Je voudrais parler de Jess Franco, aussi appelé Jess Franck, Clifford Brown, David Khune, Candy Coster et j'en passe. Ce réalisateur est le chef de file de l'émergence du cinéma fantastique espagnol au cours des années Soixante. Mais il ne restera pas en Espagne et voyagera dans toute l'europe, à n'importe quel endroit où il peut filmer, comme un véritable mercenaire de la caméra. Ancien musicien, Franco est dévoré par la passion de la pellicule, il faut qu'il filme, c'est plus fort que lui, et ce n'est sûrement pas une absence de scénario ou des comédiens médiocres qui vont l'en empêcher. Il accepte tout ce qu'on lui propose, dans une frénésie complète. Connaître la filmo de Franco relève donc de l'exploit puisqu'il a réalisé environ 200 films, sans compter les plusieurs versions d'un même film qui peuvent exister. Il opère dans le film fantastique, l'horreur, le WIP, le film érotique, le film d'aventure, bref dans toutes les nombreuses facettes du cinéma populaire. Mais ce qui intéresse vraiment Franco, c'est l'érotisme. Quelque soit le genre d'un de ses films, on peut être sûr d'y trouver des touches érotiques très prononcées. Un peu de la même façon que Joe d'Amato en Italie, Franco rajoute toujours à ses histoires des scènes érotiques plus ou moins crues, n'hésitant pas à aller parfois jusqu'au pornographique. Il tournera d'ailleurs des films strictements pornographiques durant les années 80.




L'érotisme selon Franco, respectivement Doriana Grey, Lilian, Sexy sisters et Justine.
Mais Franco ne se contente pas d'être un simple tacheron, réalisant des oeuvres graveleuses et vulgaires (comment ça si ?) Il cherche à faire passer ses influences, quelques idées et surtout aime expérimenter de nouvelles méthodes de réalisation.

franco à gauche, dans Lilian, la virgen pervertida. franco n'hésitait pas à ce mettre en scène dans de nombreux films, souvent dans des roles de simples d'esprit ou de maniaques.
Au niveau de ses influences et de ses idées, on peut citer l'apport du Marquis de Sade dont Franco adaptera d'ailleurs certains livres, le sadisme évident des films de Franco vient en partie de là, le plaisir charnel étant toujours plus fort et puissant que la vertu. Dans les films de Franco, les vertueux sont soit des innocents qui vont découvrir un plaisir coupable (Justine), soit des refoulés cachant leur vice sous leur pudibonderie (Justine toujours). Et cet élément montre l'influence qu'a pu avoir la société fasciste espagnol sur Franco lors de sa jeunesse, particulièrement la marque du catholiscisme tel qu'il était pratiqué à l'époque. Dans les films de Franco, les personnages de religieux sont toujours des sadiques, des fous (Exorcism, Les Demons). Chez Franco l'humanité va à sa perte et chacun prend plaisir à faire souffrir l'autre. Mais ce n'est pas pour autant que l'on ne doit pas se distraire, d'où des films pensés et conçus comme des BD, ou plutôt comme des romans de gare, car c'est de là que viennent la plupart des idées de Franco, du roman ou de la BD pour adulte, bon marché et mal foutu. Il a d'ailleurs été lui-même écrivain de romans de gare. Il y a une certyaine anarchie chez Franco, un rejet des conventions alimenté par ses combats avec la censure. Artistiquement Franco aime le cinema de Welles, de Lang et de Godard, c'est ce qu'il laissera transparaître dans un dialogue de Succubus et sa plus grande gloire aura été de tourner Falstaff comme réalisateur de second équipe pour Welles. Mais poussé par une boulimie filmique, il tourne pour des budgets ridicules des séries Z qu'il emballe en trois-quatre jours maximum, quand il ne les tourne pas en même temps.
Voilà un exemple :

pour La Maldicion de Frankenstein Franco attendait une livraison de vrais squelettes, mais les squelettes n'arrivant pas il tourne la scène avec un modèle en plastique. Cheap est le mot, ridicule aussi.
Au niveau technique Franco aime expérimenter avec la caméra, filmer dans tous les angles possibles, et utiliser à fond les capacités techniques de l'engin. Une des plus grande joies de Franco est l'utilisation du zoom, il aime zoomer, sur tout et n'importe quoi, une paire de seins, un vagin ou une carafe d'eau, et si cela est possible il aime ouvrir en gros plan sur un élément (généralement une partie de l'anatomie féminine) dézoomer, se fixer sur un deuxième élément et zoomer dessus. Pour certains ce manque de goût est rédhibitoire, mais qu'ils retournent à leur classicisme et laisse les quelques déviants appréciers ces gros plans. Car le plan serré (très, très, très) serré est une autre marque de fabrique.
Un exemple :

J'ai choisi un exemple très chaste mais Franco n'hésite pas à filmer en gros plan des tétons, les lèvres d'un vagin, ou une fellation.
Le flou artistique est aussi un des péchés mignons de Franco, qui n'hésite pas dans Succubus à tourner toute une longue séquence en flou.
Exemple :

Cela veut-il dire que Franco ne sait pas faire le point ? Non, bien au contraire il adore faire le point sur plusieurs champs dans un même cadre. Ainsi quand il filme un paysage à travers un branchage, il aime à faire le point sur une branche, puis sur une autre, et enfin sur l'arrière-plan.
Exemple :
puis hop
Franco compense le manque de moyens en soignant ses cadres vu qu'il n'y a jamais de studio et peu d'éclairages. Mais si on lui donne des moyens, il peut aussi soigner l'éclairage, comme il le prouve dans Justine
Je m'arrête là le temps d'organiser d'autres images, mais ce topic permettra de déterrer la filmo de Franco, de séparer le bon grain de l'ivraie. Film par film je tiens à ce que toute la filmo de Franco soit traitée, et y a du boulôt ! N'hésitez pas à apposer votre pierre à l'édifice. Expliquez aussi pourquoi vous honnissez Franco ! Les "ouais Franco c'est chiant !" sont cependant priés de passer leur chemin.
_____________________________________________________________________

Aide




Klaus Kinski est Jack l'Eventreur.

Lina Romay dans La Comtesse Perverse
et La Comtesse Noire


































