Posté 20 septembre 2009 - 14:46
"Vertigo" étant mon préféré (mais faut-il qu'il y en ait un?), je vais quand même écrire deux trois lignes dessus.
Adapté du roman "D'Entre les Morts" des français Boileau et Narcejac ("Ouah, il faisait des adapt', aucune inspiration!"), "Sueurs Froides" est devenu au fur et à mesure des années, après - il me semble - un accueil critique et public plutôt mitigé - un véritable puits à fantasme cinématographique et un des films d'Hitchock les plus célèbres, beaucoup ne se privant pas de le considérer comme son chef d'oeuvre ultime.
C'est probablement car "Vertigo" est son film qui illustre avec le plus d'évidence la face sombre et tourmentée de l'oeuvre d'Hitchcock, et semble concentrer toutes ses obsessions mordides et érotiques, tout en restant un véritable film de genre captivant, sorte de Film noir/thriller mâtiné de fantastique.
On ne s'étonne donc pas de retrouver (le génialissime, brillantissime, classissime) James Stewart, ce dernier renvoyant toujours à cet aspect de l'oeuvre du Maître (à l'inverse de Cary).
Dès le splendide générique de S.Bass, hypnotisante introduction, on est happé dans cet univers mystérieux et trouble, fait d'obsessions et de faux-semblants, souligné par la musique d'Hermann, avec ces arpèges inquiétants et ce caractère lancinant et répétitif qui semble nous met directement dans le bain.
Sexe, mort, frustration, obsession, manipulation, figure de la répétition, du double, de la boucle..."Sueurs Froides" peut apparaître comme un florilège de toutes les grandes thématiques (ouh le vilain mot) de l'oeuvre d'Hitchock.
Mais ce qui est réellement fascinant avec "Vertigo", c'est qu'on a beau s'attacher à saisir sa symbolique, les grandes obsessions qui le traversent, la mécanique Hitchcockienne, à chaque vision on se laisse prendre par le film, et il en demeure insaisissable. Tout simplement, on se laisse emporter par une intrigue passionnante, à la merci de Hitchcock qui nous ballade de piste en piste. Chaque vision de "Vertigo" devenant une expérience obsédante où l'on se retrouve manipulé à la place de Scottie.
Une expérience mise en scène par un Hitchcock au sommet de son art, qui multiplie les rimes visuelles, joue sur les couleurs (superbe photo'), utilise les décors avec un sens de la symbolique affuté, empreinte au genre du Film Noir tout en le dépassant (pas d'un point vue qualitatif évidemment), nous place constamment du point de vue de Scottie, ce qui explique un montage plutôt lent et contemplatif, chose rare dans son oeuvre, ce qu'il justifie par le fait que le personnage de Stewart est un "émotif" (cf. le Hitchbook).
Et dois-je mentionner le premier travelling compensé de l'histoire du Cinéma? Le climax renversant (dans tout les sens du terme) ? La superbe Kim Novak (moins que Grace Kelly mais plus que Tippi Hedren) en parfaite blonde Hitchcockienne?
Bref, Vertigo fait partie de ces films qui exercent une véritable attraction sur le spectateur, qui fascinent, passionnent, obsèdent.
Certains pourront stigmatiser, à justre titre, le caractère un peu poussif de son sous-texte sexuel, psychanalytique, ect...mais "Vertigo" reste un très grand moment de cinéma (et c'est loin d'être le film sur lequel c'est réellement dérangeant à mon sens.)
Sinon, les autres films du Big Al' que j'ai pu voir:
1935 - The 39 Steps : Excellent film d'espionnage avec déjà un personnage d'Innocent accusé à tort, dans une intrigue retors. Véritable préfiguration de "La Mort aux Trousses", et déjà grand film.
1937 - Young and Innocent : Variation sur le thème du faux coupable, assez originale par son caractère comique, ou tout du moins léger. Quelques passages très réussis, dans l'humour et le suspense aussi avec quelques situations très bien vues, mais ce n'est pas non plus son film le plus marquant.
1946 - Notorious : Film d'espionnage encore, et un surement un des meilleurs du Maître.
1948 - The Rope : Exercice de style souvent déprécié, mais personnellement je trouve ça très maîtrisé et franchement brillant. Un défi technique remporté haut la main, mais qui reste un excellent film à part entière, avec un sens de la dramaturgie exceptionnel, une gestion de l'espace hallucinante, une point de départ captivant, un J.Stewart juste uber-classe et un sous-texte homosexuel plutôt osé. (A noter que le film s'inspire d'un fait divers des années 30 assez glauque, avec deux jeunes fils de bonnes familles ayant compris de travers la notion de surhomme Nietzschéen.)
1951 - Strangers on a Train : Mécanique parfaitement huilée et sens du suspense très poussé (et donc de l'invraisemblable), pour un excellent Hitchock. La construction de l'intrigue est exemplaire, la progression dramatique aussi, et le film comporte quelques moments de bravoure très marquants (dont un meurtre mis en scène par le reflet d'une paire de lunette particulièrement réussi.)
1954 - Dial M for Murder : A l'instar de the Rope, exemple en matière de huis-clos, avec, sans le même parti pris, une gestion de l'espace et de la dramaturgie encore une fois parfaitement maîtrisée. Un véritable régal.
1954 - Rear Window : On part dans les plus grands sommets de sa carrière là. Film de suspense génial, mise en abime du cinéma et de la place du spectateur, obsessions névrotiques de son réalisateur, une oeuvre aux multiples niveaux de lecture et tout simplement un chef d'oeuvre qu'on suit, avant tout (et comme le voulait Hitch') avec le plus grand plaisir.
1957 - The Wrong Man : Probablement un des films les moins cités de cette partie de sa carrière, et pourtant il vaut le détour. Une histoire de "faux coupable" qui part par moments dans le drame social poignant, à la tonalité dépressive et sombre soulignée par un noir et blanc sublime et un Henry Fonda qui semble porter tout le désespoir du monde dans ses yeux. Une oeuvre très originale et inattendue, mais qui porte quand même la marque de son auteur.
1958 - Vertigo, une bouse, cf. ci dessus.
1959 - North By Northwest : Le contrepoint parfait à "Sueurs Froides". Grand film de divertissement avant tout, qui passe du genre de l'espionnage à la comédie limite slapstick, une révolution du cinéma d'action qui l'influencera pour les décénnies à venir, des moments anthologiques, une des meilleures musiques d'Hermann, un Cary Grant survolté, un casting 5 étoiles (Mason, Landau, Marie-Saint...), un rythme qui ne faiblit jamais, un humour qui fait mouche à chaque fois...Un idéal de cinéma en fait je pense.
1960 - Psycho : Retour à un cinéma de plus petite ampleur, mais encore une fois une date dans l'histoire du cinéma, qui révolutionne et marque à jamais le genre. Mille fois imité, à peu près jamais égalé. On note qu'Hitchcock fait le tour de force de nous faire nous attacher à une voleuse en fuite, mais surtout à un tueur psychopathe (grâce aussi à Perkins.)
1963 - The Birds : Là par contre, je serai moins enthousiaste, en dépit de son statut "culte". C'est bien fait, la montée du suspense est très réussie et le film comporte quelques séquences hallucinantes comme l'attaque des Oiseaux, mais je trouve ça un peu poussif, et ça manque d'un vrai charisme masculin. (désolé Rod')
1964 - Marnie : Encore une fois, j'ai tendance à trouver ça poussif, mais pas du tout pour les mêmes raisons. Le sous-texte psychanalytique est vraiment trop appuyé, trop lourdingue, trop caricatural, trop désuet, on arrive franchement à la limite. Ca reste très bien, faut pas non plus pousser Kim du clocher, Sean Connery est excellent (J'suis pas fan de Tippi Hedren je dois dire), ça a ses quelques moments excellents, notamment tout ce qui concerne les magouilles de Marnie dans la première partie, mais c'est quand même plutôt balot (ces révélations finales, franchement...)
1966 - Torn Curtain : Quasiment aucun souvenir de celui là, mais il me semble que c'est un film d'espionnage de haute volée. A revoir (parmis tous ceux que je dois voir.)
1972 - On sent que la carrière d'Hitchcock touche à sa fin. Ce dernier se lâche vraiment dans la représentation de tout ce qui l'obsède, avec des meurtres assez craspec, l'humour général fonctionne plutôt bien que ce soit bon enfant (le running gag sur la bouffe) ou morbide (dans le camion à pommes de terre) et le côté autoparodie assumée fonctionne complètement. Mais c'est pas non plus du grand Hitchcock, c'est assez "vulgaire" (j'saurai pas expliquer) et les acteurs manquent vraiment de classe, en particulier Bob Rusk.
'Oilà, c'est tout en ce qui me concerne pour le moment.
(Maté aussi le début de 'A Lady Vanishes, sympa' mais chiant, mais j'ai quand même envie d'en savoir plus, et le climax de "The Man Who Knew Too Much" version '56, sacré moment de bravoure)