Bon je passe sur
Sadisterotica que je n'ai pas vu, pas plus que sa suite d'ailleurs
Kiss me monster. Donc on saute directement à la plus grosse production de Franco.
JUSTINE - 1969
Justine est la première adaptation par Franco d'un écrit de Sade,
Justine ou les infortunes de la vertu. Harry Alan Towers qui avait apprécié son
Succubus lui propose après les quelques petits budgets précédents, une production assez cossue pour adapter Juliette d'après un scénario que Towers a écrit lui-même. Franco accepte avec joie, c'est du Sade, il peut tourner en Catalogne, c'est un film en costumes. Mais... l'actrice qu'il avait prévue pour jouer Justine ne convient pas à Towers puisqu'il propose le film a une inconnue de 17 ans, Romina Power, fille de Tyrone Power. Pour Franco, la jeune fille américaine et inexpressive qu'on lui met dans les pattes est un handicap. Il décide de changer le scénario et au lieu de raconter la descente dans le vice d'une jeune fille apprenant peu à peu à prendre du plaisir (donc dans un esprit plus proche du livre), il raconte, selon ses propres mots, Bambi chez Sade.

Romina Power, où est Pan Pan ?
Deux soeurs, Juliette et Justine, nouvellement orphelines, sont chassées du couvent où elles étaient élevées. Juliette, plus dévergondée, trouve une place dans un bordel, mais la chaste Justine refuse d'y rester et s'échappe, tombant alors de Charybe en Scylla, chez toute une bande de pervers. Le film offre donc son lot de tortures, de perversions, d'humiliations, de scènes de lesbianisme, et de nudité féminine en générale. on est encore loin des films de Franco les plus érotiques, mais celui-ci peut ce concevoir comme un film érotique chatoyant et mouvementé, un Angélique version euro-trash.

Franco = femmes nues attachées !
Ce n'est pas encore une production holywoodienne, mais il y a des moyens et ça se voit. Ce film est éclairé comme un Bava (mais un Bava fatigué tout de même), il y a des jeux de lumières très pop, rappelant le cinoche japonais ou italien.
petit exemple :

Mais surtout on retrouve dans ce film pleins d'éléments chers au cinéma de Franco et à l'euro-trash 60's-70's en général. Déjà le cast est un défilé d'acteurs attitrés au cinéma de genre européen. On retrouve Maria Rohm dans le rôle de Juliette, Sylvia Koscina et Horst Frank dans celui d'un couple aux relations difficiles, Rosalba Neri a une fois de plus un petit rôle, Mercedes Mc Cambridge joue la chef d'une bande de crapules (c'est d'ailleurs elle qui coachera Romina comme l'a expliqué Franco), Howard vernon est présent lui aussi. Sinon on retrouve Klaus Kinski dans le rôle du divin marquis lui-même, un rôle sans parole et quelque peu confus

"Alors là tu regardes dans le vague !"
Et en guest star Jack Palance, alors en pleine descente et furieusement alcolique. Il sombrera bientôt plus bas en tournant pour Joe d'Amato dans
Eva Nera.
C'est aussi l'occasion pour Franco de travailler avec Bruno Nicolai qui exécute un score somptueux, très symphonique, assez loin de ses travaux dans les westerns. En outre Franco n'hésite pas à tourner dans des architectures de Gaudi, notamment dans le parc guëll de Barcelone, ce qui provoquera la colère des autorités de la ville.

Justine est un film très sympathique, mais on peut regretter de ne pas y retrouver la "philosophie" sadienne, du moins l'histoire telle qu'elle était conçue dans le livre. C'est donc un film faste, mais, il me semble, pas la meilleure adaptation de Sade per Franco.
Le film existe en dvd avec en double programme
Eugénie, éditions reprenant celles de Blue Underground.