Enfin bref je ne m'étalerais pas sur sa vie mais plutot sur son oeuvre, meme si je n'ai pas tout vu encore :
On commence avec Scarface (1932)

Avec Paul Muni et Boris Karloff.
Voici le film de gangster des années 30! Hawks nous livre l'histoire d'un homme torturé par le vice et la folie dans l'Amérique de la prohibition. Le portrait d'un homme qui d'après les dires, est fortement inspiré d'Al Capone, et qui introduit au cinéma la célèbre mitraillette Thompson qui devient quasiment un personnage à part entière. Hawks trouve en Muni, l'italo-américain qu'était Al Capone et le transcende à travers une scène finale qui est désormais célèbre grace au remake de De Palma avec Pacino, du meurtre du meilleur ami et de la relation aux limites de l'inceste avec la soeur de Tony Carmonte. Un film de gangster qui est encore dans une esthétique de cinéma muet et qui utilise le parlant pour porter le genre vers d'autres horrizons, ainsi que son réalisateur qui dorénavant va s'illustrer dans les plus grands films du cinéma américain!
L'Impossible Monsieur Bébé(Bringing Up Baby) (1938)

Avec Cary Grant et Katherine Hepburn
Alors là !!! Attention chef d'oeuvre absolu!
Une des plus grandes comédies américaines de l'histoire du cinéma. Hawks utilise le duo Grant/Hepburn qui fonctionne à merveille à cette période (Sylvia Scarlett de George Cuckor par exemple) et livre une comédie loufoque, qu'on appelera la "screwball comedy".
Cette histoire ,d'un paléontologue coincé qui recherche un os de dinosaure et qui est colé par une jeune femme un peu fofolle qui ne pense qu'à son bébé léopard, est une des plus grandes réussites de son auteur. Tous les codes de la comédie selon Hawks y sont présents : ces situations incongrues et caucasses, ces quiproquos, ces dialogues à double signification, et son humour loufoque proche à certains moments des Marx Brothers. Un film qui n'épargne pas une mise en scène prodigieuse et d'un grand souci du détail. Sans parler de la photo dotée d'un des plus beaux Noir&Blanc vu au cinéma jusqu'à présent à l'époque. Mais c'est sans compter les interprétations magistrales de ses deux acteurs, avec un Cary Grant au sommet de son art(qui retrouvera Hawks dans trois autres comédies) et une Katherine Hepburn hillarante et tordante. Un duo splendide qui s'illustre à travers des scènes folle-dingue, comme ce passage du duo comique qui chante une chanson en pleine nuit au pied d'une bâtisse dans l'espoir de faire descendre Bébé, le léopard, planqué sur le toit. Ou alors ce moment cultissime d'une Katherine Hepburn à la robe déchirée au niveau du fessier qui est obligée de se coller littéralement à Cary Grant pour sortir d'un grand restaurant.
Seuls les Anges ont des Ailes(Only Angels have wings) (1939)

Avec Cary Grant, Jean Arthur, Rita Hayworth
Film un peu plus sérieux et dramatique, Seuls les Anges ont des Ailes tient à coeur au cinéaste. Un film qui traite du monde de l'aviation, cher au réalisateur. Je rappelle que Hawks était pilote de chasse bien avant d'entrer à Hollywood. Il retrouve son acteur fétiche, Cary Grant qui incarne le propriétaire d'une compagnie assurant le transport de courrier. A travers une romance, Hawks signe un film très pessimiste et assez complexe sur les rapports humains, et l'amour de l'aviation. Il situe l'action en Amérique du sud, l'occasion d'avoir des décors plus exotiques que tout ce qu'il a pu faire auparavant. L'interprétation de Grant est puissante, celle d'un homme partagé entre son amour pour une femme et son amour du métier, et surtout un des rares roles sérieux que l'acteur aura dans sa carrière. Celui-ci privilégiant le comique, la gaudriole et le travestissement. On notera aussi la présence de la toujours plus ravissante et splendide Rita Hayworth, très bien mise en valeur par la caméra de Hawks.
La Dame du Vendredi(His girl Friday) (1940)

Avec Cary Grant & Rosalind Russel
Hawks, cette fois ci, adapte une pièce de théatre et produit cinématographiquement une comédie de moeurs, qui à certains moments tend vers la screwball comedy. On y retrouve une nouvelle fois Cary Grant qui incarne un directeur de grand quotidien pret à tout pour récupérer sa femme. Une pièce de théatre qui aura droit à deux autres adaptations dont une de Billy Wilder(intitulée The Front Page avec Walter Mattau et Jack Lemmon). Comédie de moeurs sur le monde journalistique et la presse à sensation, et ses dérives. Hawks livre une critique de la société américaine et de la puissance des médias dans un esprit digne des comédies du grand Capra. Mais la patte du cinéaste est toujours là, et ce à travers ses personnages et son acteur fétiche qui se livre une nouvelle fois à de la pantalonade(mais beaucoup moins que dans L'impossible Monsieur Bébé quand meme!). A travers un homme qui ne recherche que son amour perdu, Hawks joue sur les codes du genre pour mieux se les aproprier et réalise un film drole et intélligent.
Sergent York(Segeant York) (1941)

Avec Gary Cooper, Walter Brennan, Joan Leslie, George Tobias, Margaret Wycherly, Ward Bond
Hummm. Que dire de ce film qui me tient à coeur! Par où commencer?
Hawks cette fois bouscule ses précédentes oeuvres en réalisant un projet on ne peut plus ambitieux... l'adaptation cinématographique du Journal intime d'Alvin York, héros décoré de la guerre 14-18, qui s'est illustré dans la campagne française en tuant à lui seul une vingtaine de soldats allemands et en capturant une compagnie de plus d'une centaine d'hommes. Evidemment, Hawks réalise ce film en 1941 alors que la seconde guerre mondiale vient d'éclater, et utilise cette histoire comme une justification interventioniste. Un film de propagande pour l'Amérique, qui en plus remporte un immense succès à sa sortie, et qui verra par la suite l'entrée en guerre des Etats Unis en décembre 1941 suite à l'attaque de Pearl Harbor. Gary Cooper sera d'ailleurs oscarisé pour sa préstation.
Dit comme ça... on s'imagine avoir à faire à un énième film de guerre et de propagande comme on en faisait tellement pendant cette période noire de l'histoire. Et on s'attend à quelque chose de moindre qualité. Meme si, nombreux films de guerre des années 40 sont de très très grande qualité, la plupart tombent dans la médiocrité, voire le grand foutage de gueule et ça venant de la part de grands metteurs en scène!
Et pourtant, Hawks, meme s'il justifie un haut fait d'arme, meme s'il glorifie un homme qui s'est illustré en abattant d'autres hommes, pense son histoire et sa mise en scène avant tout, et paradoxalement réalise un film particulièrement humaniste, voire pacifique. D'ailleurs il a été beaucoup critiqué pour ça. Puisque la majeure partie du film montre un Alvin York, magistralement interprété par Gary Cooper, qui ne sait pas trop où il va.
Jeune "déliquant", Alvin York décide au plus grand bonheur de sa mère(la grande Margaret Wycherly, actrice de théatre qui incarne la mère de famille dans les Raisins de la Colère de John Ford) de se tourner vers la religion et le ranching. Mais d'un autre coté, Alvin est un tireur exceptionnel, meme si la religion le conditionne à ne pas aimer les armes. C'est d'ailleurs la religion qui sera problématique, lorsqu'il sera appelé pour aller se battre en France. La religion lui interdit de tuer son prochain, précepte qu'Alvin suit à la lettre, donc il ne peut pas se battre.
Mais lorsque sa vie sera en jeu, ainsi que celles de ses frères d'arme, Alvin passera outre.
Un film d'une richesse aussi bien en terme de mise en scène et d'interprétation que dans le message qu'il véhicule. Une réflexion sur la condition humaine, alors que la plus terrible des guerres vient d'être déclarée.
Hawks ne tombe jamais dans le manichéisme primaire et écervelé, et justement construit un film transcendé par mise en image joussive au possible. Je parle, en effet, de l'attaque des tranchées, qui est un grand moment de bravoure filmé à échelle humaine, en collant à son personnage. Un procédé qui sera repris par Kubrick dans Les sentiers de la Gloire. Sans parler de l'interprétation ... l'oscar de Cooper amplement mérité, mais aussi des seconds roles comme Walter Brennan en pasteur, ou encore le grand Ward Bond.
Film émouvant, héroique, intelligent, drole et extraoridinaire visuellement. Une somme cinématographique du genre! Un chef d'oeuvre absolu!
.... La suite très bientot !

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