Docteur Fu Manchu, le 17 mai 2011 - 17:01 , dit :
Est-ce vraiment un reproche ? On est vraiment obligé de s'attacher au perso pour apprécier une œuvre ?
C'est une question intéressante, et qui revient souvent quand on parle de Kubrick, c'est vrai.
Répondons par une lapalissade : pour qu'un film ne soit pas ennuyeux, il faut qu'il soit intéressant.
Cet intérêt peut venir de plusieurs éléments : l'histoire, les personnages, les acteurs, les thèmes abordés, la musique, la présence ou non de Sylvester Stallone, et savoir lesquels sont
réellement essentiels pour faire un bon film n'est pas une vérité figée dans le marbre, mais dépends de chaque oeuvre.
Par exemple, j'adore
Koyaanisqatsi. Pour ceux qui ne l'auraient pas vu, il s'agit d'un film documentaire basé sur des images de la nature (imaginez un film de Yann Arthus-Bertrand, mais en bien) : il n'y a donc aucun personnage, aucune histoire, rien auquel se raccrocher, même si le montage et la musique intègrent un minimum de narration. Et pourtant j'ai trouvé ça plus digeste que The Tree Of Life (dont il est très proche) - et plus stimulant intellectuellement, et mieux rythmé.
J'adore également Kubrick, réalisateur critiqué à cause du manque d'empathie que provoquent ses personnages.
Je déteste Taxi 3, film qui a Sylvester Stallone à son casting.
Je suis pas certain de pouvoir expliquer pourquoi. Je peux juste le constater.
Et donc : le vrai problème, dans le cas présent, c'est que je n'avais rien à foutre de ce qui se passait à l'écran, même si je reconnais que les images étaient très belles. Je mets ça sur le compte de personnages "en carton", parce que c'est ce qui m'est venu en tête lors de la séance, mais j'imagine que la réponse est plus complexe que ça.
Citation
Une bonne majorité des critiques Nord Am et UK sont justement partie de se postulat [le deuil du frère]. A partir de là, quand tu es dans cette optique, l'identification et "miroir" émotionnel fonctionne bien.
Peut-être (et c'est une honnête proposition) es tu passé à coté du film.
J'avais parfaitement compris que le frère était mort (c'est clairement dit).
Et je crois que c'est l'inverse : les critiques qui sont passé à côté et moi qui ait réellement compris le sens du film, na

!
Plus sérieusement : pour moi le film ne traite pas du deuil, mais de la mort. Je veux dire par là qu'il ne parle pas du deuil au sens individuel (mon frère est mort => je suis triste, je vais prendre un rendez-vous chez le psy et 20mg de Prozac) mais de notre confrontation à la mort en tant qu'espèce (la mort de mon frère me fait prendre conscience de la nature de la Vie => je vais m'acheter l'intégrale de Kierkegaard).
Bref, on est pas dans le domaine de la psychologie, mais dans celui de la philosophie. Relis la première moitié de ma critique : c'est de ça dont je parle.
C'est pour ça qu'on n'a pas droit à l'exploration de la famille
après la mort du frère (et donc du deuil) mais de la famille
avant sa mort à l'âge de 19 ans. La mort du frère n'est pas un drame familial, c'est un symbole dans le cadre d'une démonstration philosophique, de la même manière que Brad Pitt et Jessica Chastain n'interprêtent pas un père et une mère mais symbolisent deux principes de vie (les notions de Nature et de Grace, comme les appelle la mère en référence à Leibniz, ou papa-grognon et maman-calins).
Mallick aurait pu raconter une histoire abordant certains thème (comme Cuaron). A la place, il nous montre une parabole. Ce qui, pour moi, était une erreur (oui, je sais : de quoi je me mêle) .
(j'ai l'impression de pas être clair du tout malgré mes efforts, ça m'énerve parce que je vous assure que dans ma tête, c'est super simple. Vraiment)