Posté 04 décembre 2007 - 01:23
D'une part, ça change quelque chose à l'esthétique. Or nieras-tu qu'un film, entre autres aspects, est un objet esthétique ?
D'autre part, si, ça change des choses au fond. Cette forme permet de mettre en exergue des particularités ; le jeu sur les plans a été mentionné par d'autres, je citerai aussi l'importance de l'eau et des reflets.
De manière générale, il y a des éléments que le réalisateur a voulu détacher de l'image et qui ne s'en détachent pas sur la version 2D.
Pour obtenir un tel effet de mise au premier plan, il eût fallu, par exemple, mettre le reste de l'image monochrome et l'élément primordial en couleur. Ça ne vous rappelle pas une petite robe rouge ?
Sinon, à revoir le film, j'ai remarqué des choses intéressantes, à ajouter aux éléments d'analyse cités plus haut :
C'est bien le même bras que Grendel que Beowulf va perdre. Et au fait, c'est un "membre", et une fois arraché ce fort membre, le personnage semble condamné à mourir. Castration symbolique. On va y revenir, puisque je conclurai, après quelques lignes, sur la virilité.
La queue du dragon possède le même type de nageoire à son extrémité que la sirène que l'on voyait dans le récit de Beowulf. Cela, ajouté au plongeon durant lequel la bête ramène Beowulf au fond de l'océan, me paraît significatif : c'est un motif martelé du péché de Beowulf. Dans le fond, Beowulf, succombant aux plaisirs de la chair, ayant l'esprit distrait, se fait toujours perdant.
D'ailleurs, l'EAU, l'EAU, l'EAU. La mer, la mère. Beowulf appelle la mer sa "mère" durant son entrée en matière. L'acolyte de notre héros signale que la mère de Grendel est une démone de l'eau et déconseille à son ami de l'affronter dans son élément - conseil dont Beowulf fera fi. Le guerrier et ses exploits nous seront présentés dans une mer furieuse. L'immersion dans l'eau est systématiquement accompagné du renoncement à une lame : contre la sirène, contre la démone, contre le dragon. L'eau, c'est la mère, et la femme.
Cette fusion et confusion des figures est à lier, je crois, à l'histoire d'Unferth... Unferth qui, justement, selon la rumeur, a tué ses deux frères dans le lit de leur mère. Unferth qui s'oppose à Beowulf, raille ses exploits, le taxe d'imprudence, jette sur lui un regard circonspect quand il se vante de la victoire sur Grendel près du bûcher de ses hommes morts au combat, croira enfin à la valeur de Beowulf, mais pour se voir trahi : son épée sera perdue, et plus tard, sa famille brûlée vive. Unferth hurlera "Les péchés des pères"...
Et c'est là que s'achève le dégagement de l'un des grands axes du film : l'opposition et le fossé hommes/femmes. L'homme effrayé face au pouvoir de la femme, le pouvoir d'enfanter, et tentant vainement de se rassurer en se reposant sur une force simple et fausse, celle de sa virilité.