
En 2200 et des poussières, le croiseur spatial des planètes unies C57D est envoyé sur la planète Altair IV afin de rechercher les éventuels survivants d’une précédente expédition qui n’a plus donné signe de vie depuis 20 ans. Arrivés sur place, le commandant Adams et son équipage ne retrouveront que le Docteur Morbius et sa fille Altaïra, pas particulièrement ravis de cette intrusion. Parce que Altaïr IV cache dans ses entrailles un terrible secret qui risque de mener toute l’expédition à la catastrophe.

L'arrivée du C57D sur Altaïr
Ce pitch, comparable à celui de pas mal de séries B de SF de l’époque ne doit pas faire oublier à quel point, avant 2001, avant Star Wars, avant Blade Runner, « Forbidden Planet » est un film ambitieux.
Ambitieux par son scénario d’abord : le scénario de Cyril Hume (véritable maître d'oeuvre du film... bien plus en tout cas que le très anonyme Fred MacLeod Wilcox plus habitué aux aventures de Lassie) est en effet un décalque avoué de « la tempête » de Shakespeare, dont le sorcier Prospéro devient ici le savant Morbius, et le démon Caliban le fameux robot Robby.
Ambitieux par les thèmes abordés : l’exploration spatiale, bien sur, mais également, au détour d’un twist que je m’en voudrais de spoiler à ceux qui n’ont pas encore vu le film, l’exploration des recoins les plus sombres de la nature humaine.
Ambitieux enfin par son budget : loin des sommes riquiqui allouées jusqu’alors aux films de SF, « Forbidden Planet » est un film coûteux. Coûteux parce qu’il se propose de montrer tout ce que les films de SF ne pouvaient pas se payer à l’époque : un monde extra-terrestre réaliste, des décors cyclopéens, des scènes d’action dantesques… les producteurs n’hésiteront pas à débaucher des techniciens des studios Disney pour certaines scènes.
Et il faut bien avouer que sur le plan visuel, « Forbidden Planet » est un film qui en met encore aujourd’hui plein la vue. Attendez de découvrir les entrailles mécanisées de la planète Altaïr, ou de voir la première attaque du monstre de l’Id… on souhaite à quelques films récents de vieillir moitié aussi bien.

oui, ce plan date de 1956

EDIT : et je rajoute cette photo pour me faire pardonner ma foirade avec la photo précédente
Mais si « Forbidden Planet » est encore aujourd’hui l’objet d’un véritable culte, c’est avant tout parce que c’est un film des années 50. La décennie des Studebaker et des bouteilles de Coke designées par Raymond Loewi. Tout dans ce film témoigne de l’incroyable créativité esthétique (et aussi de la naïveté) de cette époque : les vaisseaux spatiaux sont d’authentiques ovni, les robots ressemblent à des juke-box Wurlitzer et les filles se baladent en mini-jupes alors que les hommes sont condamnés à porter le sempiternel uniforme spatial… 20 avant R2D2 et C3PO, Robby, le fameux robot multi-usages du docteur Morbius, deviendra la véritable star du film, et engendrera un culte encore vivace aujourd’hui (à noter que la production ne révèlera jamais les secrets de la fabrication du personnage, officiellement, Robby joue son propre rôle dans le film).

a droite, le célèbre Robby avec un autre acteur du film
Cerise sur le gâteau, passé l’exposition et la découverte de la planète Altaïr, le film se permet quelques jolis moments de frousse ; difficile d’oublier les évolutions du très lovecraftien monstre de l’Id, qu’il soit invisible et n’apparaisse que sous forme de traces dans le sol, où lorsqu’il surgit enfin à la lueur des lasers dans la mémorable scène d’attaque. Le score du film, uniquement composé à partir de bruitages électroniques par Louis et Bébé Baron, accentue encore le dépaysement.

hé oui, ce monstre est issu des studios Disney...
Au niveau du casting, outre le légendaire Leslie Nielsen, le vénérable Walter Pidgeon et la barzoomesque Ann Francis, le cinéphile observateur pourra reconnaître dans un coin du cadre le futur Oscar Goldman (Richard Anderson) et le futur shérif Roscoe P. Coltrane (James Best).
Le film sera bien évidemment la première source d’inspiration de Gene Roddenberry, à tel point que l’heure d’arrivée du C57D sur Altaïr (17h01) deviendra le numéro de série de l’Enterprise (si, si, regardez les chiffres sur le devant du vaisseau, ou demandez à Lord…).
Plusieurs éléments du film (morceaux de décors, stock shots, maquettes...) seront réutilisés dans des productions ultérieures, d’abord à des fins économiques, puis peu à peu à titre d’hommage. Robby lui-même fera des apparitions au détour de certains films plus ou moins fameux (regardez donc qui passe un coup de fil dans la cabine derrière le père du héros de Gremlins). Steve Forrest, initialement prévu pour le rôle du commandant Adams mais remplacé au dernier moment par Leslie Nielsen, réussira quand même à enfiler une des fameuses combinaisons spatiales du film dans le parodique « Amazon Women on the Moon », de Landis, Dante et plein d’autres.
(comme convenu, ce texte est dédié au Dr Rabbitfoot, en espérant qu'il lui rappelle encore des souvenirs)

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