JuLpM, le 20 août 2012 - 11:04 , dit :
Tu prends The Road t'as pas ca...
Ce que je reproche finalement c'est que ca s'enlise dans des sentiers connus archiconnus et que ca n'apporte rien.
Et puis je savais pas que le post apo c'etait du survival...
Pour ta dernière phrase, j'ai l'impression que tu cèdes à l'ironie en sous-entendant que je me mélange les pinceaux entre les genres. Ce n'était pas obligé. Il me semble que j'ai pris suffisamment de gants pour te poser une question tout à fait courtoise. Ce n'est pas pour me faire casser en retour par des tentatives de décrédibilisation, même en sous-entendu.
Soit, je vais cependant prendre le temps de répondre. C'est un peu long, parce que j'ai eu envie de bien exposer mon point de vue, de l'étayer d'arguments et d'exemples. Ce sont deux genres que j'apprécie. Dans mes films préférés, il y a pas mal de post-apo (j'adore ces univers) et de survival (j'aime la tension qui se dégage des bons) donc je prends le temps de causer, avec passion.
Il va de soi que cela n'implique que mon point de vue et que je ne prétends pas qu'il fasse autorité en la matière.
Avant toute chose: je ne cherche pas à défendre le film et ses qualités ou défauts. Je ne fais qu'étayer mon point de vue selon lequel le survival fait partie intégrante (ou presque) du post-apo. Après, je ne dis pas que le traitement de
Hell est original. Et je ne te reproche pas de ne pas apprécier le film.
Accordons-nous bien là-dessus: la partie survival du métrage est tout à fait classique. En cela, je comprends qu'elle puisse déplaire et je ne compte pas la défendre sur la question de sa qualité ou de son originalité. L'objet de la discussion, pour moi, n'est pas là.
Je pense savoir faire la différence entre survival et post-apo, je te remercie. Je vais essayer de le prouver par la suite, en évoquant mes définitions et quelques exemples. Mais non, contrairement à ce que tu sous-entends, je fais bel et bien la part des choses. Ce qui ne m'empêche pas de voir exister des liens très forts entre ces deux genres. C'était là l'objet de ma précédente intervention et l'origine même de ma question.
Tu évoques The Road en contre-exemple:
Désolé mais si, dans
The Road, il y a de "ça" (du survival donc), à plusieurs reprises, même. C'est notamment un élément capital pour la tension qui règne tout au long du film. Ainsi, ils rencontrent des malfrats, en camion, armés et menaçants (l'homme est même sur le point d'expliquer comment se suicider à son fils, hein). Ils voient une femme et sa fille se faire attraper. Le héros et son fils essaient de s'enfuir d'une troupe aux moeurs proches de celles des fermiers de
Hell, avec notamment la scène de la cave et son garde-manger... Où l'on découvre alors que les propriétaires des lieux partagent avec ceux de
Hell les mêmes recettes de cuisine...
Et je pense que j'oublie d'autres séquences du genre, où la menace de méchants cannibales contraint les personnages principaux à fuir, à se cacher, à combattre ou autre...
Après, effectivement, comme je le souligne en évoquant une autre possibilité pour le genre, le film est plus axé sur la recherche de nourritures dans ses phases d'action (tout comme le bouquin d'ailleurs) et n'accorde pas autant d'importance à ces antagonistes sauvages que d'autres films du même genre. Et c'est aussi pour ça que finalement, il est un peu "contemplatif". Certains, j'ai pu le lire, l'ont même trouvé chiant (ce n'est pas mon cas mais c'est une critique récurrente). C'est là le danger d'un film post-apo orienté sur la recherche (un peu monotone finalement, pour celui qui attend que ça bouge un peu) de nourriture, comme je le souligne dans mon précédent post.
En ce qui concerne le post-apo et donc ton sous-entendu, je pense pourtant, après avoir vu et lu un petit paquet de post-apo, que le genre implique quand même assez souvent, voire systématiquement, du survival. Je pensais avoir suffisamment étayé mon point de vue pour éviter une réponse aussi lapidaire (d'ailleurs je n'ai pas dit que le post-apo
était du survival mais que les deux partageaient certaines figures imposées, merci de faire l'effort de lire avec attention ce que je prends du temps à écrire avant de me répondre en trois phrases) mais soit, je vais détailler à nouveau en présentant ma définition du genre et en quoi celui-ci se rapproche très fortement du survival type:
Que ce soit pour trouver des ressources ou pour échapper à des antagonistes en roue libre question respect des lois, sens civique et moralité, les deux "genres" sont très fortement liés. Ils sont cousins germains, pour ainsi dire.
Courte définition (personnelle) du post-apo:
Le post-apo a pour particularité d'exposer des mondes où, après une catastrophe, les sociétés n'existent plus ou se reconstruisent lentement et différemment. Souvent, il s'agit d'un monde sauvage, sans police ni armée, peuplé de personnages dangereux car prêts à tout pour survivre, quitte à maltraiter, vendre, exploiter, détrousser ou bouffer son voisin. C'est la loi du plus fort et les rares sociétés qui commencent à se construire sont souvent basées sur des structures dictatoriales. Les véritables sociétés démocratiques sont plutôt rares et invariablement menacées par des ennemis brutaux (comme dans
Mad Max 2,
The Postman et même
Absolom 2022, par exemple). Elles n'ont clairement pas le luxe de faire régner l'ordre en dehors de leurs limites territoriales toujours très restreintes.
Certaines fois, l'ensemble des sociétés présentées verse dans la dictature, comme dans
Doomsday, qui alterne regroupement de cannibales dégénérés punks et société médiévale dirigée par un tyran.
Et bien évidemment, dans ce monde âpre, le héros fait des rencontres.
Souvent le post-apo est un peu un road-movie, qui permet de peindre cet univers peu à peu, par le biais de rencontres (je pense à
The Road, à
New York 97 et à
Infectés, notamment). Parfois des rencontres positives, parfois des gens bien peu recommandables... Ce n'est pas l'unique forme de récit qu'on peut trouver mais disons qu'il y a plus d'un post-apo qui soit construit sur le mode du voyage, presque initiatique, prétexte au réal pour évoquer le monde dans lequel évoluent ses héros. Des héros souvent à la recherche d'un petit coin de paradis, la rumeur d'un endroit censé être protégé par l'armée, un nouveau gouvernement ou je ne sais quoi... Ils vont donc d'un point A à un point B, en rencontrant des gens en route et même des gens qui vont en sens inverse et cherchent à les décourager.
Fin de la courte définition personnelle.
Ce que je viens d'évoquer implique souvent des enjeux forts pour les personnages principaux (forts dans le sens de "nécessaire à leur survie"), comme trouver de la nourriture (il n' y a plus de centres commerciaux ou alors ils ont été pillés), se protéger des éléments naturels (il n'y a plus de motels ou cela peut être de simplement trouver sa route dans le désert), faire éventuellement confiance à des gens (pour réparer leur caisse ou leur indiquer un endroit ou dormir ou où trouver de la bouffe) et d'échapper à des salauds cannibales détrousseurs de cadavres et violeurs d'enfants (rayez la mention inutile si besoin).
Et là, clairement, on voit qu'il y a quand même des liens très forts avec le survival.
Courte définition personnelle du survival
Dans le survival, on a des personnages qui doivent se sortir vivants d'un endroit hostile, souvent désert, alors qu'ils sont pris en chasse ou retenus prisonniers par des autochtones souvent asociaux ou au moins désocialisés, vivant en communautés autarciques et pratiquant des moeurs souvent répréhensibles. Le héros doit leur échapper en ne comptant que sur lui car autour, il n'y a personne, pas de répresentant de l'ordre ou alors ces derniers sont de mèche avec les dégénérés. Il lui est souvent impossible de communiquer avec l'extérieur et il se retrouve en territoire dangereux et impitoyable où ses ennemis font la loi. Ils doivent donc se cacher, trouver de quoi bouffer et fuir vers la civilisation.
Souvent, ses ennemis en veulent à sa personne même puisqu'ils lui volent ses possessions et peuvent, ce qui arrive souvent, vouloir le becter.
Fin de la courte définition personnelle du survival.
Les dégénérés, les environnements sauvages ( et souvent très peu peuplés): l'hostilité du monde et des personnages rencontrés, qui vont de pair avec la disparition des gardes-fous sociétaux garants d'une certaine protection de l'individu. Dans les deux cas, inutile d'essayer d'appeler la police, soit elle n'existe plus (post-apo), soit elle est injoigniable (survival), soit elle est corrompue (les deux). Le héros doit clairement se défendre seul. Il ne peut compter que sur lui-même.
On peut même noter que dans les deux cas, l'ennemi maîtrise souvent mieux que lui l'environnement malgré l'hostilité de ce dernier. Le méchant a appris à y vivre, soit parce qu'il en est natif soit parce qu'il a su s'adapter. Les cannibales vivent dans les souterrains dans
New York 97(post-apo), la famille de Papa Jupiter connaît bien les lieux dans
la Colline a des yeux(survival)...
Personnellement, je retrouve là dedans une bonne partie de ce que peut contenir
Délivrance,
Sans Retour,
La Colline a des yeux,
Détour Mortel,
Vertige ou
Massacre à la tronçonneuse, pour ne citer qu'eux. Ce sont pourtant des survival et non des films post-apo.
Pour résumer : dans un survival comme dans un post-apo, le personnage principal est souvent soumis aux mêmes menaces, aux mêmes enjeux: environnement et ennemis. Cela rapproche, pour moi, les deux genres cinématographiques.
En gros, le héros est isolé dans un monde hostile et il doit éviter de se faire bouffer (l'ensemble des références que j'ai cité pour les deux genres, ou presque - car il y a évidemment quelques variantes, et heureusement) ou de crever dans la nature.
Bien évidemment, les deux genres ne sont pas pour autant jumeaux (puisque j'ai proposé qu'ils soient considérés comme cousins) et il existe bien des différences entre les deux. Je ne compte pas les lister ici, ce n'est pas mon propos.
Seul le western peut éventuellement être rapproché aussi fortement du post-apo que le survival. Et là encore, on retrouve les mêmes ingrédients, les cannibales en moins, souvent remplacés par des salauds barbus ne respectant rien car faisant la loi à l'ouest du Pécos (mais ne bouffant quand même pas de la chair humaine, j'en conviens, à l'exception de
Vorace, notamment et de
Cannibal the Musical, mais là, je vais un peu trop loin). L'exemple le plus frappant étant
Le Livre d'Eli, un film qui mélange justement les deux genres en recoupant les problématiques qui sont associées à chacun d'eux et celles qu'ils ont en commun.
Et évidemment le films de zombies, qui contient souvent tout ce que j'ai évoqué ou presque, intègre lui aussi des enjeux souvent proches aux deux genres. Disons qu'il en constitue même le mélange parfait. Car je pense qu'on sera d'accord sur le fait qu'une invasion de zombie a souvent des allures d'apocalypse et pousse les personnages à survivre. Je pense notamment à l'oeuvre foisonnante de Romero et de ses disciples mais aussi à
Stakeland(même si ce sont des vampires en fait). Zombies ou infectés, comme dans
28 Jours plus tard, par exemple.
Je ne me souviens réellement pas de films ou d'oeuvres post-apo où il était surtout question d'espionnage, de romantisme, de séduction, de jeux sociaux à la cour d'un monarque, de kung-fu, d'ésotérisme, de chronique judiciaire, de terrorisme, de huis-clos, d'enquête criminelle, de polar, de comédie, de quiproquos, de géopolitique, de psychanalyse, d'humour ou autre.
Non pas qu'un quelconque ingrédient parmi ceux que je viens de citer ne soit jamais intégré mais disons qu'ils ne constituent pas, il me semble, les composants principaux de l'intrigue et du setting.
Le survival, si. Les héros luttent pour la même chose et contre le même genre d'ennemis dans le survival et le post-apo.
Mais je serais ravi que tu me démontres que je me trompe. Et je peux tout à fait me tromper, j'aime le genre mais n'en suis clairement pas un spécialiste. Et aussi parce que je pense réellement que les contre-exemples existent.
Je ne peux que t'encourager à étayer ton point de vue, trop brièvement exposé pour vraiment saisir comment tu appréhendes le post-apo et ce qui le constitue, selon moi. En effet, cela peut éventuellement être intéressant de confronter nos définitions du genre, visiblement à l'origine de nos appréciations dissemblables quant au film
Hell.
Dans ton post précédent tu évoques ta déception et surtout ce que le film, je te cite, "aurait dû être". Je serais curieux de lire ce que cela signifie.
Car en dehors de la pratique de l'ironie facile et de l'esquive, c'est aussi ça l'intérêt de discuter. Tu m'excuseras cette dernière phrase certes un peu sèche qui se veut ma réponse à ta conclusion lapidaire.