Mad Movies: The Tree of Life - Terrence Malick (2011) - Mad Movies

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The Tree of Life - Terrence Malick (2011) Palme d'or 2011

#631 L'utilisateur est hors-ligne   Takeshiro 

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Posté 11 juin 2011 - 11:03

Par mauvaise foi? Cynisme? Anyone?

#632 L'utilisateur est hors-ligne   vaughan 

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Posté 11 juin 2011 - 11:14

Ben le souci avec Malick comme Tarkovski c'est que devant le flux d'images qu'ils diffusent dans leurs essais les moins narratifs (les deux derniers Tarkovski et les 3 derniers Malick), c'est qu'il y a tant d'images de partout que le sens ne peut pas percer chacune d'entre elle.

Et aussi non, l'esthétique pub dans son ambition cosmogénique a forcément à voir avec Dieu (la métaphysique, je sais pas, c'est comme pour les deux zozios), suffit de voir les pubs en général (eden de cacharel, le fruit défendu etc) c'est logique d'ailleurs.

Seul le nom des cinéastes donnent parfois du sens aux images à mon avis dans les opus des deux. Le vent qui passe dans les champs, ça peut fonctionner une fois ou deux mais pas sur tout un film.
Je trouve que la fameuse étiquette sensorielle qu'on colle à certains films est un cache misère, surtout dès qu'on touche à la philosophie de bazar. Les films censément existenlio machin ces dernières années m'ont bien saoulé, de Honor de Cavallera aux derniers Malick avec cet écueil de la belle nature rappelant effectivement la majestuosité de la Russie de Tarkovski, une terre sauvage et pleine de mystères (par Cacharel).

Je dis pas qu'une image de la Nature (enfin le phénomène pour arriver au plus grand quoi) c'est infilmable, mais encore faut il la penser un minimum et pas considérer que c'est un acquis. Y a des films très chiant de Godard (avec la mer/mère/l'origine de la vie sur Terre, enfin des trucs à la Godard 80's) qui expriment en 5 minutes ce que Malick dit mal en 30 (ce qui n'en fait pas de meilleurs films par contre :mellow:)
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#633 L'utilisateur est hors-ligne   deadstar44 

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Posté 11 juin 2011 - 11:32

Citation

Et aussi non, l'esthétique pub dans son ambition cosmogénique a forcément à voir avec Dieu (la métaphysique, je sais pas, c'est comme pour les deux zozios), suffit de voir les pubs en général (eden de cacharel, le fruit défendu etc) c'est logique d'ailleurs.


"cosmogonique", parce que sinon tu parles de chimie. :sweat:


Bah sinon faut savoir, c'est juste "pour faire joli" la pub ou pas?

Tu glisses d'"absence de sens à la manière d'une pub" à "sens concon de bazar". Tout en disant qu'en fait dans une pub, il y a des ambitions cosmogoniques donc du sens et que chez Malick le sens est tellement abscons et chiant qu'on peut douter qu'il y en ait un. C'est un brin confus.
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#634 L'utilisateur est hors-ligne   vaughan 

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Posté 11 juin 2011 - 11:57

Voir le messagedeadstar44, le 11 juin 2011 - 11:32 , dit :

Citation

Et aussi non, l'esthétique pub dans son ambition cosmogénique a forcément à voir avec Dieu (la métaphysique, je sais pas, c'est comme pour les deux zozios), suffit de voir les pubs en général (eden de cacharel, le fruit défendu etc) c'est logique d'ailleurs.


"cosmogonique", parce que sinon tu parles de chimie. :sweat:


Bah sinon faut savoir, c'est juste "pour faire joli" la pub ou pas?

Tu glisses d'"absence de sens à la manière d'une pub" à "sens concon de bazar". Tout en disant qu'en fait dans une pub, il y a des ambitions cosmogoniques donc du sens et que chez Malick le sens est tellement abscons et chiant qu'on peut douter qu'il y en ait un. C'est un brin confus.


Quand je disais joli, c'était pour vulgariser. Si tu préfères, l'image de pub, c'est un signe qui se suffit à lui même, où le signifié le signifiant se rencontrent totalement, (donc un signe parfait en quelques sortes) tu préfères?
Quand je parle d'absence de sens aussi. Bien sûr qu'il y a du sens même dans une pub. Mais il est cannibalisé par le signe. On en revient toujours à ça à la fin (d'ailleurs je terminais par ça dans mon message, avec la bouteille de parfum... )
Chez Malick, il y a effectivement une quête d'une image de la Nature qui se suffirait à elle même (mais il en met 30 minutes), et du coup, il rejoint une visée publicitaire par moments, c'est à dire que ses images paraissent très unilatérales, même dans leur déploiement symbolique.

Le coup de la nature, c'est pas tellement que c'est concon, c'est que c'est un lieu commun. Les raccourcis philo ciné, j'en parlais avant, j'y crois pas trop car la philo est quand même conditionnée par le langage et en transcrire des pensées par l'image, je suis pas persuadé que ça fonctionne. Puis c'est pas tant le procédé que l'abus de celui ci qui me perturbe. Ou la façon de le penser dans le film. Ce qui est concon, c'est de reposer sur ce procédé, pas de l'exploiter. Après, je trouve que Malick le magnifie peut être, mais il en dit rien.
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#635 L'utilisateur est hors-ligne   Angelheart 

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Posté 11 juin 2011 - 15:06

Voir le messageEvil Seb, le 11 juin 2011 - 10:03 , dit :

"TREE OF LIFE: réservé aux cinéphiles connaisseurs."


Il semblerait... Mais pas juste connaisseur en cinéma... En bon goût, en philosophie, en vie en général.


:mellow: (Je suis admiratif)

#636 L'utilisateur est hors-ligne   WeirdLittleMan 

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Posté 11 juin 2011 - 18:23

"Chez Malick, il y a effectivement une quête d'une image de la Nature qui se suffirait à elle même"

Ben justement, ce qui me touche dans son cinéma, c'est au contraire toute l'interaction qu'il propose entre la Nature, l'Homme et le Mystique. Tu en parles comme d'un circuit fermé alors que qu'au contraire il ouvre grand les portes des possibilités de réflexion,de sensibilité et de spiritualité sur la vie. Je sais pas, mais son choix de montage, de narration, de musique, de réalisation participe à donner un fond crédible et valable à ne pas balayer sous prétexte que ça ressemble à une publicité d'assurance. :ninja:
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#637 L'utilisateur est hors-ligne   Diane 

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Posté 11 juin 2011 - 22:20

Voir le messagevaughan, le 11 juin 2011 - 11:57 , dit :

Chez Malick, il y a effectivement une quête d'une image de la Nature qui se suffirait à elle même (mais il en met 30 minutes), et du coup, il rejoint une visée publicitaire par moments, c'est à dire que ses images paraissent très unilatérales, même dans leur déploiement symbolique.

Le coup de la nature, c'est pas tellement que c'est concon, c'est que c'est un lieu commun.


Cela part pourtant d'un parti pris simple qui n'a rien à voir avec l'éloquence à proprement parler : Malick considère certainement que la nature n'est pas vue à sa juste valeur depuis longtemps (en gros depuis que l'homme s'en est détachée pour la transformer en produit et en ravitailleur qu'il utilise, et duquel, d'ailleurs, il a peur en même temps à cause d'une certaine ignorance), du coup j'ai pas compris qu'il filmait Dame Nature pour montrer qu'elle se suffit à elle-même, mais au contraire pour montrer qu'elle est le contexte, la substance qui produit au final la vie de la famille de Brad Pitt et que l'un ne va pas sans l'autre. Ce qui est tout de même très différent comme angle de perspective que de considérer que Malick filme ça pour simplement observer les alentours du monde.
Please explain to me the scientific nature of the "whammy".

#638 L'utilisateur est hors-ligne   vaughan 

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Posté 12 juin 2011 - 01:21

Voir le messageDiane, le 11 juin 2011 - 22:20 , dit :

Cela part pourtant d'un parti pris simple qui n'a rien à voir avec l'éloquence à proprement parler : Malick considère certainement que la nature n'est pas vue à sa juste valeur depuis longtemps (en gros depuis que l'homme s'en est détachée pour la transformer en produit et en ravitailleur qu'il utilise, et duquel, d'ailleurs, il a peur en même temps à cause d'une certaine ignorance), du coup j'ai pas compris qu'il filmait Dame Nature pour montrer qu'elle se suffit à elle-même, mais au contraire pour montrer qu'elle est le contexte, la substance qui produit au final la vie de la famille de Brad Pitt et que l'un ne va pas sans l'autre. Ce qui est tout de même très différent comme angle de perspective que de considérer que Malick filme ça pour simplement observer les alentours du monde.

Ah, la phrase devait pas vraiment être comprise comme 'Nature qui se suffit à elle même", mais comme "image qui se suffit à elle même" prenant comme cadre la Nature. C'est la recherche de l'image première, de celle dont découlent les autres.
Comme Godard qui procède de façon analogue dans sa quête de l'image première, pour laquelle il revient à l'eau.
Sauf que chez Godard c'est porté par un discours explicite tandis que Malick essaie de passer ça que par l'image. Et il prend beaucoup de temps.
On peut considérer que film se veut plus sensitif (:wallbash:) qu'une réflexion, dans tous les cas les images sont interprétables à tort et à raison, les liens aussi. En fait, la seule réflexion que le film pose à ce niveau c'est qu'effectivement les deux coexistent.
On peut y voir une richesse d'interprétation.
On peut aussi regretter que ça ne produise pas tant de sens que ça, que ça illustre une réflexion plutôt qu'autre chose, qu'il n y a pas de réelle progression de la pensée jusqu'au final, qui est si clair que personne n'y porte le même sens.
Moi je vois des jolies images, je vois leur ambition aussi, d'ailleurs, je ne finis par voir que ça. Puisque tout renvoie au global, au tout, l'homme, la nature, le monde, le cosmos, puisque tout est lié de façon assez informe il faut le dire, j'ai l'impression d'assister à une répétition de la même chose pendant deux heures.
Quand je parle d'un truc publicitaire, c'est qu'effectivement, un slogan pourarit apparaitre à tout moments sur les images.
Après je comprends rien d 'autre à ce que dit le film
peut être car je suis un affreux cynique.
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#639 L'utilisateur est hors-ligne   OrsonZ 

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Posté 13 juin 2011 - 19:07

Voir le messageThe X Phil, le 17 mai 2011 - 23:33 , dit :

Heuuuuuu...

Voila.

Ça,
C'est fait...

[NdOZ: j'pense presque tout pareil]

Note = Entre 12, voire 15 ou même 50/6 par moments, et -10 à d'autres.

Voilà, la même, à la différence près que je peux lui mettre une note. Oui, M'sieurs, Dames: 3/6

EDIT: j'oubliais.
La messe aura lieu ce soir à 20h à l’église Ste Herta.

EDIT²: soyons sérieux deux minutes.
J'ai adoré toute la partie famille qui réserve son lot de scènes vraiment émouvantes. La larmichette n'était jamais loin.
Mais putain, la partie création du monde est un hors-sujet à mes yeux qui plombe d'une manière assez spectaculaire le film.
Vraiment dommage.
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darklinux dit :

Rien a dire ...au contraire


#640 L'utilisateur est hors-ligne   Dark_Phoenix 

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Posté 14 juin 2011 - 03:35

Mais je m'en doutais que ce serait différent... Tout le monde dans mon entourage m'a dit que c'était une daube, ni fait ni à faire, qu'on comprenait rien, que c'était parfois un grand mix entre Jurassic park (non mais faut foutre un dinosaure et on te sort jurassic park), Avatar (?), 2001 (discutable), etc, mais je ne voulais pas y croire, "Le nouveau monde" était mon film préféré de 2006 et Days of Heaven est un des plus beaux films que j'ai pu voir sur le plan visuel.

Bon je peux comprendre un truc que m'a sorti un pote "c'est le genre de film où les gens vont te dire "c'est génial chef d'oeuvre!" mais où ils savent pas pourquoi, on comprend rien".

J'avoue que le palme, les notes & tout ce bordel me gonfle, mais là, quand on est devant un film de ce calibre, ce n'est même plus un film, ce n'est plus quelque chose qui existe réellement en tant que film qu'on va acheter en dvd/blu-ray ce que vous voulez, ce n'est pas un "produit" critiquable, c'est enfin ce genre de réflexion ou miroir que j'espérais voir au cinéma. Les 40 premières minutes du film, ce sont des choses auxquelles je pense quasi tous les jours, ce boulot de relativisation par rapport à l'ensemble des mondes, de l'univers, le non sens de vous écrire en ce moment sur un forum par rapport aux millions d'autres trucs que je pourrais faire, c'est énorme de voir quelqu'un l'exprimer en images, sans dialogues. Je ne sais pas comment on peut penser à un hors-sujet tellement le propos est limpide et vrai.
On est rien du tout face à ça, et là c'est pas juste l'oeuvre, le film dont je parle, mais le miroir sur le monde qu'est ce Tree of Life. Ca ne sert à rien de faire une critique de ce film, c'est inutile de dire "c'est nul", "c'est génial, quel chef d'oeuvre", il faut juste aller le voir, ce qu'on peut en tirer dépend vraiment de la façon qu'on a de voir le monde (au jour le jour? N'allez pas voir ce film. Pour les autres, ça peut vous intéresser selon votre degré de relativisation) et peut être important pour vous.

Je pense que le monde a besoin de ce genre de films. Et de plus de Scott Pilgrims aussi.
Nobody. I'm nobody.

#641 L'utilisateur est hors-ligne   fugazi 

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Posté 14 juin 2011 - 07:23

tout à fait d'accord avec le dernier post, ce film ne rentre dans aucun critère normatif pour être enfermé dans un "j'aime j'aime pas" c'est un miroir, ou celui qui le regarde peut y projeter ce qu'il porte en lui. Il est à la fois très humain, philosophique, et tout à fait autre chose. Vouloir le décortiquer et l'analyser... j'adore la ligne rouge mais là je ne peux pas dire que j'ai aimé ou pas aimé, ce que je peux dire c'est que des plans, des sensations, des réflexions me reviennent souvent à l'esprit, qu'il me travaille de l'intérieur et ce genre de chose n'arrive pas souvent. Là on est devant un "objet", non identifié parce que c'est nous, nous sommes l'arbre de vie qui se contemple ou se voit à travers ces images, ces sons... pas le temps d'aller plus loin pour le moment et les notes tout ça on s'en branle.

#642 L'utilisateur est hors-ligne   Bruttenholm 

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Posté 14 juin 2011 - 07:42

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#643 L'utilisateur est hors-ligne   Weng Weng 

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Posté 14 juin 2011 - 17:36

Ok ok Terrence Malick nous fait nous questionner sur nos goûts. Mais n'empêche que jamais il passionne. Avec l'heure de scènes coupées en plus, j'aurais peut-être un avis différent.
...

#644 L'utilisateur est hors-ligne   Gatsu 

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Posté 16 juin 2011 - 19:40



#645 L'utilisateur est hors-ligne   Orange Verte 

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Posté 17 juin 2011 - 15:48

Je réagis très peu sur le forum (mais je le lis beaucoup), mais je me sens obligé de réagir, vu que The Tree of Life est un film fascinant pour quiconque s'intéresse un peu au cinéma de Malick, car c'est un réceptacle total de ses obsessions, personnelles ou théoriques. Ecrire une critique du film est probablement un exercice vain. On se retrouve le plus souvent confronté à deux types d'approche. Dans un premier cas à des analyses froides tentant de disséquer chaque élément du film indépendamment, reliant chaque élément à un discours philosophique particulier. La logique contraire défend l'idée que la nature poétique de l'oeuvre empêche toute analyse sérieuse. C'est oublier un peu rapidement Lucrèce ou Nietzsche pour qui la prose, pouvait n'être qu'un réceptacle poétique à une véritable élaboration philosophique. Les deux techniques (dans leurs absolus respectifs) sont à proscrire, l'une vidant le film de son penchant poétique, et de son sensualisme, tandis que l'autre renie la véritable profondeurs des choix du réalisateur, l'existence d'un propos et d'une construction au film. Sans aller jusqu'au décryptage d'un discours fantasmé, il semble possible de tracer une voie médiane entre les deux approches.

On ne possède peut être pas toutes les clefs du film si on ne saisit pas que Tree of Life est en grande partie auto biographique. Malick ayant perdu un frère dans sa jeunesse, ayant eu une relation compliquée avec son père, etc. Autant de structures, de figures, de symboles qui reviennent tout au long du film. On compare beaucoup le film avec 2001, et on a probablement raison de le faire dans son ambition première, mais le résultat et les conclusions sont complètement différentes. L'oeuvre a bien plus à voir avec Le Miroir de Tarkovski (qui est presque cité explicitement) comme symbole d'un moment de retour sur le passé, d'un auteur sur lui même. Se mettant en scène, lui, son enfance et son environnement. L'univers qui l'a produit, non pas pour s'expliquer, pour analyser sa propre oeuvre, mais en tirer le plus pur, le plus simple et l'essence vitale qui irrigue le reste de l'oeuvre. Dans le film, le retour sur soit est aussi celui de l'humanité toute entière. Le projet du film sur le papier et dans les premières minutes semble clair : Retour sur soi personnel, et celui de l'humanité entière. Pas nécessairement comme une mise à distance, mais comme symbole de l'éternel retour des choses, du cycle et de l'équilibre entre vie et mort. Entre Nature et Grâce, et le cheminement pour que les deux ne fassent plus qu'un.

On qualifie souvent dans les quelques rares analyses, le réalisateur de cinéaste / philosophe, ou cinéaste / poète. Dans le premier cas, on rapproche son propos à principalement deux personnes : Heidegger (pour le rapport homme/nature) et Rousseau (pour le retour à l'état naturel). Pour la poésie, on le rapproche parfois dans ses thématiques à Rimbaud (pour la pulsion de vie/mort notamment) ou diverses influences picturales (principalement la Renaissance). On sait aussi que c'est un épiscopalien, qui a étudié dans un établissement catholique. Une seule chose transparait clairement dans chacun de ses personnages, dans sa mise en scène et qui semble irrécusable : Son transcendantalisme. Malick ne se retrouve pas dans un dieu monothéiste auquel on associe un dogme. Il cherche la présence divine dans chaque manifestation de la nature. Le chemin emprunté est immanent et pas transcendant, les symboles religieux n'offrant qu'une illustration de la 'question sans réponse' que constitue une foi vidé de tout matérialisme -de tout rapport avec le réel- illustré dans le métrage par les interrogations permanentes des personnages, interpellant directement le ciel dans des prières qui restent silencieuses.

Pulsions de vie et pulsions de mort animent les personnages et qu'il met en scène sous la forme d'une didactique interne. Les idées s'affrontent, se mélangent pour constituer un tout inséparable. Pour être plus concret, le métrage n'est pas un discours philosophique constant, lorsqu'un personnage s'exprime, s'interroge ou offre sa vérité, ce n'est pas nécessairement celle du réalisateur. D'ou la présentation théorique de la subjectivité dans le film même. Le père, la Mère, les enfants… Il ne faut pas refuser aux personnages leurs valeurs symboliques. Mais le symbole ne doit pas prendre le pas sur les complexités internes qui les animent. Elle ne doit pas avoir valeur de simplification. Un exemple ? Le personnage de la mère totalement déifié comme représentante de la grâce dans les yeux du fils. On fissure cependant cette représentation à l'intérieur même d'une séquence, lorsque la mère évoque son souvenir avant la naissance des enfants. Instant de plénitude et de bonheur total pour elle, lors d'un vol en avion au dessus des champs. Celle-ci a donc eu une existence et une réalité avant d'être Mère. Un passé ou le bonheur était tout aussi possible.

On parle de film évangéliste, de prêche etc. Le film ne fait que montrer des personnages en quête d'un absolu, d'un ailleurs, ou tout au moins, s'interrogeant sur celui-ci en le prenant à témoin directement. Croire cela, c'est ne pas comprendre le personnage du père par exemple, moraliste croyant, dont la stature ne cesse de se faire bousculer. Chez Malick, pas de transcendance, mais la mise en image d'une quête éternelle à sa recherche. Les deux concepts principaux -Nature et Grâce- sont trompeurs, car ils ne s'affrontent que dans l'esprit des personnages associé (comme dit dans le film) à la vision archètypale Chrétienne qui dresse une frontière et une limite claire entre ce qui relève de l'humain et du non-humain, des dépositaires de dieu et des autres, du bien et du mal… de la grâce et de la nature. A une recherche 'hors de soit' il oppose 'une réponse en nous'. Immanence et pas transcendance aussi dans la séquence finale, fin du chemin de croix du personnage principale et réconciliation intérieure avec lui même et son passé, sa famille, dans un au delà symbolique, fragment de son esprit. Tantôt désert sans fin propice à l'errance, tantôt paradis intérieur ou règne la paix. Comme autant des forces contraires qui nous animent.

Il existe cependant une véritable dichotomie dans le film. Dépeignant à la fois le vide de l'existence en la mettant en perspective avec l'évolution globale de l'univers, la naissance du cosmos….tout en célébrant dans un même mouvement la toute puissance de la vie. Son importance en toute chose. On touche ici à la fois à la nature déiste et panthéiste du film. Malick prêche, mais pour une seule chose, : l'acceptation. L'amor Fati, l'amour du destin et des choses telles qu'elles sont. Non pas en cherchant désespérément la grâce à tout prix (le père), mais en vivant pour voir la beauté simple des choses qui nous entourent (symbiose de la manifestation de la nature et du divin). Avant de vouloir lui trouver des filiations philosophiques à tout va, Malick est surtout un vitaliste, qui relie tous ses personnages, ses mouvements, sa musique à un élan primaire dans lequel il semble puiser sa foi, qu'il nomme tantôt nature, tantôt grâce. Le film s'ouvre sur le 'Funeral Canticle' de Taverner, dont la tristesse et la mélancolie irrigue le reste du film. Le morceau est symbolique de la démarche du film et de la transformation de la douleur en douceur. Une douleur personnelle marquée du sceau du deuil. Toute la proposition personnelle du réalisateur se retrouve ici, puisant en filigrane sur la disparition de son propre frère, mais subliminée et élargie à un discours universel. La musique dans le film accompagne le flot constant d'image, et participe à la création de ce kaléidoscope sensitif.

Malick pousse dans la mise en scène du film son système de réalisation à son maximum. Les prémices et les expérimentations de ces précédents films sont ici poussé à leur paroxysme. Il exploite et épuise ses techniques jusqu'au bout, de la première à la dernière image. Badlands et les Moissons du ciel avait un classicisme formel, le style Malickien fonctionnant plus sous forme de fulgurance formelle, de point d'exclamation dans le déroulé du film. 'La Ligne Rouge' et 'Le Nouveau monde' montrait des signes d'une volonté libératrice de la caméra et du montage. Tout d'abord, la libération de la caméra pour lui permettre de vaguer là ou elle le souhaite et toucher à une part plus sensible des personnages. En s'immisçant dans leurs esprits, leurs pensées par exemple. 'Le nouveau Monde' avait marqué un tournant avec une première radicalisation de ses méthodes de travail, en explosant de plus en plus les séquences, en pratiquant la mini ellipse constamment pour créer un flot d'image plutôt qu'une mise en scène trop didactique et informative.

Le rythme est faussement lent et contemplatif, il favorise surtout l'évocation et la fulgurante. On peut essayer de rapprocher son sens de l'image (parfois même subliminal), de la peinture Asiatique et du Haïku, qui tire la force de sa précision dans la simplicité et la rapidité. Le travail et la collaboration de Lubezki sont essentiels, on le voyait déjà dans le making of du 'Nouveau monde'. Le réalisateur semblant laisser au chef opérateur une liberté de travail énorme dans ses cadrages. On connait peu de chose des méthodes du réalisateur sur le tournage, si ce n'est qu'il prend un temps de réflexion et de méditation presque chaque matin, écrit beaucoup et distribue ses 'pensées' du jour aux comédiens, leur donnant des indications sous forme poétique, improvisant énormément, tournant en petite équipe afin de laisser la plus grande liberté possible à chacun. Une technique de travail produisant une quantité de Rush invraisemblable, la musique guidant son montage. Le montage est le véritable espace de création pour Malick, tout au moins le véritable moment ou le film se crée (d'ou la durée improbable de la post production pour ses films). Il est l'endroit ou son style apparait le plus, se débarrassant des contraintes spatiales et cherchant avant tout une cohérence émotionnelle plutôt que formelle. D'ou les retournements d'axes, les basculements permanents, ou les ellipses.

The Tree of Life est donc de loin son film le plus personnel. Une oeuvre somme, un monde en soit, refermé sous la forme d'un poème. Quelque chose de définitif et de radical, provenant de la part la plus sensible de son auteur, prenant au passage le risque d'être hermétique. Le film semble provenir d'une nécessité de création plus qu'une envie. Une pierre angulaire qui fait entrer ses autres films en résonance. Un geste libre, de cinéma décomplexé, de création totale.

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