Mad Movies: Industrie culturelle (match p2p VS Majors/Minors inside) - Mad Movies

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Industrie culturelle (match p2p VS Majors/Minors inside) DADSVI, HADOPI, DTC - Downloading is the ultimate EVIL

#1 L'utilisateur est hors-ligne   Corenaïr 

  • Barton Sink
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Posté 18 mai 2006 - 21:17

Je ne sais pas trop dans quel forum mettre ça, mais bon j'aimerai avoir vos réactions sur ce mini mémoire que j'ai recomposé en catastrophe cet après-midi après avoir perdu la version originale.

Suis je partie en live ? le style rappelle une rédaction de 4° essayant d'imiter Bernard Werber  ? à vous de juger ...

L’industrie culturelle à l’heure d’Internet

Introduction




Industrie culturelle. Quand on y pense, l’expression est quelques peu redondante. En effet, industrie au sens premier du terme, désigne l’ensemble des activités humaines, tandis que culture signifie « l’ensemble des comportements (c’est-à-dire des types d’activités) acquis du fait du milieu social ». (On s’intéressera ici à l’aspect artistique de la culture). Ce pléonasme, si il est mineur, trouve toutefois un écho intéressant dans l’Ouroboros que subit actuellement l’industrie culturelle au niveau économique, mais aussi et surtout artistique. En témoigne la grave crise que traverse actuellement le marché du cd, laquelle doit son existence sous sa forme actuelle et ses difficultés récente à un seul et même facteur, le développement des Nouvelles Technologies ou Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) : le serpent se mort la queue. À peine un demi siècle après son explosion, la culture de masse se voit déjà gravement remise en question par le système de téléchargement Peer to peer qui permet à ses utilisateurs d’obtenir les produits des grandes firmes gratuitement .

Mais le phénomène des téléchargements gratuits est il le résultat inévitable du mariage entre culture populaire et avancement technologique ? Ou touche t’il à quelques chose de plus global ? Et surtout : remet il vraiment en cause l’avenir des industries culturelles ?

Dans le but d’éclaircir ces points –ceci bien sûr dans la limite de nos capacités-il convient tout d’abord de bien identifier les acteurs de ce conflit, ainsi que la nature de leurs affrontement :


Les Forces en Présence

Les deux camps semblent faits pour s’affronter : nous avons d’un coté un nombre réduit de multinationales engrangeant de bénéfices énormes, de l’autre des millions d’utilisateurs de Peer to Peer rassemblés par un système basé sur le partage plutôt que sur le profit …

        À l’origine, le terme « major » désigne les 4 firmes se partageant l’essentiel du marché du cd. Par extension, il désigne également les multinationales participant à un système d’oligopole, c'est-à-dire un marché où le nombre d’offreurs est très faible et le nombre de demandeurs très élevé.
Une des conséquences les plus connues de ce type de marché est l’interdépendance des produits et des modes de productions entre les concurrents. Alors que l’immense majorité de managers de multinationales est acquise aux théories économiques néo-classiques, leur comportement va à l’encontre deux des conditions de la sacro-sainte concurrence pure et parfaite : l’atomicité de l’offre (nombre élevé d’acheteurs et de vendeurs) et la libre entrée sur le marché. Les situations oligopolistiques présentent en effet d’importantes barrières à l’entrée.
Ainsi, le marché du cd est contrôlé à 97.7% par 4 majors EMI (19.1%), Sony-BMG (31.9%), Universal Music Group (35.5%) et Warner Music Group (11.2),
qui constituent le « Big Four ». (Chiffres 2001 tenant compte de l’acquisition de BMG par Sony la même année)
Ces groupes disposent d’une quantité imposante de labels, qui mettent à leur disposition un immense catalogue d’artistes.
- Columbia, Epic, Ariola pour Sony-BMG (Patrick Bruel, Dido, Whitney Houston, Avril Lavigne, Elvis, Britney Spears, Francis Cabrel, Céline Dion, Goldman, Michael Jackson, NTM, Shakira, Patricia Kaas, ....)
- Barclay, Universal Records et le mythique Motown pour Universal (Alizée, Beck, Mariah Carey, Mylène Farmer, Limp Bizkit, Dr Dre, Eminem, U2, No Doubt, Johnny Hallyday, Florent Pagny ….)
- EMI music, Blue Note, Virgin pour EMI (les Beatles, Blur, Manu Chao, Coldplay, Janet Jackson, Lenny Kravitz? Massive Attack, Radiohead, Kylie Minogue, Pink Floyd, Moby, Axelle Red, ....)
- Atlantic, Elektra, WB records, pour Warner ( Björk, Craig David, Linkin Park, Madonna, Metallica, REM, Missy Elliott, Red Hot Chili Peppers,...)
L’essentiel des produits vendus est constitué de variété française (29.6% des ventes en France) de Compilations et de Best Of (22.3%), d’albums de variété internationale (17.5%). Le reste (Jazz, Rap, Pop Rock, Classique, Techno, Blues..) ne représente que 30 % des ventes.
Le même phénomène est constaté dans le cas des « Big Six » : l’essentiel des productions est issu des studios 20th Century Fox, Buena Vista/Walt Disney Pictures, Paramount Pictures, Warner Bros Entertainement, Sony Pictures, NBC Universal. Les recette proviennent alors de l’exploitation des films en salle, de la vente de DVDs, mais aussi de la sous-traitance des licences pour les produits dérivés (Jeux Vidéo, Bandes Originales, T-shirts et autres goodies*). Il est intéressant de constater que l’oligopole s’étend sur l’ensemble du marché des produits culturels : on retrouve en effet les mêmes firmes sur le marché du cd , mais aussi des films.
Le cas des éditeurs de jeux vidéo (dont le chiffre d’affaire a dépassé celui du cinéma en salles avec 14 milliards dans le monde en 2005) est comparable :
10 éditeurs (Electronic Arts, Microsoft, Ubisoft, Activision, Atari, Sony, Nintendo …)  se partagent le marché mondial.
Les charges (et les recettes) se partagent de façon équivalente dans tous les domaines : 20 % pour le distributeur, 25 % affectée à la promotion, entre 10 et 25 % pour le développement (tournage, programmation, enregistrement, édition … selon le produit). Au final, l’auteur lui-même reçoit une faible part des profits, comme c’est souvent le cas de jeux vidéo (10% environ, source : forum JIRAF).
À leur sortie dans les bacs, les prix des produits s’échelonnent de la façon suivante : entre 20 et 25 euros pour un album, entre 22 et 30 euros pour un DVD (selon la version : en général simple ou collector), et entre 50 et 60 euros pour un jeu. Les ventes sont également caractérisées par le phénomène des « produits star » : dans le cas des majors du disque par exemple, chaque année, une demi-douzaine d’albums représentent plus de 60 % des ventes.
Un nombre réduit de distributeur allouant la majeure partie de leur ressources à un nombre réduit de produits, et donc de créateurs … le déséquilibre est inévitable.

         Le Peer to peer (ou pair à pair, ou encore P2P) est ses apôtres offrent un singulier contraste avec le système des majors. Les logiciels Peer to peer,  qui permettent de partager de nombreux types de fichiers sur le réseau (fichiers textes, son, vidéo, logiciels, images …) reposent en effet sur une galaxie d’utilisateurs peuvant à la fois downloader (télécharger des fichiers pour les enregistrer sur leur disque dur) et uploader (envoyer des fichiers se trouvant déjà sur son disque dur vers une tierce personne). En ce sens le système Peer to peer dispose d’autant d’offreurs que d’acheteurs … à ça près que son activité n’engrange ni bénéfice ni charge !
Tout comme l’édition à pris son essor grâce au développement de l’imprimerie, le P2P est un des nombreux rejeton du boom des NTIC dans les années 1990, et en particulier le haut débit sur Internet (c'est-à-dire le taux croissant de données téléchargeables dans un même laps de temps : là où une chanson de 5 min mettait plusieurs heure à être téléchargée il y a 5 ans, elle met  aujourd’hui moins d’une minute dans certains cas !)
Œuvre de Shawn Fanning, le premier logiciel P2P, Napster permet en 1 an à 23 millions de personnes de télécharger gratuitement de la musique.

Suite à la fermeture de Napster en 2002, de nombreux clones virent le jour, parmi lesquels Morpheus, Kazaa qui innovait par l’utilisation de serveurs décentralisés (permettant aux utilisateurs d’être reliés directement sans passer par un serveur central), et eDonkey, connu pour sa technologie de fractionnement des fichiers accélérant la vitesse de téléchargement. De nombreux autres logiciels s’inspirent de ces pionniers, tout en proposant des technologies anti-traçabilité, des protections contre les virus, la connexion sur plusieurs réseaux simultanément … Ils répondent aux noms de Shareazaa, Overnet, Grabit, eMule …

Si l’échange de fichiers par Internet est une technique datant d’avant
les années 80, les logiciels P2P rompent avec les anciennes techniques par leur extrême facilité d’utilisation : au moyen d’un sytème comparable à celui de n’importe quel moteur de recherche comme Google , un utilisateur n’a aucun mal à se procurer le film ou la chanson qu’il ou elle désire … et parfois avant même la sortie officielle du produit ! En 1999, Star Wars : The Fantom Menace de Georges Lucas inaugura ainsi bien malgré lui l’ère des téléchargements de films sur Internet.

Une fois enregistré sur le disque dur, un fichier est généralement mis à la disposition d’autres internautes : en quelques mois, un ordinateur personnel banal peut devenir une véritable médiathèque.
Il peut également être transmis à une clé USB, un baladeur Mp3 ou gravé sur un cd vierge : après avoir profité du développement du haut débit, le P2P peut également s’attribuer la santé du marché des équipements multimédia et des graveurs de Cds et DVDs ! Il est à noter toutefois que beaucoup d’internautes font usage du P2P à des fins de tests ; bien souvent, si les chansons ou le film téléchargée leur ont plu, ils en feront l’acquisition. Dans le cas contraire, le fichier subira le sort de 60 % (source ; sondage personnel et forum de discussion affiliés au P2P)  de ses frères : l’effacement. Il est amusant de noter que la plupart des fichiers concernés par cette mesure radicale sont …. les produits star.

Il est à l’heure actuelle bien difficile de chiffrer, plus encor identifier les utilisateurs de P2P, l’anonymat étant un des avantages offerts par celui-ci.
Sans compter que plusieurs dizaines de millions de personnes au moins sont concernées, et ce de façon souvent irrégulière, ce qui ne facilite pas le décompte. Il est cependant plausible que la plupart d’entre eux appartiennent à la génération ayant grandi avec les nouvelles technologies, ce qui range l’utilisateur type dans la branche des moins de 35 ans.


       Un an à peine après le lancement et le succès fulgurant de Napster, les majors et certains artistes déclaraient la guerre au P2P.Au vu des caractéristiques vues ci-dessus, il était à priori impossible que les deux camps deux camps puissent cohabiter …






La Bataille du Peer to Peer

La confrontation entre les Majors et la « galaxie » P2P est assimilable à un conflit généralisé : il se déroule à échelle mondiale, fait intervenir de plus en plus d’acteurs, d’analystes et de stratèges, et prends place à plusieurs niveaux différents ….

Il n’est en rien question d’assimiler les multinationales à des entités néfaste et caricaturales. Il est cependant aussi vain de nier les faits : une firme à pour but premier de réaliser des bénéfices, ceux-ci étant le résultat de la différence entre les charges et les recettes. Aussi, le P2P se révèle t’il (à priori) une calamité pour les majors (et pourtant, peu nombreux étaient les experts en économie qui auraient parié sur le P2P à son lancement). Les majors du disque se regroupèrent ainsi en comité, la RIAA (Recording Industry Association of America), puis passèrent à l’offensive : les usagers du P2P furent attaqués en justice comme pirates, et les majors parvinrent à mettre fin au fonctionnement de Napster … Pour se faire, ils utilisèrent une arme redoutable : le copyright, qui impose de demander à l’auteur d’un œuvre sa permission avant de la reproduire. En mettant à profit la propriété intellectuelle, les majors tentèrent d’assimiler le téléchargement au vol …
En s’attaquant aux créateurs des logiciels et à quelques utilisateurs identifiés, les majors marquèrent quelques points en infligeant parfois de lourdes amendes aux contrevenants.
Pour combattre le P2P, les majors mirent également au point des ripostes d’ordre techniques, telles que la diffusion de fichiers corrompus ou inutilisables, appelés fakes ou l’utilisation de serveurs espions qui permettaient d’identifier les utilisateurs se connectant à eux. Les majors tentèrent également d’enrayer la diffusion même des fichiers en cryptant leurs supports, pour les rendre impossible à reproduire, voire les rendre impossible à lire sur un pc ou un macintosh ! (ce qui portait atteinte au statut de plate forme multimédia d’un ordinateur)
Enfin, comprenant que les moyens juridiques et techniques étaient limités, les majors décidèrent de passer à des moyens moins coercitifs, entre autres l’instauration de plates-formes de téléchargement payantes, et une importante campagne de communication tournant autour de slogans du type : « le téléchargement, c’est le vol », « le téléchargement est mauvais pour la santé du cinéma » ou encore « le téléchargement gratuit est illégal et puni par la Justice ».

Mais toutes ces mesures se révélèrent impuissante à mettre fin aux téléchargements …


      Les défaillances des moyens de défense des majors furent toutefois vites découvertes par les défenseurs du Peer to peer ...  

Ainsi, de nombreux procès tournèrent au désavantage des majors, et ce pour une raison simple : la reproduction personnelle, à but non lucratif n’entre pas dans la sphère d’application du copyright, et ne constitue donc pas un délit. Or, les internautes mélomanes ou cinéphiles ne tirent aucun bénéfice de leur téléchargements. De plus, à l’origine, le ou les fichiers téléchargés proviennent d’un produit acheté légalement, mis à disposition du grand public de façon gracieuse, ce qui relève du don. Les majors tentèrent alors de faire changer la législation pour rendre le P2P illégal, mais en vain. Du moins aux Etats-Unis. Le P2P est devenu illégal …. en France, suite à la DAVDSI, qui pénalise les téléchargements d’une amende de 30 euros et le partage de fichiers d’une amende de 150 euros (et comme de par la nature du P2P, les téléchargements se font par le biais du partage …).
Des créateurs de logiciels peer to peer trouvèrent une alternative originale –et très efficace- à la confrontation juridique : ils imposèrent aux plaignants (le groupe Metallica) d’assigner en justice l’ensemble des pirates identifiés par leurs soins …. qui étaient au nombre de 300. Incapables de financer un tel nombre de procès, les plaignants baissèrent les bras.
L’exemple précédent révèle l’arme la plus importante de la « galaxie » des utilisateurs Peer to peer : leur solidarité, certes mais aussi leur nombre et leur gigantesque diversité.
De ce fait, dans beaucoup de logiciels les fichiers furent accompagnés de commentaires rédigés par les usagers permettant de repérer rapidement les fakes et autres fichiers dangereux.
Les protections cryptées furent une à une « craquées » par des myriades de hackers, au point que 3 jours après sa sortie sous forme protégée, un album était disponible gratuitement sur le réseau !
Les protections empêchant la lecture des CDs et DVDs sur ordinateur furent considérés comme des abus, et des association de protection des consommateurs se constituèrent partie civile contre les majors, qui durent supprimer ces protections.

Quand à la campagne de communication, elle se révéla tout aussi impuissante à enrayer les téléchargements gratuits. Nombreux furent ceux qui se moquèrent de la tentative des majors de poser leurs artistes-phares (pour la plupart richissimes) en victimes (un épisode du dessin animé South Park va dans ce sens).
Nombreux aussi sont ceux qui arguent que le P2P leur ouvre les portes d’un réservoir culturel plus varié et plus vaste et que cela ne devrait pas être onéreux.
Pour retourner le couteau dans la plaie, certains artistes se déclarèrent favorables au P2P, qui offrait aux moins rentables d’entre eux une promotion plus large que celle que leurs distributeurs leur accordaient.

Surclassées juridiquement et légalement, rendues pour beaucoup impopulaire, les majors semblent en bien mauvaise posture ….

La crise de la culture ?

À bien des aspects, les difficultés éprouvées par les majors sont les symptômes d’une crise plus globale, qui voit peut être l’émergence d’une société nouvelle.


Les conséquences économiques d’un oligopole sont bien connues. Mais quel effet a-t-il quand il concerne une industrie qui conçoit et produit des produits culturels comme on le ferait avec n’importe quel autre produit de grande consommation ?
Observons le catalogue de films, de musiques, de jeux proposés par les majors :
Bien souvent les produits se ressemblent. Les remakes ou l’exploitation d’une licence permettent aux studios de s’assurer des bénéfices minimums. Il en va de même pour les reprises de chansons ou sur le marché des jeux vidéo :
Les produits culturels sont sujet à des phases de conception comparables à celui d’un soda ou d’un bidon de lessive : ils passent par le filtre du marketing, sont désignés pour plaire à un panel étendu de consommateurs. Comme un soda ou un bidon de lessive, beaucoup d’artistes ont un cycle de vie et doivent se renouveler ou devenir obsolètes. On est déjà bien loin des préoccupations artistiques de bases. Surtout que dans leur logique économique, les majors
phagocytent le processus cratif et marginalisent les innovations : pourquoi créer un nouveau concept qui risque d’échouer commercialement alors qu’il est plus facile (et moins onéreux) de copier un produit concurrents ? (en témoignent les innombrables clones de Britney Spears ou encore la vague d’imitations qui a suivit le succès du film de voitures « 60 secondes chrono » )
Quand l’essentiel du budget d’un film ou d’un album est alloué à sa promotion, il est inévitable que l’aspect artistique en pâtisse …
Les films, les albums de rock ou de variété, même ces représentants d’une forme d’art naissante que sont les jeux vidéo sont désormais considérés comme des produits de grande consommation. Et comme des produits de grande consommation, ils ont souvent une durée de vie très courte : qui écoute encore les albums Star Academy de l’année précédente, ou regarde plusieurs fois Fast and Furious, Michel Vaillant, Torque, ou tout autre représentant des films issus de la vague de « films de voitures » ? Les études tendent à montrer que ces produits subissent un désintérêt aussi brusque que leur succès.

La culture populaire est naturellement sujette à la répétition : contrairement aux formes d’arts plus traditionnelles telles que la peinture, ou le théâtre, les arts populaires ne fondent pas leur valeur artistiques sur des objets ou des lieux et des occasions particulières : l’art populaire est immatériel et reproductible à l’infini sur une multitude supports différents. À ses débuts, il dépendait pour exister de corps sociaux organisés. Des imprimeries pour diffuser les livres de Léo Malet et les albums de Spirou, des grands labels pour mettre sous presse les vinyles des Rolling Stones, des studios pour produire tous les grands succès du cinéma des années 1900 à nos jours … Mais maintenant que les technologies sont suffisamment bon marché pour permettre à des amateurs de produire et diffuser leurs œuvres, le rôle des firmes de l’industrie culturelle n’est il pas légitimement remis en cause ? Le P2P, digne représentant de cette « démocratisation de l’art » se pose alors en héraut d’une fin de l’industrie culturelle qui devra s’adapter (si elle le peut) ou s'éteindre ...



Conclusion :

Le phénomène peer to peer relève à notre avis d’un changement de mentalité qui trouve son écho dans d’autre domaines, aussi bien le logiciel libre mis en danger par la loi DAVDSI que les médicaments génériques attaqués par les grands groupes pharmaceutiques ou le commerce équitable.
Incapables de lutter à armes égales contre le phénomène des téléchargements gratuits qui les surclasse dans tous les domaines où il a été attaqué, les majors de l’industrie culturelle se doivent de s’adapter si elles veulent survivre. Leur salut réside peut être dans la spécialisation dans la promotion des artistes ou dans l’application des méthodes du commerce équitable (suppression des intermédiaires inutiles entre les producteurs et les distributeurs, ce qui allège les coûts et assure un revenu décent aux premiers).
Quoiqu’il l’en soit il est évident que les majors ne peuvent lutter à armes égales contre le P2P, qui repose sur la gratuité et l’échange, et sur une communauté d’usagers vaste et diverse. Leur combat contre les téléchargements était voué à l’échec depuis le début …




Sources

Sites :

Wikipedia : www.wikipedia.fr
Le Figaro : www.lefigaro.fr
Freescape : www.freescape.eu.org
Le Monde : www.lemonde.fr
Jiraf : www.jiraf.org
Afjv : http://www.afjv.com/




Articles :

« CD, DVD les vertus du piratages privé » ALBERGANTI M, Cahier Français n° 312
« Un spectre hante le capitalisme : la gratuité » GIRAUD P, Le Monde 6 Mai 2004
« L’innovation peut elle sauver le disque ? » MASSON D, Stratégies n°1324
« Le droit d’auteur à l’épreuve » PIERRAT E  Cahier Français n° 312


#2 L'utilisateur est hors-ligne   Doc Savage 

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Posté 18 mai 2006 - 21:45

La question à se poser :
Internet a t'il fait baisser les ventes de CD/DVD/Jeux...
Réponse NON.

Chacun d'entre nous a un budget culture/loisirs (plus ou moins important selon chacun). Une fois payé le téléphone portable, les cigarettes et autres produits rigoureusement indispensables, il reste X (ou -X) euros à dépenser. Le vrai concurrent à ces Majors est le téléphone portable, gros consommateur de budget loisir.

Le P2P, me rappelle les K7 audio qu'on copiait ado de tout ce qui nous passait sous la main (Disco, Eurythmics...), mais cela ne nous empêchait pas d'acheter ce qui pour nous comptait vraiment (la BO des Blues Brothers).

#3 L'utilisateur est hors-ligne   CarboniZer 

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Posté 18 mai 2006 - 21:56

CITATION(Doc Savage)
Chacun d'entre nous a un budget culture/loisirs (plus ou moins important selon chacun). Une fois payé le téléphone portable, les cigarettes et autres produits rigoureusement indispensables, il reste X (ou -X) euros à dépenser. Le vrai concurrent à ces Majors est le téléphone portable, gros consommateur de budget loisir.


euh ca depends de qui hein,  perso le telephone il me sert a telephoner et c'est tout  :)

CITATION
Le P2P, me rappelle les K7 audio qu'on copiait ado de tout ce qui nous passait sous la main (Disco, Eurythmics...), mais cela ne nous empêchait pas d'acheter ce qui pour nous comptait vraiment (la BO des Blues Brothers).


oui d'accord, mais les proportions sont differentes, aujourdhui en 15 minutes on peut telecharger un film et 5 ou 6 albums.. A l'epoque de la k7, les copies se faisent largement moindres.
Sans compter la dematerialsation du support,bien sur ,mais qui passe par le gain de "place" et des espaces de stockages grandissants.

#4 L'utilisateur est hors-ligne   Corenaïr 

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Posté 18 mai 2006 - 22:02

Allons Doc, bien sûr que les ventes de cds ont baissé. C'est non seulement constaté, chiffres à l'appui ( et la baisse coincide avec l'explosion du peer to peer), mais c'est logique : pourquoi acheter un cd, ou un dvd alors qu'on a déjà à sa disposition un fichier équivalent ?
Parceque qu'on tient à rémunérer l'artiste si son travail nous a plus va tu me dire. Ou parceque l'objet officiel est quelque chose de plus que simplement le support de la musique ou du film.
Mais ce n'est pas le cas de la majorité des fichiers téléchargés sur le P2P.


#5 L'utilisateur est hors-ligne   Dirty Flichty 

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Posté 18 mai 2006 - 22:21

CITATION(Corenaïr)
Allons Doc, bien sûr que les ventes de cds ont baissé. C'est non seulement constaté, chiffres à l'appui ( et la baisse coincide avec l'explosion du peer to peer)

Justement ils me chiffonnent ces chiffres parce que j'ai souvent lu le contraire. Alors faudrait peut-être qu'ils se mettent d'accord.
C'est sûr que si c'est Vivendi qui fait les stats, c'est un peu faussé.

C'est pas vraiment en rapport sinon enfin si mais non, j'ai appris un truc il y a peu à propos de la SACEM. Pour le contexte, c'est par rapport à un gars à qui la SACEM réclame de l'argent pour l'organisation d'un concert dont les groupes n'y sont même pas inscrits.

CITATION
tu peux aussi leur expliquer que si jamais tu payes, cet argent serait donné en tant qu'irrépartissable (normal comme les groupes ne sont pas inscrit l'argent perçu ne serait donc attribuable à personne) et que tu n'as franchement pas envie d'engraisser un peu plus Goldmann, Obispo ou Barbelivien (l'argent irrépartissable est partagé entre tous les auteurs inscrits à la Sacem au % d'oeuvre déposées... et comme c'est grosso modo 5 personnes qui composent toute la variétoche française ça revient au 5 mêmes...)... c'est fou non ?

Ca me fait donc bien rire de voir que ce sont les gros artistes qui se plaignent le plus du soit-disant manque à gagner à cause du P2P alors qu'ils s'en mettent plein les poches sans rien foutre.
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#6 L'utilisateur est hors-ligne   Manolito 

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Posté 19 mai 2006 - 07:25

Pour la musique, c'est particulier. C'est clair que la très grande majorité des musiciens se rénumèrent sur les concerts, car ils ne touchent presque rien sur les disques, dont les revenus sont vampés par les maisons de disque et les circuits de distribution. Donc, pour eux, ils ont tout à gagner avec le téléchargement gratuit...

Pour les films, c'est plus compliqué. Si on ne va plus les voir en salles et on ne les achète plus, il y a un vrai manque à gagner pour la création. Il faut arrêter de faire de l'angélisme. Par exemple, en ce moment, beaucoup de vidéo-clubs connaissent des baisses de chiffre d'affaire et de location à deux chiffres, depuis deux années consécutives, ils ferment à tour de bras. il y a bien une raison. Il faut être logique, rien n'est gratuit.

Bien sur, il y a des parades techniques, ou du tout moins des parades qui cantoneraient l'usage du téléchargement illégal à une minorité relativement réduite de personnes capables de gérer des fichiers cryptés, etc... (cf. le Japon) Le problème actuel du p2p étant que n'importe qui peut utiliser ces logiciels sans compétence technique réellement développée. Moi, qui suis une brèle en informatique, je peux, donc, il y a un problème. Evidemment, il y a des dégats collatéraux : copies préviées, développement des logiciels libres... Mais sur tout ceux qui ont emule sur leur PC sur ce forum (et j'en fais partie), combien s'en servent pour faire du développelemnt de logiciel libre ?? Soyons sérieux !

Il faut mettre les fournisseurs d'accès français face à leurs responsabilités, c'est tout. Sauf qu'il faut bien qu'il justifie leurs offres "hauts-débits" auprès du public, public qui ne sera certainement pas intéressé par les propositions de VOD actuelle encore trop peu dévellopée... Free, et leur offre haut débit qui fonctionne même sur les newsgroup, ne soyons pas naïfs, c'est une offre qui n'a vraiment qu'une seule utilité : télécharger à tour de bras !

#7 L'utilisateur est hors-ligne   Fraggle 

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Posté 19 mai 2006 - 08:15

A ce titre vous avez vu la dernière pub télé Ipod?

J'ai légérement halluciné en la voyant, en fait la première fois je pensais dur comme fer que ça allait se terminer par un spot contre le téléchargement: des batiments entiers qui se construisent avec des centaines de milliers de cd, la camera qui se ballade au milieu pendant un petit moment... puis le tout disparait comme siphoné... là je m'attend à voir un slogan genre "piratage... a pu de skeuds... mort de l'art... gna gna gna"... bah non, siphonés par un Ipod les cd.
"This conversation can serve no purpose anymore. Goodbye." - HAL PACINO 9000

#8 L'utilisateur est hors-ligne   Corenaïr 

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Posté 21 juin 2006 - 12:21

Petit article Wiki qui présente l'essentiel de l'histoire de la loi DAVDSI (rappellons que les Etats-Unis, mère patrie du RIAA, l'associations des majors du disques n'ont pas adopté la loi qui-comme DAVDSI- rendrait le téléchargement gratuit illégal)

http://fr.wikipedia.org/wiki/DAVDSI#Formes..._l.27opposition


#9 L'utilisateur est hors-ligne   Azhagal 

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Posté 21 juin 2006 - 12:46

CITATION(Fraggle)
A ce titre vous avez vu la dernière pub télé Ipod?

J'ai légérement halluciné en la voyant, en fait la première fois je pensais dur comme fer que ça allait se terminer par un spot contre le téléchargement: des batiments entiers qui se construisent avec des centaines de milliers de cd, la camera qui se ballade au milieu pendant un petit moment... puis le tout disparait comme siphoné... là je m'attend à voir un slogan genre "piratage... a pu de skeuds... mort de l'art... gna gna gna"... bah non, siphonés par un Ipod les cd.


Apple c'est le mal.

N'empêche que grace aux P2P je vais pouvoir voir La Colline à des yeux. Et si je me fais chopper, je leur dit que mon putain de cinéma de merde avait qu'a le passer.

#10 L'utilisateur est hors-ligne   MightyLeatherface 

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Posté 22 juin 2006 - 10:03

CITATION(Azhagal)
N'empêche que grace aux P2P je vais pouvoir voir La Colline à des yeux. Et si je me fais chopper, je leur dit que mon putain de cinéma de merde avait qu'a le passer.


Je suis plutôt d'accord avec Azhagal, prenez la série "desperate housewives" diffusée en ce moment sur M6. Période de coupe du Monde (qui nous fais chier !!!) oblige, la série a été déplacée dans la grille des programmes 2 ou 3 fois de suite, passant de mardi en Prime à lundi en prime, puis de lundi en prime à mercredi en 2ème partie de soirée (et encore s'il n'y a pas de prolongation, parcequ'alors là on ne sait pas à quelle heure commence la série) !!! Il est très difficile de suivre une série dans ces conditions ! Et là je ne parle pas de TF1 qui eux quand ça les arrange diffuse une série... dans le désordre !!! Quand elle n'est tout simplement pas arrêtée ! Ces gens ne poussent-ils pas les internautes à télécharger les fichiers ?!
De plus qui vends les CD, DvD, et tout autre supports --> ces sociétés même qui vendent aussi les disques (ventes de CD, DvD vierges + recettes sur ventes de CD, faites le calcul ! Parceque oui j'achète encore mes CD ! Et parfois au moment où ils viennent de sortir et je me retrouve à devoir acheter le même album 2 mois plus tard, parceque ces en... des maisons de disques sortent l'album agrémenté de bonus musicaux ou de clips... Merci American idiot, Pop n' Gum (que j'ai en 2 exemplaires), ... ça aussi ça pousse au téléchargement !!!

Y'EN A MARRE !!!!!!
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#11 L'utilisateur est hors-ligne   Amonita 

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Posté 22 juin 2006 - 11:41

Ouip. Puis quand je vois des films comme les Bronzés 3 qui font 10M d'entrées, ou bien toutes les sorties d'avril qui ont pas mal emmenés de gens au cinéma...
Puis, faut pas se leurrer, de mon coté, en un an le ticket de cinéma au Pathé est passé de 5€ à 5€50. Ouais, ça fais 50cts de plus seulement, mais ça fait mal quand même o_o" .

En tout cas, très intéressant comme texte, bien objectif comme il faut, ça peut permettre d'éclairer. happy.gif
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#12 L'archiviste*

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Posté 22 juin 2006 - 13:04

Entendue dans la bouche d'un acteur de l'industrie du Film, cette remarque amusante :
« Ils poussent des cris en levant les bras en l'air parce que 25% des films français sortis l'an dernier ont été piratés sur Internet. Mais personne pour s'étonner que les 75% restants ne soient pas piratés; que même quand c'est gratuit, les internautes n'en veulent pas. Non, ça, ils trouvent ça normal. »

laugh.gif

#13 L'utilisateur est hors-ligne   Jamic 

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Posté 27 avril 2007 - 13:19

CITATION
Discrètement, en marge de la campagne, le gouvernement prépare un décret qui, s'il était appliqué, tuerait l'Internet "made in France". En effet, sous prétexte de surveiller au plus près les internautes, un décret d'application de la loi sur la confiance dans l'économie numérique du 21 juin 2004, exige que les éditeurs de sites, les hébergeurs, les opérateurs de téléphonie fixe et mobile et les fournisseurs d'accès à Internet, conservent toutes les traces des internautes et des abonnés au mobile, pour les délivrer à la police judiciaire ou à l'Etat, sur simple demande.

Au-delà du coût incroyable que cette conservation représenterait, cette mesure ne pourrait que déclencher une défiance immédiate des Français à l'égard de leur téléphone mobile ou fixe, comme à l'égard des acteurs français d'Internet, assassinant instantanément l'économie numérique française, pourtant décrite comme stratégique par nos chers candidats.

Le décret en préparation exprime le fantasme "Big Brother" : tout savoir sur tout et tous, même l'impossible. Selon ce texte, les opérateurs téléphoniques, les fournisseurs d'accès à Internet, les hébergeurs et les responsables de services en ligne (sites Web, blogs, etc.), devraient conserver pendant un an à leurs frais toutes les coordonnées et traces invisibles que laissent les utilisateurs lors d'un abonnement téléphonique ou à Internet, lors de leurs déplacements avec un téléphone allumé, lors de chaque appel ou de chaque connexion à Internet, de chaque diffusion ou consultation sur le Web d'un article, d'une photo, d'une vidéo, ou lors de chaque contribution à un blog.

En substance, devraient être conservés les mots de passe, "pseudos", codes d'accès confidentiels et autres identifiants, numéros de carte bancaire, détails de paiement, numéros de téléphone, adresses e-mail, adresses postales, le numéro de l'ordinateur ou du téléphone utilisé, le moyen d'accès à un réseau, les date et heure d'appel, de connexion et de chacune de leurs consultations ou contributions sur un site Internet.

A tant vouloir être exhaustif, le texte imposerait d'identifier quiconque, en France, aura mis en ligne, modifié ou supprimé une virgule dans son blog, un "chat", ou sur le Web. Techniquement, on peut, certes, tenter de savoir qui s'est connecté à un site et constater sur Internet ce qu'il diffuse à un instant donné.

Mais en cherchant à conserver la trace de la publication d'un contenu qui aura, par la suite, été retiré, le texte impose de facto de mémoriser systématiquement tout ce qui est mis en ligne, modifié et supprimé sur "l'Internet français". De l'avis unanime des spécialistes, c'est économiquement et techniquement impossible. Même les Etats-Unis de George W. Bush et leur "Patriot Act" post-11-Septembre n'ont jamais envisagé pareille conservation ou réglementation, qui soulèverait sans doute l'opinion publique américaine d'aujourd'hui, mais s'opère sans bruit en France.

Le coût, aussi bien pénal qu'économique, d'un tel dispositif serait colossal pour la France. En cas de résistance, ou juste de passivité, la sanction encourue est lourde : les fournisseurs d'accès à Internet ou les sites Internet français qui ne conserveraient pas toutes ces données seront passibles de 375 000 euros d'amende et leurs dirigeants, d'un an d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende, sans compter la fermeture de l'entreprise, l'interdiction d'exercer une activité commerciale, etc.

Lors d'une réunion organisée en catimini le 8 mars 2007 par les ministères de l'intérieur et des finances - le ministère de la justice jouait, une nouvelle fois, les absents -, certains professionnels ont fait valoir, notamment, que cette conservation leur coûterait très cher en stockage informatique et en moyens humains. De plusieurs dizaines de milliers à plusieurs millions d'euros par an de perte nette.

Pourtant, la plupart des sites Web, les Web radios, les blogs, la vidéo à la demande ou mobile, sont encore en quête d'un modèle économique pérenne. Déjà insécurisée par la complexité des enjeux de propriété intellectuelle, l'économie numérique de demain - celle du contenu et pas seulement de l'accès - serait encore fragilisée par une telle surenchère réglementaire franco-française.

En imposant aux entreprises françaises d'être des auxiliaires de justice ou des "indics", l'Etat fragilise tout un pan de l'économie de demain et de la démocratie d'aujourd'hui, en favorisant qui plus est, la domination déjà outrancière des grands acteurs internationaux de l'Internet, qui ne seront pas impactés à l'étranger. Jusqu'alors, seuls les fournisseurs français d'accès à l'Internet et hébergeurs étaient soumis à cette exigence et l'Etat, qui avait promis des compensations financières aux coûts induits par une surveillance des moindres faits et gestes de leurs clients, met tant de mauvaise grâce à s'acquitter des indemnités dues que certains d'entre eux ont renoncé à en réclamer le règlement, préférant envisager la délocalisation pure et simple de leurs activités...

Ces menaces proférées par quelques poids lourds de l'Internet en France font sourire Bercy, qui semble n'avoir pas encore compris qu'Internet est un réseau mondial dont de nombreux prestataires peuvent s'établir et payer leurs impôts presque où bon leur semble.

Il reste que la confusion des genres est totale. Toutes les données conservées seraient accessibles à la police administrative (RG, DST, etc.) comme à la police judiciaire, pendant un an. Les réquisitions administratives pour la "prévention du terrorisme" seraient également conservées un an dans des fichiers tenus par les ministères de l'intérieur et de la défense. Les réponses à ces mêmes réquisitions - nos traces, donc - seraient, pour leur part, conservées pendant trois ans supplémentaires et communicables à la police judiciaire.

Ainsi, des données récoltées sur la base de requêtes administratives initialement motivées par la prévention du terrorisme pourraient se retrouver dans le dossier d'un juge d'instruction en charge d'une affaire de droit à l'image, de diffamation ou de contrefaçon, par exemple, sans que les personnes mises en cause par des traces informatiques vieilles de 4 ans, puissent connaître - ni contester - l'origine ou la pertinence de ces données, ni le contexte dans lequel elles avaient été recueillies, en dehors de toute procédure judiciaire, sans magistrat ni contradictoire, quatre ans auparavant.

Ce projet de décret constitue donc une véritable menace de mort. Il est inquiétant pour trois raisons essentielles. D'abord, le coût. A vouloir faire conserver et restituer par les entreprises, sous peine d'investissements à perte, de prison et d'amendes, des traces qu'elles n'ont pas de raisons ou de possibilité d'avoir, la France créerait une distorsion de concurrence au détriment de sa propre économie numérique, pourtant motrice de notre croissance. Un internaute choisira plus aisément un site non surveillé qu'un site français pour s'informer, même s'il n'a rien à craindre de sa recherche.

Ensuite, la confusion entre le renseignement d'Etat et la justice, qui relègue la séparation des pouvoirs au rang de fiction juridique. Enfin, le risque qu'un tel dispositif ferait peser sur la régularité des procédures judiciaires au regard de notre procédure pénale. C'est-à-dire le risque de priver une politique de sécurité de toute efficacité.

Certes, le gouvernement consultera la CNIL, brandie en épouvantail par les ministères. Mais l'avis de celle-ci, même défavorable, sera dépourvu du moindre effet juridique depuis la refonte de la loi informatique et libertés intervenue en 2004. Certes, l'équilibre entre sécurité, croissance, libertés et efficacité est complexe. Au demeurant, aucune de ces valeurs ne s'illustre dans ce projet de décret, dont la rédaction est aujourd'hui laissée à un consensus entre technocrates et techniciens qui, quels que soient les résultats des échéances électorales, seront encore là demain.

Ce qui pourrait n'être qu'un décret illisible de plus est aujourd'hui une menace de mort pour le développement du numérique en France et pour tous les acteurs concernés de près ou de loin par celui-ci, de la presse aux blogueurs, en passant par la grande distribution, les opérateurs de téléphonie, les fournisseurs de logiciels, les fabricants d'ordinateurs, etc.

Sous prétexte de lutter contre la menace réelle du terrorisme, l'Etat français prend - comme aucun autre - le risque de tuer une part non négligeable de l'avenir du pays, sans aucun état d'âme et dans le silence assourdissant d'une campagne présidentielle omniprésente sur Internet, mais muette sur le développement de l'Internet.

Article paru dans Le Monde du 21 avril 2007.

#14 L'utilisateur est hors-ligne   Karibou 

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Posté 27 avril 2007 - 13:36

C'est bien beau, mais est-ce que c'est faisable techniquement? (j'ai pas l'impression que les mecs qui redigent ce genre de decret soient tres au courant de 'loutil informatique)
Parce que ca fait des données a entreposer tout ça (sans compter les modifs de ces même données)

#15 L'utilisateur est hors-ligne   Shub Lasouris 

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Posté 27 avril 2007 - 15:20

En théorie c'est super flippant un truc pareil, ça anihile toute liberté sur le net; mais je pense qu'en pratique c'est infaisable. Comment vont-ils contraindre TOUS les sites français à sauvegarder TOUTES leurs données? Niveau poids c'est légèrement plus gros qu'un CD-R. Et enfin le principal, comment vont-ils contrôler que TOUS les sites ont sauvegardé leurs données? Ce demanderait presque autant de boulot que d'espionner chaque internaute pour savoir s'il télécharge illégalement. Je pense que ce texte sert juste à dissuader.
Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah' nagl fhtagn

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