Posté 03 décembre 2010 - 00:07
Soixante-treize ans après Blanche-Neige, les studios Disney renouent avec le conte de fée et les princesses pour leur cinquantième long-métrage d’animation. On se souvient tous de la période faste au début des années 90 durant laquelle les productions Disney renaissaient de leurs cendres avec de grands succès aussi bien critiques que commerciaux tels que La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladdin et Le Roi Lion, grâce à, entre autre, la direction de Jeffrey Katzenberg, parti depuis fonder la société concurrente Dreamworks avec Steven Spielberg et David Geffen. On se souvient moins de la période qui suivit, et pour cause. Des tentatives de modernisation à la fois thématique via la science-fiction (Atlantide, La planète au trésor) ou technique avec l’utilisation de l’imagerie de synthèse (Dinosaure, Little Chicken) qui échouèrent lamentablement, rappelant la traversée du désert que subit le studio durant les années 80 et sa période « dark », la qualité artistique en moins.
Depuis, John Lasseter a intégré les bureaux de la direction et semble bien vouloir relancer la machine à rêve, avec pour principales directives le retour de l’adaptation de contes classiques et de l’animation dîtes traditionnelle, comme ce fut le cas l’année dernière avec La Princesse et la Grenouille. Ce dernier ne fut pourtant pas le succès tant attendu, allant même jusqu’à créer un effet de rejet de la part du studio pour les histoires de princesses, qui changea le titre de Rapunzel en Tangled, afin de brouiller les pistes aux Etats-Unis. Chez nous, c’est bien sous le titre de Raiponce qu’il sort, sans doute parce qu’ Emmêlé n’était pas un titre vendeur. Quoiqu’il en soit, Raiponce sonne-t-il le grand retour de Disney, telle est la question…(Elle était facile, celle-là).
Lorsque Flynn Rider, le bandit le plus recherché du royaume, se réfugie dans une mystérieuse tour, il se retrouve pris en otage par Raiponce, une belle et téméraire jeune fille à l’impressionnante chevelure de 20 mètres de long, gardée prisonnière par Mère Gothel. L’étonnante geôlière de Flynn cherche un moyen de sortir de cette tour où elle est enfermée depuis des années. Elle passe alors un accord avec le séduisant brigand…
L’adaptation du célèbre conte des frères Grimm, Rapunzel, est un projet qui remonte à Walt Disney lui-même. Est-ce la noirceur de l’œuvre originale ou le fait que la majeure partie de l’histoire se passe dans une tour qui a mis un frein au développement, nul ne le sait. En tout cas, l’idée reste dans les tiroirs jusqu’au XXIème siècle. Glen Keane, à qui l’on doit notamment le design et l’animation d’Ariel, Aladdin, la Bête, Pocahontas et tant d’autres, s’en voit offrir la réalisation. Il désirait s’inspirer des peintures de Jean-Honoré Fragonard dans un mélange de 2D et de 3D, malheureusement pour des raisons de santé il dut laisser sa place. Du coup, c’est le jeune Byron Howard qui doit recoller les morceaux en urgence, ce qui devient une habitude pour lui puisqu’il avait déjà remplacé au pied levé le réalisateur initial de Volt sorti en 2008. Seulement deux ans pour réaliser un nouveau long-métrage d’animation, même s’il faut compter des années et des années de production-hell, ça fait court, et ça n’était pas de bonne augure. Au final, cet empressement imprègne le film et lui apporte une spontanéité et une fraicheur que l’on n’attendait pas, ou plus. Fusion parfaite entre l’esprit Disney et Pixar, Raiponce s’avère être le meilleur représentant du concept du conte de fée moderne et le plus grand film du studio depuis fort fort longtemps.
Pourtant, la trame est on ne peut plus classique. Une jeune fille rêvant de liberté, un vaurien charmeur, une marâtre castratrice, une love story, des chansons, un happy end, n’importe qui pourra remplir les trous. Un défaut qui est aussi une des forces du film, car bien consciente qu’elle ne réinvente pas la roue, l’équipe traite l’histoire avec un premier degré et une légèreté qui vont de pair. On est bien loin du côté « petit malin » des Shrek qui jouent la carte du cynisme à grands coups de références datées et d’humour scato, pour finalement se conclure dans une niaiserie guimauve jamais vu même chez Disney. Ici, on sent du respect pour ce qui est raconté, et en plus c’est vraiment drôle sans tomber dans la facilité et la vulgarité. Outre les deux personnages principaux rapidement très attachants grâce, notamment, aux performances de Mandy Moore et Zachary Levy, on retrouve les sempiternels sidekicks animaliers de service. Sauf que pour une fois, ils sont fortement réussis, que ce soit Pascal le caméléon bodygard de Raiponce ou Maximus le cheval policier, chacune de leurs apparitions vaut son pesant de cacahuètes. La raison est toute simple, plutôt que de nous refourguer ad vitam des animaux qui parlent horripilants comme ce fut le cas dans La Princesse et la Grenouille, ici tout se joue sur les expressions, les mimiques, les attitudes, comme dans un bon vieux dessin animé de Chuck Jones. Le film a beau se vouloir décalé, fun et pop, il n’en oublie pas la carte de l’émotion. Tout d’abord avec la relation conflictuelle entre la Mère Gothel, geôlière narcissique et manipulatrice, et Raiponce, puis évidemment la romance avec Flynn qui, là aussi, fonctionne en évitant de justesse la mièvrerie.
Techniquement, c’est un sans faute. On sent la patte de Glen Keane, qui malgré tout est resté directeur de l’animation sur le projet, et dont le style a été sublimement transposé en 3D. A vrai dire, Raiponce ressemble à s’y méprendre à un film en animation traditionnelle, aussi bien dans ses décors extrêmement colorés de toute beauté, que dans le design des protagonistes et leur animation parfaitement fluide. Un régal pour les yeux. Malgré un budget restreint comparé à ceux des Pixar, le film tente tout de même quelques séquences complexes telles qu’une poursuite dans un barrage, fort plaisante mais malheureusement trop courte. Qu’à cela ne tienne, le montage global est assez énergique pour nous tenir en haleine toute la durée du film, même si l’acte final aurait mérité d’être plus impressionnant ou développé.
Niveau musique, on retrouve ce bon vieux Alan Menken qui est un peu la poule aux œufs d’or pour Disney avec ses huit oscars remportés de 1989 (La Petite Sirène) à 1995 (Pocahontas), même s’il faut avouer qu’il n’a plus trop la patate depuis le décès de son acolyte Howard Ashman. Moins classique, plus pop, à l’image du film, son score pour Raiponce ne lui fera certainement pas gagner un neuvième presse-papier doré mais n’en est pas pour autant désagréable. On retiendra essentiellement la chanson des brigands de la taverne, drôle, enjouée, et entêtante ainsi qu’un morceau non-chanté, mais monté comme un passage musical dans le film, à forte consonance celtique.
Après la déception de La Princesse et la Grenouille, les studios Disney commencent enfin à voir le bout du tunnel grâce à Raiponce. S’imposant comme l’anti-Shrek par excellence, le film de Byron Howard et Nathan Greno dépoussière le conte de fée avec une efficacité folle, tout en en respectant les codes. Mignon, drôle et rythmé, sans pour autant être à la hauteur des grands classiques intemporels qu’il nous a offert par le passé, Raiponce est une promesse de jours meilleurs pour le célèbre studio.