très violemment pour assurer leur survie ), sa rigidité ( le père qui refuse à sa fille, majeure et salariée, de fréquenter Kim Daek Gu car ce dernier est boxeur ) et sa sévérité extrême ( voir le passage où le coach frappe Kim Daek Gu à coups de bâtons, car ce dernier a perdu un match, devant tous ses camarades ).
En ce qui concerne la structure du film, il est vrai que la première moitié du film, même si elle contient son lot de passages émouvants ( et notamment une très touchante scène de beuverie )est assez déroutante voir confuse. On a du mal à voir se former un tout vraiment cohérent, la narration étant assez elliptique. Toutefois cela se révèle rapidement être un choix de mise en scène, assez pertinent d’ailleurs, du réalisateur visant à démontrer le caractère paumé du personnage, confronté à ses hésitations, ses doutes et ses démons intérieurs. Ainsi la deuxième partie commence quand, sur l’instigation de son coach il décide d’affronter le reflet renvoyé par le miroir ( et donc tout ce qui l’empêche de progresser). Dès ce moment le scénario est plus linéaire et moins elliptique, épousant le mental d’un Kim Daek Gu plus confiant et ayant enfin affronté son chaos personnel. De même, le réalisateur livre par la suite certaines clés sur la vrai personnalité boxeur en insérant des flash-backs sur son enfance dans, notamment, une scène superbe faisant directement écho à un discours tenu par le boxeur devenu le héros local de la ville même qu’il avait fui des années avant.
Et de véritables moments de grâce, le film en contient un nombre assez impressionnant, que ce soit la scène du miroir justement ( où la chansonnette du héros devant la glace accompagne les images du combat de boxe qui lui assura le titre de champion Asie-Pacifique) mais aussi des images fugaces mais superbes comme la vieille mère égrenant un chapelet en priant pour son fils dans le coin d’un café bondé ou alors le coach penché au dessus du cerceuil de son poulain, lâchant, comme à un soldat mort en héros au champ d’honneur, un « good job son ». Et que dire de la fin si ce n’est qu’elle est d’une intensité poétique rare en plus d’être un hommage émouvant à la boxe et aux sportifs en général, achevant de transformer Kim Daek Gu, mais aussi tous les autres boxeurs, en héros mythologique hantant à jamais le lieu où il versa son sang et sa sueur pour atteindre son idéal ( on est alors plus très loin du Ken de Kenji Misumi ).
Reste les scènes de boxe, peu nombreuses mais parfaitement exécutées que ce soit dans la chorégraphie ( brutale ) et la réalisation ( sobre et élégante avec des montées d’adrénaline).
Ce film prouve que Kwak Kyung-Taek fait partie des réalisateurs sud-coréens à suivre et que la boxe est le sport le plus cinégénique qui soit.
Voila