
Bonjour a tous.
J'aimerai lancer ce sujet pour discuter du francais en tant que langue. Bon, c'est une langue assez infernale, rien de nouveau, et beaucoup de francophones font un tas d'erreurs. Donc pourquoi ne pas approfondir, et tacher de comprendre mieux le francais? Vous comprenez qu'en tant que prof de francais, le sujet ne me laisse pas indifferent.
Ce topic, tres generaliste, aurait les buts suivants :
* histoire de la langue : d'ou vient le francais?
* etymologie, vocabulaire, idiomes : d'ou viennent les mots et les expressions? (ca c'est la partie qui va vraisemblablement etre la plus developpee)
* orthographe et pieges : comment eviter les chausses-trappes (pluriel?
* comment expliquer certaines regles bien louches? questions et reponses... (comme ca vous faites mon boulot a ma place)
* beaux textes, ou textes emblematiques de la France (si on veut : je pensais mettre les paroles de La Marseillaise ici, en echo au topic politique)...
* place du francais dans le monde
Tout ca a base d'anecdotes, d'experiences persos, etc.
Donc un gros fourre-tout pas tres clair (et pas tres MAD!). On peut poster ce que l'on veut, quoi, tant que ca touche au francais.
Je commence avec ce petit rappel de Karibou sur le site "Personne n'en parle" :
Je lis dans un petit ouvrage (*) - utile et fort bien fait, mais non sans faille de Jean-Pierre Colignon, préfacé par Bernard Pivot, l'injonction suivante: « Il faut écrire au temps pour moi! » (et non « autant pour moi ») parce que cette expression fait référence au commandement militaire, ou bien à l'ordre donné par un professeur de gymnastique, par un chef d'orchestre, par un maître de ballet, et incitant à revenir - parce qu'il y a erreur- au premier mouvement d'une suite de positions, de mouvements. » Logique, is not it ? Très satisfaisant pour l'esprit !... L'ennui c'est qu'il s'agit d'une information complètement fantaisiste, une pure construction de l'esprit, justement.
Trente ans passés à décortiquer les expressions françaises m'ont appris à me méfier des « explications » brillantes d'allure, des assauts de logique qui ne sont fondés sur aucun texte, aucune pratique réelle de la langue. On ne trouve nulle part cette histoire imaginaire de commandement « Au temps! », ni à l'armée (qui a pourtant donné « En deux temps trois mouvements ») ni dans les salles de gym.
Surtout pas chez les chefs d'orchestre : des musiciens qui travaillent reprennent à telle mesure, pas au « temps », c'est saugrenu! Colignon a rêvé cela, ou l'a cru avec beaucoup de logique apparente, en effet, donc de vraisemblance. Il ajoute du reste avec cohérence, dans une déduction impeccable: « Au sens figuré, très usuel, on reconnaît par là qu'on a fait un mauvais raisonnement », etc. Belle édification, qui repose sur un mirage.
Autant pour moi est une locution de modestie, avec un brin d'autodérision. Elle est elliptique et signifie: « Je ne suis pas meilleur qu'un autre, j’ai autant d’erreurs que vous à mon service: autant pour moi. » La locution est ancienne, elle se rattache par un détour de pensée à la formule que rapporte Littré dans son supplément: « Dans plusieurs provinces on dit encore d'une personne parfaitement remise d'une maladie: il ne lui en faut plus qu'autant (...) elle n'a plus qu'à recommencer. »
Par ailleurs, on dit en anglais, dans un sens presque analogue, so much for... « Elle s'est tordu la cheville en dansant le rock. So much for dancing! (Parlez-moi de la danse !) So much, c'est-à-dire autant. C'est la même idée d'excuse dans la formulation d'usage: « Je vous ai dit le « huit » ? Vous parlez d'un imbécile! Autant pour moi : c'est le dix qu'ils sont venus, pas le huit. » Le « temps » ici n'a rien à voir à l'affaire. Du reste on dit très rarement « autant pour toi », ou « autant pour lui », qui serait l'emploi le plus « logique » s'il y avait derrière quelque histoire de gesticulation. Par les temps qui courent, j'ai gardé pour la fin ma botte secrète, de quoi clore le bec aux supposés gymnastes et adjudants de fantaisie dont jamais nous n'avons eu nouvelles.
Dans les Curiositez françoises d'Antoine Oudin publié en l'an de grâce 1640, un dictionnaire qui regroupe des locutions populaires en usage dès le XVIe - soit bien avant les chorégraphes ou les exercices militaires- on trouve: Autant pour le brodeur, « raillerie pour ne pas approuver ce que l'on dit ».
Aucune formule ne saurait mieux seoir à ma conclusion :
M. Colignon, qui fait la pluie et le soleil auprès des correcteurs professionnels, devrait bien publier un correctif ad hoc sur le mauvais temps qu'il nous fait par le biais de ce canular orthographique. Perseverare serait en l'occurrence proprement démoniaque!
(*) L'orthographe, c'est logique de Jean-Pierre Colignon, Col. Les dicos d'or de Bernard Pivot
(Putain je sens que je vais au-dela d'un bide phenomenal avec ce topic

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