Takashi Miike - Sa vie, son désoeuvrement
#347
Posté 18 avril 2012 - 17:47

Ecoute ton ami Billy Zane, il est réglo lui, il essaye de te sortir d'un mauvais pas
#348
Posté 18 avril 2012 - 18:03
#349
Posté 19 avril 2012 - 13:19

Note : Cette critique se base sur le montage japonais de 141 minutes et non sur la version internationale de 126.
L'histoire : Treize assassins, pour la plupart samouraïs, se voient confier la tâche de mettre fin aux jours du frère du Shogun, qui tue, viole et mutile à sa guise...
Artisan stakhanoviste, Takashi Miike occupe une place à part dans le paysage du cinéma japonais contemporain. De part son hyperactivité, tout d'abord : tandis que la plupart de ses confrères n'alignent, pour diverses raisons, qu'une dizaine de long-métrages tout au long de leur carrière, lui en a déjà signé près de quatre-vingts, sans compter quelques productions télévisuelles... Car Miike reste avant tout un bourreau de travail qui semble incapable de refuser la moindre commande. Son autre spécificité vient de sa reconnaissance internationale : alors que tant d'autres peinent à faire connaître leurs travaux en dehors des frontières du Japon, malgré l'excellence de certains (Sion Sono, Toshiaki Toyoda, Hitoshi Matsumoto...), lui voit pratiquement tous ses films s'exporter, malgré leur qualité plus qu'inégale. Mais cette reconnaissance s'accompagne d'un malentendu, car il ne parvient pas à se défaire de cette étiquette de cinéaste trash qui lui colle injustement à la peau.

Avec ce remake d'un film d'Eiichi Kudō sorti en 1963, intitulé Les 13 Assassins, il réussit une nouvelle fois à satisfaire les exigences de ses producteurs en livrant un film calibré pour le marché international, consacré par une sélection cannoise, et à livrer une oeuvre profondément personnelle : car le thème principal de sa filmographie, cette tendresse à l'égard des marginaux, rejetés par la société par choix ou du fait de leurs différences, est ici une nouvelle fois traité. Dès le début du film, le personnage interprété par le toujours excellent Kōji Yakusho, samouraï vieillissant, accueille sa mission avec un sourire tragique : il sait qu'il appartient à une ère bientôt révolue et que bientôt tous devront ranger leurs sabres dans leurs fourreaux. Les autres assassins, en revanche, souffrent d'une caractérisation inexistante et c'est ce qui rend leurs pérégrinations inintéressantes et soporifiques pendant près de quatre-vingt-dix minutes. Le personnage le plus attachant du film reste finalement ce vagabond rencontré dans la forêt, qui rappelle plusieurs (anti-)héros croisés dans d'autres films de Miike.

Le cinéaste semble enfin assagi et appliqué, après plusieurs années en demi-teinte : car ses films les plus intéressants commençaient à dater. 13 Assassins ne peut qu'emporter l'adhésion avec son climax d'une quarantaine de minutes qui voient une ville assiégée, labyrinthique, devenir un véritable théâtre de mise à mort : les treize assassins du titre affrontent une armée de deux cents hommes, tous prêts à donner leur vie pour défendre le frère du Shogun, personnage méprisable et caricatural. Miike ne se rend pas coupable de surenchère graphique : pas d'effusion de sang ici, on ne s'attarde pas plus que nécessaire sur les cadavres qui s'amoncellent. Tant de coups de sabres donnés pourraient d'ailleurs lasser, étouffer le spectateur : heureusement, le personnage du vagabond assure de brefs intermèdes comiques, qui sonnent toujours justes. Au final, Takashi Miike a rendu une copie peut-être trop sage, pas assez inventive, alors que le chambara, genre sinistré, aurait tant besoin d'un bon coup de fouet.
Contrairement à la rumeur propagée par tous ceux qui se laissent souffler par ce climax généreux, 13 Assassins n'est pas le meilleur film de Takashi Miike. Objectivement, cette palme revient toujours à Dead or Alive 2 et, subjectivement, à Ichi the Killer. Mais l'envie de revoir certains de ses films m'est revenue...
Note : 4/6
#350
Posté 07 mai 2012 - 20:05

L'histoire : Une famille ouvre un hôtel dans un lieu reculé, au pied d'un volcan, mais les touristes se font rares. Pire : ils meurent tous dans d'étranges circonstances et, pour s'éviter toute mauvaise publicité, les membres de cette famille décident de faire disparaître leurs corps...
The Happiness of the Katakuris est le remake de The Quiet Family, premier film de Kim Jee-woon qui serait tombé dans l'oubli si ce dernier n'avait pas réalisé, par la suite, deux des plus grands polars de ces dernières années (A Bittersweet Life et J'ai rencontré le Diable). Le début du film de Takashi Miike peut laisser croire au spectateur qu'il s'agit d'un copier/coller paresseux, ou d'une version assagie de Visitor Q, avec cette famille dysfonctionnelle qui semble incapable de se retrouver sans un amoncellement de cadavres : le père, incarné par l'excellent Kenji Sawada, n'a en effet pas d'autre but que de ressouder sa famille, mais il doit hélas composer avec la malchance de voir tous ses clients mourir les uns après les autres, dans des séquences empreintes d'un humour noir assez efficace.




Mais nous sommes chez Takashi Miike, le plus fou des cinéastes nippons, et celui-ci livre ici l'un de ses films les plus inventifs : plusieurs scènes d'animation en pâte à modeler et de comédies musicales viennent en effet dynamiser et alléger un récit qui, chez Kim Jee-woon, suscitait rapidement l'ennui. Ici, la bonne humeur domine, surtout dans ces passages chantés et dansés au service de la narration, un univers qui, pourtant, est loin d'être le point fort du cinéma japonais (voir, pour s'en convaincre, l'abominable Underwater Love de Shinji Imaoka, sorti l'année dernière) : tout peut arriver dans l'univers de ce cinéaste qui, à défaut de faire l'unanimité, ne manque jamais de surprendre, surtout à cette époque de sa carrière.
Note : 4,5/6
#351
Posté 19 mai 2012 - 10:36

L'histoire : Au Japon, un Brésilien fait évader une Chinoise dont il est amoureux. Pour pouvoir payer de faux papiers et rejoindre l'Australie, il organise avec deux autres personnes un braquage, mais au lieu de récupérer une valise pleine d'argent, il n'obtient qu'une mallette pleine de drogue...
The City of Lost Souls m'a beaucoup rappelé un autre film de Takashi Miike, sorti l'année précdente : le premier Dead or Alive. Comme celui-ci, il débute sur les chapeaux de roue, avec un montage épileptique énergisant et déborde d'idées folles comme on en voit que chez ce cinéaste à cette époque, à l'image de ce combat de coqs clandestins qui rappelle une scène culte du premier Matrix. Hélas, tout comme dans Dead or Alive, l'ennui ne tarde pas à venir, la faute à un rythme sacrifié et à une mise en scène vite paresseuse : dommage, car les personnages de ce film attirent la sympathie.


Comme bien souvent, le cinéaste s'attache aux marginaux et aux étrangers : il filme notamment le quartier chaud de Shinjuku comme un véritable melting pot où les japonais côtoient tant des chinois que des brésiliens - une pluriethnicité qui n'est que trop rarement exposée dans le cinéma nippon. D'autres passages magnifiques, comme cette araignée qui vient se fondre littéralement sur une épaule, au point de devenir un tatouage, m'ont parfois sorti de ma léthargie, mais une fois encore, tout comme dans Dead or Alive, il faut attendre une conclusion fracassante pour que Miike s'applique de nouveau.
Un film que j'avais envie d'aimer pour son côté libertaire, mais dont les carences rythmiques ont fini par m'achever. Un brouillon tout juste sympathique.
Note : 2,5/6
#352
Posté 19 mai 2012 - 21:45
Mark Chopper, le 19 avril 2012 - 13:19 , dit :
Il y a quoi en plus dans le montage jap ?
J'ai montré le film hier à ma compagne, c'est son premier chambara ( mais pas le dernier ) et son premier Miike ( et son dernier ). Elle a aimé mais a été un peu paumée faute d'une caractérisation efficace des assassins ( hormis le ronin qui détonne : son massacre de soldats avec changement d'armes et avancée dans le tas, c'est du montage dynamique qui n'a pas besoin d'un plan séquence programmé sur un ordi pour impressionner, et quelques autres persos ). Ce n'est pas parfait mais en matière de chambara, ça défonce la plupart de ceux pondus ces dernières années.
#353
Posté 19 mai 2012 - 21:50
Pourquoi son dernier Miike ? C'est varié, il y en aura bien un dans toute sa filmo pour répondre à ses attentes.
#354
Posté 23 mai 2012 - 13:57
DarK ChoueTTe, le 18 mars 2012 - 02:14 , dit :
http://wildgrounds.c...8Wildgrounds%29
De la comédie musicale, avec du furyo, basée sur le scénar d'un manga de Ikki Kajiwara (Ashita no Joe) ?
Tenez, voilà tout mon argent.
Critique positive du film en question:
http://www.ecranlarg...9728-156871.php
#355
Posté 14 juin 2012 - 13:36

L'histoire : Un yakuza souffre-douleur se fait assassiner avec le chef de son clan. Un savant fou le ressuscite et il se réveille avec un corps de métal qui le rend indestructible, ainsi qu'avec le coeur et le sexe démesuré de son chef...
Le fils du producteur : Allô, papa ? Je t'appelle du bureau.
Le producteur : Pourquoi ? Qu'est-ce que tu fiches là-bas ?
Le fils du producteur : J'apprends le travail, comme tu me l'as demandé.
Le producteur : Tu veux dire que tu dragues des actrices, c'est ça ?
Le fils du producteur : Non, je viens de mater ta dernière production et il y a un problème...
Le producteur : Quelle drôle d'idée ! Je ne regarde jamais les films que je produis. Je fais du v cinema, tu sais ce que ça veut dire ?
Le fils du producteur : Que tu produis des films de yakuzas et d'horreur à petit budget pour le marché de la vidéo ?
Le producteur : Exactement ! Je file quelques yens à un tocard sorti d'une école de cinéma et lui demande de filmer des yakuzas qui se coupent des doigts ou des filles en bikinis qui affrontent des zombies, rien d'autre !
Le fils du producteur : Tu ne vérifies jamais le résultat ?
Le producteur : Non, seulement les recettes ! Si un mec me rapporte du fric, je lui en redonne. Sinon, il dégage !
Le fils du producteur : Mais il y a un vrai problème avec ton dernier film, Full Metal Yakuza !
Le producteur : Est-ce qu'il y a des yakuzas dans le film ?
Le fils du producteur : Oui, au début...
Le producteur : Alors tout va bien ! A partir de là, le réalisateur peut faire tout ce qu'il veut. Tant qu'il vend des DVD, ce n'est pas mon problème !
Le fils du producteur : Je crois que le réalisateur est fou, papa...




Le producteur : Takashi Miike ? Il est jeune, il a suivi les cours d'un cinéaste qui a reçu deux Palmes d'Or... Je pense que ça devrait aller !
Le fils du producteur : Le héros de son film est un yakuza peureux qui se fait tuer au bout de vingt minutes. Un savant fou greffe sa tête sur un corps de robot et il se retrouve avec une bite de trente centimètres.
Le producteur : C'est original ! Du yakuza eiga cyberpunk ? Les fans de Shinya Tsukamoto et de Ghost in the Shell vont adorer !
Le fils du producteur : Le film n'a rien à voir avec du Tsukamoto ou du Oshii ! C'est moche et mal réalisé !
Le producteur : Vu le budget minable, il ne faut pas s'attendre à des miracles ! Est-ce que le film est violent ?
Le fils du producteur : Oui, plusieurs personnes se font démembrer, mais il y a des longueurs, on s'emmerde au bout d'une heure...
Le producteur : On voit du cul ? Des nichons ?
Le fils du producteur : Oui, une actrice en tenue de cuir minuscule finit dans une séance de bondage qui tourne au suicide et elle se fait violer après sa mort.
Le producteur : Le film se vendra ! Prends-en de la graine !
Le fils du producteur : Mais... Tu veux dire que tu vas réengager ce mec après cette version Troma de RoboCop ?
Le producteur : S'il me rapporte de l'argent, oui ! Maintenant que j'y pense, je me souviens de son précédent film ! Il l'a tourné la semaine dernière.
Le fils du producteur : De quoi ça parlait ?
Le producteur : D'une lycéenne qui tue des hommes avec une sarbacane plantée dans son vagin.
Le fils du producteur : Oh, putain...
Note : 3,5/6
#357
Posté 17 juin 2012 - 20:40

L'histoire : Un yakuza provoque une guerre des clans dans le quartier de Shinjuku, à Tokyo, et trouve sur son chemin un policier prêt à tout pour l'arrêter...
Un yakuza eiga mettant en scène Riki Takeuchi et Shō Aikawa, deux des plus grandes stars du v cinema nippon, a toutes les chances de se révéler rentable : les producteurs de Dead or Alive font donc comprendre à Takashi Miike qu'il n'est pas nécessaire de prendre le moindre risque et qu'un produit formaté fera bien l'affaire. Énervé, le cinéaste décide de faire passer toute sa rage dans la séquence d'introduction du film, un montage épileptique qui, tout en mettant en scène l'univers dans lequel évolue les deux personnages principaux du film, voit se succéder des vignettes empreintes de vice sur une musique énergisante : une strip-teaseuse qui se caresse, une sodomie dans les toilettes qui tourne au bain de sang, un homme qui sniffe un rail de coke de cinq mètres, un autre qui se gave de nouilles avant de se faire trouer la peau et de propulser tout ce qu'il a avalé sans le digérer vers la caméra...


Le problème vient du fait que le rythme ralentit après ces cinq minutes pour atteindre celui d'un épisode de Derrick et qu'on ne parvient jamais à s'intéresser à cette guerre entre clans de yakuzas ou à ce policier qui poursuit le responsable (lorsqu'il n'est pas à la maison pour s'entendre répéter par sa femme qu'il va lui falloir plus d'argent pour offrir à sa fille l'opération chirurgicale dont elle a besoin). De temps en temps, Takashi Miike se fend d'une séquence glauque pour réveiller le spectateur, comme celle où une fille nue attend à quatre pattes qu'un chien veuille bien avoir une érection pour être photographiée avec ou encore celle où une femme se fait noyer dans ses propres déjections, suite à une succession de lavements. Tout ceci ressemble plus à du remplissage ou à de la provocation gratuite pour gagner du temps, en attendant le final qui a rendu ce film culte pour certains.


Dead or Alive avait été présenté à Takashi Miike comme l'affrontement entre un yakuza et un policier qui se conclurait à la manière d'un western. Le cinéaste s'en est bien moqué et, toujours soucieux de repousser les limites de l'imaginaire du Septième Art, a choisi de lui offrir le final le plus What The Fuck de son histoire :
Note : 2/6
#358
Posté 19 juillet 2012 - 20:51
DarK ChoueTTe, le 09 mars 2012 - 02:39 , dit :
Citation
Hideaki Ito will take the lead role, a school teacher who maintains a smooth exterior masking sociopathic tendencies - tendencies that play out as he systematically murders his own students.
Production is scheduled to begin in April with completion on time for the big fall festivals.
Ca peut être sympa.
Teaser.
#359
Posté 19 juillet 2012 - 21:55
#360
Posté 09 septembre 2012 - 21:17

L'histoire : Un samouraï déchu vient frapper à la porte d'un chef de clan pour lui demander d'accomplir, devant lui et ses guerriers, un suicide rituel. Mais le chef se méfie de cet homme...
Loin des excès pour lesquels il est davantage connu, au point de voir son oeuvre protéiforme caricaturée, Takashi Miike continue, après 13 Assassins, de rendre hommage au patrimoine cinématographique de son pays. Il se tourne ici vers un film encore plus emblématique, dotée d'une aura presque sacrée : le Hara-kiri de Masaki Kobayashi. Sans doute conscient qu'il ne pourra jamais égaler l'original dans le cœur de ceux qui lui vouent un culte, le cinéaste se montre ici bien sage, trop sage, et livre une version proprette, qui varie sur quelques points. Évacuée la dimension politique et transgressive : son Hara-kiri repose essentiellement sur une tragédie familiale, source de vengeance, tragédie à laquelle l'interminable second tiers du film est consacré.


Offrir une alternative intéressante au film de Kobayashi n'était pourtant pas impossible : après tout, ce classique du chambara pouvait rebuter plus d'un spectateur de par sa mise en scène statique, ses dialogues lents et étirés, ainsi que par son refus de tout spectaculaire, notamment dans son final en demi-teinte. Mais l'habituel problème de gestion de rythme de Takashi Miike, son choix du classicisme, son interprète masculin au jeu transparent, si loin de celui, fiévreux, de Tatsuya Nakadai, ainsi que les fausses bonnes idées de son final (la neige en 3D, le sabre de bois) consacrent la déception attendue : restent quelques scènes marquantes, comme le premier seppuku, sanglant et douloureux au possible.
Un remake aussi inutile qu'on pouvait le craindre, qui n'apporte rien, signé par un Takashi Miike qui ferait mieux de retrouver la folie d'une certaine époque, plutôt que de courir après la respectabilité.
Note : 3/6

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