Mad Movies: Julio Medem - Filmographie - Mad Movies

Aller au contenu

Page 1 sur 1
  • Vous ne pouvez pas commencer un sujet
  • Vous ne pouvez pas répondre à ce sujet

Julio Medem - Filmographie Le romantisme mad venu d'Espagne

#1 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

  • Bluette Prof
  • Groupe : Members
  • Messages : 20 781
  • Inscrit(e) : 24-février 03
  • Profil:Homme
  • Location:region parisienne

Posté 20 mai 2013 - 18:51

Ca sent le gros topic bide mais je tente quand même...

Citation

Avant de percer dans le septième art, Julio Medem a appris à manier... le bistouri ! Le futur réalisateur a en effet d'abord été diplômé en médecine et chirurgie générale. Il collabore cependant à de nombreuses revues dont le quotidien La Voz de Euskadi, pour lequel il rédige des critiques de films. A partir de 1974, il tourne ses premiers courts métrages grâce à une caméra 8 mm (El ciego, Fideos, Las seis en punta...) et devient chef monteur sur les films de Koldo Eizaguire.

Au début des années 90, Julio Medem se consacre entièrement à sa carrière cinématographique. En 1991, il réalise ainsi son premier long, Vacas, l'histoire de deux familles rivales dans le Pays Basque de la fin du XIXème siècle. Une entrée en matière réussie qui lui permet d'obtenir le Goya du Meilleur jeune réalisateur (l'équivalent des César en Espagne). L'année suivante, il tourne L'Écureuil rouge, une rencontre amoureuse entre une amnésique et un jeune paumé, interprétés respectivement par Emma Suarez et Nancho Novo. En 1996, il signe Tierra et aborde à nouveaux ses thèmes de prédilection : la famille, la mort, ainsi que les multiples et étranges facettes que peut avoir une même personnalité...

En 1998, Julio Medem se fait connaitre sur la scène internationale grâce aux Amants du cercle polaire, une romance lyrique portée par Najwa Nimri et Fele Martinez. En 2001, il tourne Lucia y el sexo, l'histoire d'une serveuse de restaurant qui découvre peu à peu les sombres secrets de sa relation passée avec un écrivain de Madrid. Le cinéaste espagnol réalise deux ans plus tard un documentaire, La Pelote basque : la peau contre la pierre, centré sur le conflit basque, et propose un dialogue entre les différentes parties. Ce n'est qu'en 2010 que sort en France son film Caótica Ana (2007), qui met en scène Charlotte Rampling et Nicolas Cazalé, accompagnant une débutante (Manuela Vellés) dans une quête initiatique mouvementée.

Après un détour par la capitale italienne (Room in Rome en 2010, inédit en France), Julio Medem part pour Cuba avec 7 jours à la Havane. Il réalise l'un des segments du film, "La tentadión de Cecilia". Ce long métrage à réalisateurs multiples (citons Benicio Del Toro, Gaspar Noé et Laurent Cantet), est nommé au Festival de Cannes dans la sélection Un Certain Regard. C'est un retour sur la Croisette pour Julio Medem, dans un Festival qui lui a déjà porté chance, puisqu'il a remporté en 1993 le Prix de la Jeunesse pour L'Écureuil rouge.


http://www.allocine....666/biographie/

Citation

1977 : El jueves pasado
1981 : Si yo fuera poeta
1985 : Patas en la cabeza
1987 : Las seis en punta
1988 : Martín
1992 : Vacas
1993 : L'écureuil rouge
1995 : Tierra
1998 : Les Amants du cercle polaire (Los amantes del círculo polar)
2000 : Lucia et le sexe (Lucía y el sexo)
2003 : Euskal pilota, larrua harriaren kontra (La pelota vasca, la piel contra la piedra/La Pelote basque : la peau contre la pierre)
2006 : Caótica Ana
2010 : Room in Rome
2012 : 7 jours à La Havane (segment La tentadión de Cecilia)


http://fr.wikipedia....iki/Julio_Medem

#2 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

  • Bluette Prof
  • Groupe : Members
  • Messages : 20 781
  • Inscrit(e) : 24-février 03
  • Profil:Homme
  • Location:region parisienne

Posté 20 mai 2013 - 18:52

Et quelques avis sur la presque intégrale !

Vacas (1991)

Image IPB

Voilà des lustres que, pour des raisons ignorées de tous, y compris des intéressées, deux familles voisines du Pays basque espagnol se sont prises en haine. Le film commence en 1875, durant la seconde guerre carliste, et s'achève en 1936, alors qu'éclate la guerre civile.

Premier essai et coup de maître pour Julio Medem avec ce Vacas qui lui vaudra d'emblée la reconnaissance critique à travers les nombreuses récompenses obtenues par le film. On retrouve ici avec une maîtrise déjà certaine toute l'étrangeté, la poésie et le mysticisme des œuvres à venir dans une tonalité universelle et très personnelle à la fois. L'intrigue se déroule en effet dans le pays basque natal de Medem dont il explore la vie rurale et la nature sauvage tout en survolant l'histoire de l'Espagne. Ce contexte sert ainsi le récit du conflit entre deux familles voisines sur près de 60 ans, de la première guerre carliste en 1875 à la guerre civile de 1936. Medem réalise en fait là une sorte d'adaptation officieuse et revisitée du Cent ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez, la grande Histoire et l'intime traversant ce lopin de terre du pays Basque comme elles le faisaient pour ce village colombien dans le roman de Marquez.

Image IPB

La répétitivité des noms des personnages répétant le cycle de la haine est ici repris visuellement par Medem qui réutilise les même acteurs d'une générations à l'autre pour exprimer une continuité mais aussi les variantes et le futur différent possible par des êtres plus jeunes et ouvert. Le film s'ouvre sur la retrouvailles des deux voisins Manuel (Carmelo Gómez qu'on retrouvera dans Tierra et L'écureuil Rouge) et Carmelo (Kandido Uranga) sur le champ de bataille durant la première guerre carliste. Manuel par sa lâcheté cause involontairement la mort de Carmelo qui cherchait à le protéger mais survit miraculeusement après s'être couvert du sang de son ami.

Image IPBImage IPB

Il parvient à revenir au pays dans un piteux état mais dès lors le destin des deux familles est lié ainsi que leur haine respective, cela étant établi comme un fait avéré sans que les évènements dramatiques initiaux soient connus de tous. On retrouvera ainsi les descendants trente ans plus tard à travers la rivalité entre Ignacio et Juan (joués à nouveau par Carmelo Gómez et Kandido Uranga) pour le meilleur coupeur de bois de la région. Cette haine et amour s'entremêlent à travers la romance entre Ignacio et la sœur de Juan, Catalina (Ana Torrent) dont naîtra un enfant illégitime, Peru. Medem montre cette espace comme étouffant à la travers l'antagonisme inconciliable des deux familles et tout rapprochement sentimental ne peut s'épanouir qu'en le quittant. Ignacio et Catalina tel des Roméo et Juliette basques vont ainsi vivre une folle passion et surmonter l'opposition de leur entourage en fuyant vers le nouveau monde plus moderne et ouvert que représente l'Amérique.

Image IPBImage IPB

Medem tout en dénonçant ces archaïsmes bien humains va néanmoins montrer un rapprochement possible par d'autres rites ancestraux, ceux liés au rapport à la nature. La troisième génération aura ainsi été absoute de cette guerre grâce au savoir du désormais patriarche Manuel (Txema Blasco) qui contribuera à stopper le cycle de la violence après avoir été cause de son commencement. C'est en croisant le regard d'une vache qu'il survécu miraculeusement à ses blessures et dès lors il détient tous les secrets des rites et coutumes ruraux qu'il va transmettre à sa petite fille Cristina (Emma Suarez pour sa première collaboration avec Medem) et au fils illégitime Peru (qui retrouve adulte de nouveau les traits de Carmelo Gómez).

Image IPBImage IPB

Medem décrit avec un tonalité quasi documentaire la vie rurale et les travaux fermiers, mais aussi les remèdes et solutions quelques peu excentriques et magiques apportés au difficultés du quotidien. La forêt est une entité libre et omnisciente observant l'agitation des hommes, leur passions et violence à travers une caméra au regard incertain traversant les fougères. Alors que dans cette campagne la civilisation est synonyme d'affrontement, la forêt fait office de lieu de guérison et de purification (les morceaux de la vache malade jetés dans le trou), et c'est en comprenant ses règles que la dernière génération pourra enfin se lier lors de la romance entre Cristina et Peru. La dernière partie montre ainsi les ravages de la guerre civile de 1936 et la manière dont les descendants plus apaisés vont la surmonter.

Image IPBImage IPB

Medem ne rend pas encore ici la dimension symbolique qui le caractérise aussi accessible que dans ses films suivants. On est donc dans un premier temps surtout envouté par l'atmosphère magique de Vacas, par ses envolées onirique sans immédiatement comprendre et s'attacher aux personnages. Nous sommes comme ces vaches qui regarde placides les hommes se déchirer, mais les bovins acquièrent une dimension sacrée évoquant l'hindouisme dans leur façon d'être vecteur des bonds temporels du récit et déterminer la destinée des héros. Tous les autres personnages les traitent comme les bêtes stupides qu'elles sont supposés être et seul Manuel puis les amoureux Cristina et Peru sauront les regarder et les comprendre (les scènes d'enfances sont somptueuses la jeune actrice jouant Cristina jeune ayant une bouille des plus attachante) ce qui leur vaudra le salut final contrairement à leurs ancêtres.

Image IPBImage IPB

Medem annonce ainsi une thématique au cœur de toutes ces œuvres à venir, la paix intérieure constamment liée par le rapport à son environnement. La nature peut être une amie ou une menace selon notre regard sur elle et notre état d'esprit, choses qu'apprendront à leur dépend ou pour leur bonheur les héros de Lucia et le sexe, Caotica Ana ou encore Les Amants du cercle polaire. Une merveille et vu la haute tenue de cette adaptation officieuse, on se prendrait à rêver que Medem transpose effectivement sur grand écran Cent ans de solitude, il est le candidat idéal pour le faire. 5,5/6

#3 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

  • Bluette Prof
  • Groupe : Members
  • Messages : 20 781
  • Inscrit(e) : 24-février 03
  • Profil:Homme
  • Location:region parisienne

Posté 20 mai 2013 - 18:56

L'écureuil Rouge (1993)

Image IPB

Au moment où Jota s'apprête à se suicider en se jetant à la mer d'un parapet élevé, une moto s'écrase devant lui. Il porte secours au conducteur et s'aperçoit en soulevant le casque du motard qu'il s'agit d'une jeune fille qui elle ne se souvient de rien et ignore même jusqu'à la couleur de ses yeux.

Deuxième film de Julio Medem après l'inaugural Vacas (1991) qui lui valut un succès immédiat ( Goya du Meilleur jeune réalisateur), Julio Medem confirmait les espoirs suscités avec L'écureuil Rouge. On retrouve ici dans une patine plus austère tous les éléments qui feront la flamboyance des grandes réussites à venir. Il y a notamment le gout du réalisateur pour le pitch imprévisible avec cette ouverture saisissante. Jota (Nancho Novo ) arpente une rambarde désespéré et hésitant, cherchant le courage de mettre fin à ses jours. Ses atermoiements sont interrompus par une moto arrivant à vive allure qui s'y empale et le pilote de faire une terrible chute de plusieurs mètres. Interrompant ses velléités suicidaires pour voler à son secours, Jota ne va pas découvrir un mais une charmante motarde devenue amnésique dans sa chute. Notre héros se livre alors à un jeu dangereux, se faire passer pour le petit ami de la jeune femme (la belle Emma Suarez, actrice fétiche des trois premiers films de Medem) qu'il renomme Lisa et avec qui il va cohabiter à sa sortie tout en espérant qu'elle ne retrouve pas la mémoire et son mensonge.

Image IPBImage IPB

Medem instaure ainsi un curieux entre-deux avec l'intimité d'un couple supposé déjà établi mais avec les charmantes hésitations et le côté suranné de la romance naissante. Comme dans nombre de ses films (l'exception étant la chambre exigüe de Room in Rome) c'est dans les grands espaces naturels que les personnages devront faire face à leurs tourments intérieurs. Cela annonce grandement Lucia et le Sexe où ce camping entouré de paysages superbe est un refuge de l'oubli (alors que dans Les Amants du Cercle Polaire ce sera un lieu de l'attente) où l'on peut renaître différent. Pour Jota, ce sera les raisons de ce comportement avec un amour déçu raison de la tentative de suicide d'ouverture et dont il reportera la passion sur sa belle amnésique.

Image IPBImage IPB

On a ainsi de belles envolées sentimentales en flashback mais Medem se montre moins subtil que dans ses films futurs pour instaurer des analogies entre passé et présent (Jota musicien nomme la fiancée Lisa d'après une chanson de son groupe qu'il dédia à sa petite amie et le film multiplie les scène de jukebox avec insert sur le disque, le morceau revenant à intervalle régulier dans la bande-son). Le plus intéressant réside dans le passé bien plus trouble de Lisa et l'ambiguïté habilement entretenu par Medem sur son amnésie plus ou moins consciente mais surtout moyen de fuir ce passé justement. L'art du récit en puzzle et les quelques fragments d'indices disséminés tout au long de l'intrigue peuvent laisser deviner certains éléments mais il se repose avant tout sur ses envolées oniriques (les rêveries éveillées de Lisa, la scène d'hypnose) et son art du rebondissement inattendus avec ce fantôme du passé qui surgit de manière surprenante à la fin.

Image IPBImage IPB

Emma Suarez, passionnée, sensuelle, charnelle est typique des personnages féminins et à fleur de peau de Medem. Elle est ici magnifique autant dans le registre candide et innocent que plus trouble et torride quand son ancienne personnalité ressurgit progressivement. Le ténébreux Nancho Novo offre un pendant plus retenu à la volcanique Lisa tout en étant tout aussi fragile et attachant. Medem use du même motif pour tisser la romance entre eux mais aussi le danger, la découverte du passé de chacun offrant de belles surprises (les réflexes prodigieux de Jota, la scène où il fait de la moto et pour Lisa ses talents de nageuses) mais aussi des désagréments avec cette relation reposant sur le mensonge. A l'inverse le couple bien établis voisins de nos héros offre une lassitude et une résignation montrant tout l'intérêt de cette fausse redécouverte et vraie romance. Mais si c'est ce mensonge qui a lié leur destin, ce n'est pas de lui que sont nés les sentiments et la conclusion où les masques tombent évite avec brio tout semblant d'explications inutiles entre les deux amants qui peuvent enfin s'embrasser librement, totalement eux même. 5/6

#4 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

  • Bluette Prof
  • Groupe : Members
  • Messages : 20 781
  • Inscrit(e) : 24-février 03
  • Profil:Homme
  • Location:region parisienne

Posté 20 mai 2013 - 18:58

Tierra (1996)

Image IPB

Quelque part dans cet immense océan noir qu'est le cosmos, il existe une île de collines à la terre rouge, sur laquelle débarque Angel Bengoelxeo, un homme au passé obscur et souffrant d'un dédoublement de la personnalité. Il est chargé de désinfecter les vignes par fumigation afin de stopper l'épidémie de cochenilles qui donne au vin un étrange goût de terre. Il trouvera la possibilité de résoudre son problème au contact de deux femmes, Mari et Angela.

Avec ce troisième film, Julio Medem délivre un nouvel ovni dont il a le secret et où s'affirme avec grâce sa patte dans une tonalité moins rugueuse que L'écureuil rouge, annonçant les réussites plus stylisée à venir. Le film s'ouvre une voix-off mystique nous expliquant sur un ton exalté les mystères enfouis dans l'immensité des étoiles et du cosmos, la caméra voguant vers ces étoiles jusqu'à redescendre vers les nuages puis jusqu'à l'île à la géographie incertaine où se déroulera l'action puis s'enfonçant dans les terres viticoles où sévissent les cochenilles. La voix-off s'humanise alors pour s'exprimant à travers le visage d'Angel (Carmelo Gomez), agent agricole venu désinfecter les vignes. Comme souvent chez Medem les grands espaces naturels sont un terrain de quête spirituelle pour les personnages et ici Angel devra résoudre son dédoublement de personnalité. Quelques indices sont distillés tout au long du récit sur le passé d'Angel, submergé par son esprit en ébullition et qui a déjà effectué des séjours à l'asile.

Image IPB

La tirade d'ouverture sur l’infini cosmos figure autant la destinée avec cette histoire affirmant déjà le gout de Medem pour le récit imprévisible aux multiples possibilités que la complexité de l'esprit humain. Partant de la schizophrénie d'Angel, Medem déploie la thématique du double tout au long du film. Double comme la personnalité mi- ange, mi- démon d'Angel homme doux et paisible cédant soudain aux pulsions de son mauvais génie. Le script rend encore plus complexe cette facette à travers les deux femmes désirées par Angel. Sa part d'ombre est attirée par la douce, pure et bienveillante Angela (Emma Suarez) tandis que son côté le plus attachant et sincère penche vers la torride et sulfureuse Mari (Silke).

Image IPB

Ce côté sombre s'apaise avec la douceur d'Angela tandis que l'innocence trop abstraite de sa facette "gentille" s'humanise avec le désir brûlant provoqué par la sensuelle Mari. Medem dédouble ainsi la femme typique de son cinéma (la Paz Vega de Lucia et le Sexe en étant l'archétype le plus parfait) avec ces deux personnages à la fois amies/amante, vulnérable/protectrice, innocente et dévergondée. Ce n'est qu'au prix d'un choix impossible qu'Angel résoudra ces problèmes mais Medem se garde bien de nous orienter vers l'une ou l'autre. La sensibilité de chacun guidera ses attentes pour l'issue mais Medem caractérise ses deux héroïnes de façon à rendre les deux voies positives et sans jugement moral.

Image IPB

L'écureuil rouge montrait encore la poésie visuelle de Medem dans une forme assez abrupte mais ici le scope majestueux, la photographie ocre de Javier Aguirresarobe et la musique envoutante de Alberto Iglesias confère une splendeur de tous les instants à Tierra. Les scènes nocturnes sont assez extraordinaires dans ce sens, totalement irréaliste et évoquant un rêve éveillé où Angle avance en somnambule tandis que ce paysage désertique donne des allures de planète mars au décor (Angel évoquant un cosmonaute avec sa tenue de travail). Ce questionnement sur le double accompagne aussi la description de cette nature et de ces habitants. Cet environnement apaise Angel mais stimule aussi sa schizophrénie, la foudre frappe au hasard pour le meilleur et pour le pire (magnifique double mort du berger en ouverture) et les autochtones s'avèrent tour à tour bienveillant et hostile (Karra Elejalde terrifiant en Patricio à la gâchette facile). Le montage en chausse-trappe du début du film annonce cela avec ces scènes amusantes (la première rencontre avec Patricio, la brebis sur la route) s'interrompant avant leur issue pour prendre un ton bien plus trouble une fois vue dans leur entier par la suite. La conclusion est somptueuse dans son hypnotique indécision, Angel s'égarant encore plus en pensant enfin choisir avec Medem rendant les deux femmes incroyablement charnelles dans un registre totalement différent avec un érotisme moite et élégant. L'esprit ou la chair, le désir ou l'amour, l'aventure ou la sérénité, Medem opte pour tout et rien en même temps dans une fin ouverte onirique dont il a le secret. 5/6

#5 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

  • Bluette Prof
  • Groupe : Members
  • Messages : 20 781
  • Inscrit(e) : 24-février 03
  • Profil:Homme
  • Location:region parisienne

Posté 20 mai 2013 - 19:00

Les Amants du cercle polaire (1998)

Image IPB

Otto et Ana se connaissent depuis leur plus tendre enfance. Ils s’en remettent au hasard pour se retrouver au cercle polaire en Laponie étant adultes.

Poétique, envoutant et rêveur, Julio Medem signe un vrai bijou romantique avec Les Amants du cercle polaire. Ses thèmes sur l'amour, la destinée et le hasard n'ont jamais été plus prononcés que dans l'intrigue flottante de ce film. La scène de rencontre des deux héros annonce déjà la symbolique au cœur du récit. Otto et Ana se connaissent depuis l'enfance, leur route s'étant croisée avant même qu'ils connaissent l'identité l'un de l'autre. Voulant rattraper un ballon échappé à la sortie de l'école, Otto cavale après et se retrouve à partager la course d'Ana qui s'écroule bientôt devant lui. Ils ne partageront là qu'un regard intense mais leur destin se trouve dès lors liés. Ils ne couraient pas dans la même direction pour la même raison, lui pour rattraper un ballon, elle pour fuir son chagrin et celui de sa mère suite à la mort de son père. Après cette rencontre leur vie va suivre une ligne commune, un cercle qui malgré les aléas de la vie et les épreuves va les amener à se retrouver constamment jusqu'à un final improbable en Laponie.

Image IPBImage IPB

Medem fait de cet élément le moteur de sa narration où l'on suivra le point de vue d'Otto et Ana sur les même évènements puis lorsqu'ils seront éloignés physique sur une même période de leur existence commune de tout manière constamment amenée à se rejoindre. Une magie s'instaure alors dans cet amour naissant avec des retrouvailles attendues mais toujours surprenante pour les protagonistes et le spectateur, donnant quelques-unes des plus belles scènes du film. On pense à ce moment où enfant, Otto attends Ana à la sortie de l'école pour lui déclarer sa flamme, qu'elle n'arrive pas et que dépité en pénétrant dans la voiture de son père il la découvre installée là, l'attendant et souriante. Autre moment somptueux, Otto se rendant de nuit dans la chambre d'Ana suite à son invitation, dépité de la trouver endormie retourne dans la sienne et la trouve l'attendant dans son lit, le tout filmé avec une grâce inouïe par Medem. Avec peu de mots le réalisateur tisse la complicité et le monde intérieur de ces amoureux, l'extérieur n'existant pas (tout ce qui est lié à leur vie personnelle/professionnelle sorti de leur relation est traité en ellipse) où se pliant à eux tel la relation amoureuse entre leur parent lorsqu'ils sont enfants. Le montage tout en restant relativement linéaire multiplie les inserts passés et futurs, réels ou fantasmés ainsi que les symboles et détails étrange mais qui trouveront leur explications au moment opportun. Les allusions à cet éternel recommencement sont contenus jusque dans les prénoms des protagonistes formant un palindrome puisque se répétant même tournés à l'envers.

Image IPB

Le film est incroyablement riche dans les thèmes explorés. L'ensemble est autant ancré dans le réel que le fantasme dans les bonheur et traumas de ses héros. On aborde ainsi quasiment le conte, le deuil et la séparation se mêle à l'œdipe (Ana et Otto comblant ensemble la perte et/ou l'absence d'un de leur parents) avec un soupçon de trouble coupable puisque les héros élevés comme frères et sœurs se dissimulent pour assouvir leur passion. Il y a du Douglas Sirk dans la manière qu'à Medem de faire surgir la puissance mélodramatique de façon improbable (Otto qui devient pilote d'avion avec la facilité d'un Rock Hudson dans Le Secret Magnifique, le saut en parachute, l'apparition d'un cerf façon Tout ce que le ciel permet) sans jamais tomber dans le ridicule, on est dans l'onirisme le plus prononcé où les évènements défilent comme dans un rêve seul importe les prochaines retrouvailles.

Image IPBImage IPB

Après avoir été les jouets du hasard et du destin tout au long du récit, nos amants vont tester leur amour en provoquant ce destin à leur tour pour une rencontre impossible au cercle polaire en Laponie. Là encore le lieu n'est pas innocent puisque cela arrive au moment où inversement à la nuit polaire où l'obscurité est continue en hiver, la rencontre se fera en été où le soleil et les journées sont continus et formant donc un cercle à la manière de l'amour éternel d’Otto et Ana. Julio Medem immortalise cela avec un terrible rebondissement final et une idée de cinéma sublime qui fige cette romance de la plus belle des façons. Grand mélo contemporain. 6/6

#6 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

  • Bluette Prof
  • Groupe : Members
  • Messages : 20 781
  • Inscrit(e) : 24-février 03
  • Profil:Homme
  • Location:region parisienne

Posté 20 mai 2013 - 19:01

Lucia et le Sexe de Julio Medem (2000)

Image IPB

Venue sur une île de la Méditerranée pour se ressourcer, Lucia pleure le décès de son amant et entreprend une quête intime qui va l'emmener au fil de ses rêves, de ses souvenirs et de ses rencontres à lever le voile de ses mystères et à découvrir les aspects troubles de son ancienne relation amoureuse.

Julio Medem signe avec Lucia et le Sexe un film en réaction à son précédent et magnifique Les Amants du Cercle Polaire (1998). Ce dernier partait d'une note romantique innocente avec cette romance enfantine de deux âmes sœurs qui passeraient leur vie à se chercher et se terminerait sur leur réunion aussi poétique que tragique. Medem décide pour son film suivant de fonctionner de manière inverser, de partir du drame et du désespoir le plus total pour faire voguer progressivement sur une atmosphère et un ton plus lumineux. C'est d'ailleurs assez paradoxal, les drames auxquels font face les personnages sont ici bien plus terribles que dans Les Amants du Cercle Polaire mais le film est finalement plus optimiste. La structure narrative reprends d'ailleurs celle des Amants avec ce chapitrage, ces bonds dans le temps du point de vue d'un personnage où d'une thématique mais avec une complexité plus grande.

Image IPB

Le film s'ouvre sur une discussion téléphonique douloureuse entre Lucia (Paz Vega) et son amant Lorenzo (Tristan Ulloa). Ils se sont quittés sur une dispute et Lucia le sentant au plus mal moralement rentre chez eux avant qu'il ne fasse une bêtise mais trop tard, Lorenzo est mort renversé par une voiture. Folle de douleur elle s'enfuit et décide de se réfugier dans une île de la Méditerranée pour se ressourcer. Cette île rattache le seul souvenir qui lui ait jamais ravit l'amour de Lorenzo, puisque six ans plus tôt il y connu le soir de son anniversaire une torride aventure avec une inconnue qu'il ne revit jamais et qui s'avère être Elena (Najwa Nimri héroïne des Amants du Cercle Polaire ) tenancière de l'auberge où réside Lucia. La narration va ainsi se partager entre les moments solaire et onirique sur l'île où les personnages tentent de se reconstruire et des flashbacks dépeignant les amours et douleurs passés dans un récit choral alors que l'on pensait voir la seule Lucia au centre des évènements.

Image IPB

Avec une audace de tous les instants, Medem déploie là le romantisme le plus total, la sensualité la plus torride et laisse éclater son penchant pour les rebondissements et les coïncidences les plus abracadabrantesques, qui seraient ridicule chez tout autre d'une poésie envoutante chez lui. La première rencontre entre Lucia et Lorenzo donne le ton, avec une Lucia abordant de manière totalement décomplexée et naïve l'homme qu'elle aime immédiatement sous le charme. L'étreinte nocturne entre Lorenzo et Elena en mer et sous une pleine lune éclatante donne également participe également à cette tonalité. Chez Medem, le sexe est une fête, une libération s'ouvrant à tous les excès, à l'abandon de soi le plus complet et le réalisateur fait preuve d'une crudité surprenante avec les coïts sauvages, torrides et inventifs entre Lucia et Lorenzo. Paz Vega est à ce titre une sorte d'idéal féminin que Julio Medem n'a de cesse de mettre en valeur. Passionnée, torturée et charnelle, c'est un nid d'émotion à vif dont le bouillonnement pousse à se mettre à nu constamment, au propre comme au figuré. L'île constitue un personnage à par entière, où la tristesse se déploie dans ses falaise à perte de vue, où l'on tente de tout oublier en chutant dans ses crevasse, en se noyant dans son sable...

Image IPB

On avait deviné le goût de Medem pour Douglas Sirk (voir Claude Lelouch peut-être aussi) dans Les Amants du Cercle Polaire, il s'affirme encore ici. Ces hasards et coïncidences ont autant de charmes que d’effets négatifs, le drame naissant ici de la découverte de Lorenzo d'une fille née de son aventure passagère. Poursuivant cette émanation du passé il est entraîné dans une relation étrange avec la baby-sitter Belen (Elena Anaya qui retrouvera Medem dans Room in Rome) et qui débouchera sur un drame traumatisant. Comme le revers d'une même pièce, le sexe devient là tout aussi moite et fantasmatique mais baigné d'une aura trouble avec ces allusions au porno, à des liaisons dérangeante (Belen se partageant son beau-père avec sa mère).

Image IPB

L'aspect le plus fascinant reste cependant l'ode à l'imagination et au pouvoir du récit que propose Medem. Dans Les Amants du Cercle Polaire, la destinée, le karma semblait guider toutes les actions des héros forcément amenés à se retrouver mais se jouait cruellement de nous dans son tragique mais logique final. Ici ce n'est pas une force supérieure qui guide les héros de Medem, mais leur seule volonté. Le personnage de Lorenzo qui est écrivain est un double du réalisateur et les évènements de sa vie contaminent autant ses ouvrages que l'inverse. Medem nous perd ainsi dans des séquences rêvées (mais pas toujours évidente à deviner) où Lorenzo s'insère dans les histoires qui lui sont rapportées, transforme et invente ses propres souvenirs (les scènes où il imagine avouer le lien à sa fille) dans un jeu narratif ludique jusqu'au traumatisant drame qui se révèlera en fragment et cause du mal-être du début de film.

Image IPB

Si ce pouvoir du narrateur plonge ses personnages dans le tourment (Lorenzo et les évènements terrible qu'il provoque/ Medem et le final de son film précédent qu'il regrette), il peut aussi guérir leurs maux. Le final accumule ainsi les péripéties et révélations qui vont réunir tout le monde sur l'île, centre de toutes les passions, avec toujours ces transitions inattendues (Elena qui reconnaît son amant d'un soir en un regard). Mais tout cela resterait bien conventionnel sans une dernière idée. Sans trop en dire, Medem et son héros font avec leur stylo et leur imagination ce que Superman faisait pour ressusciter sa Loïs dans le film de Richard Donner, c'est un conte du pardon qui permet de tout recommencer et célèbre la victoire de la fiction sur le réel à la manière de La Maîtresse du lieutenant français ou du Brazil de Terry Gilliam. Que tout cela soit possible ou simplement issue d'une narration maligne (la dernière scène qui joue sur les deux tableaux) n'a que peu d'importance, Medem y croit et nous y a fait croire. 6/6

#7 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

  • Bluette Prof
  • Groupe : Members
  • Messages : 20 781
  • Inscrit(e) : 24-février 03
  • Profil:Homme
  • Location:region parisienne

Posté 20 mai 2013 - 19:01

Caotica Ana (2007)

Image IPB

Ana est une belle jeune fille épanouie de 18 ans qui vit à Ibiza. Elle exprime sa passion pour la vie dans ses peintures naïves. Un jour, Justine, mécène cosmopolite, invite Ana à approfondir son travail en venant à Madrid, pour y vivre au sein d'un groupe de jeunes artistes. C'est le commencement d'un voyage qui mènera Ana sur de nouveaux continents, la menant à révéler, à travers l'hypnose, ses vies passées, qui ont traversé des siècles de mythes anciens. Ana devra relever le défi de briser la chaîne de violence ancestrale qui siège dans son esprit chaotique.

Dans chacun de ses films, Julio Medem avait toujours mêler des intrigues dont les enjeux s'inscrivaient dans une certaine réalité (la solitude, les amours contrariés, le deuil) et dont la résolution passait des éléments plus flottant teintés d'onirisme, de karma et de spiritualité. Lucia et le Sexe (2001) avait atteint une sorte de perfection esthétique et narrative de cette approche et constituait le chef d'œuvre du réalisateur. Avec Caotica Ana, Medem radicalise cet esprit et s'abandonne complètement à ses velléités mystique en faisant reposer son récit entier sur une quête spirituelle, sans y mêler de drame classique et signe ainsi son film le plus déroutant.

Image IPBImage IPBImage IPB

Ana (Manuela Vellés) est une jeune fille épanouie ayant toujours vécu à l'écart de toute difficultés, vivant une existence libre au grand air avec son père et habitant dans une grotte. Tous cela est bouleversé le jour où Justine, un mécène (Charlotte Rampling) intrigué par ses peintures lui propose d'intégrer un groupe de jeune artistes qu'elle loge à Madrid. Ana accepte, se trouve une seconde maison et de nouveaux amis dans ce nouveau cadre et découvre même ces premiers émois amoureux avec le ténébreux Saïd (Nicolas Cazalé). Celui-ci est son pendant inversé, aussi torturé et dépressif qu'elle est insouciante. Le personnage d'Ana aussi attachant et radieux soit-il nous apparaît tout de même un peu creux dans cet allégresse constante. Ana est en fait un être incomplet qui refuse de se confronter aux douleurs du monde et vit dans une bulle, mais en quittant son cocon elle sera bientôt rattrapée par d’étranges visions en forme d'hallucinations éveillée convoquant un lointain passé. La belle quiétude d'Ana va alors s'estomper et la jeune fille va devoir résoudre ses troubles par l'hypnose, à la recherche de ce mystérieux passé.

Image IPBImage IPB

Là Medem nous embarque dans un trip aussi fascinant que boiteux. Il fait jouer la frustration en nous faisant adopter le point de vue d'Ana qui refuse de se confronter à ces visions et les séquences d'hypnose ne montrent que de façon fugace ses plongées (mais avec toujours de belles idées comme ces peintures animées) dans l'inconscient. Ana adopte endosse ainsi à différente époque l'identité de femmes martyrs bafouées par les hommes. On trouvera une femme berbère assassinée par des soldats marocains, une alpiniste fuyant son amour mourant de froid dans les hauteurs neigeuse les voyages remontant de plus en plus loin dans le temps.

Ces femmes doivent leurs dimensions sacrificielles à un savoir, à une magie et accomplissement spirituel se transmettant à travers les époques entre élues féminines dont Ana est la descendante. Seulement Ana refuse cet héritage et tout le film suit donc son acceptation progressive sa destinée. La femme selon Medem (arborant les vertus de la mère, l'amante, l'amie...) acquiert donc ici une dimension de déité (le dernier plan du film voit Ana passer devant la Venus de Milo) bienveillante apportant paix et apaisement au fil du temps. Le chapitrage du film agencé de un à dix comme les nombreux compte à rebours d'hypnose qui parsèment l'intrigue se construit donc ainsi en hypnotisant également le spectateur dans cette longue quête initiatique d'Ana.

Image IPBImage IPB

Medem prend tout de même le risque d'en égarer beaucoup dans ce virage assez radical. On retrouve ici son gout pour les rebondissements invraisemblables, mais cette fois lié à une intrigue tellement flottante qu'elle demande une acceptation totale du voyage proposé et où le piège du new age n'est jamais loin. Ce qui maintient notre attention c'est la prestation puissante de Manuela Vellés, qui nous implique émotionnellement par son jeu fragile et à fleur de peau et rend concrètes toute cette dimension onirique. Le personnage de Charlotte Rampling est trop signifiant et explicite trop par la parole les enjeux tandis que Nicolas Cazalé est tout de même un peu fade. Medem délivre un incroyable livre d'image dans ce périple d'Ana, gorgé de moments flamboyants dont cette extraordinaire arrivée dans le musée indien au cœur des rocheuses sur la musique de Jocelyn Pook ou encore les langoureuse séquences maritimes.

Image IPBImage IPB

Le final est grandiose avec Ana s'assumant enfin et prête à son tour à faire face et à se sacrifier face au tyran de son époque. Le montage alterné entre ses souffrances contemporaines et celles originelles à l'aube des temps donne une tonalité épique fabuleuse à cette résolution. Seul l'identité du "tyran" en question date quelque peu le film et amène de manière grossière et une dimension politique inutile. . Inégal et trop extrême dans son parti prix, Caotica Ana n'est pas la plus maîtrisée des œuvres de Medem mais c'est cet équilibre fragile et cette sincérité qui la rend si belle. Et dès lors on comprend mieux l'option du suivant Room in Rome qui ramène à une vraie épure tous les thèmes de Medem avec unité de temps, de lieux et d'enjeux restreint et un symbolisme plus subtil. 5/6

Image IPB

#8 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

  • Bluette Prof
  • Groupe : Members
  • Messages : 20 781
  • Inscrit(e) : 24-février 03
  • Profil:Homme
  • Location:region parisienne

Posté 20 mai 2013 - 19:05

Et enfin

Room in Rome de Julio Medem (2010)

Image IPB

Lors d'un séjour à Rome, deux étrangères de passage se rencontrent. L'une (Natasha) russe est hétérosexuelle et l'autre (Alba) espagnole est homosexuelle. Une passion torride naîtra entre les deux femmes qui se retrouveront dans une chambre d'hôtel à huis-clos pour le dernier jour de leur séjour à Rome.

Julio Medem nous offre un bijou de sensibilité et de romantisme avec Habitación en Roma. Medem aborde dans un intrigue resserrée (unité de temps et de lieu) les thèmes au cœur de deux de ses films les plus fameux, Les Amants du cercle polaire et Lucia et le sexe. On retrouve ici la recherche esthétique et la force mélodramatique des Amants tout en retrouvant la sensualité et l'oubli de soi par le sexe de Lucia. Tout cela démarre pourtant sous une aune faussement superficielle avec ses deux jeunes femmes se retrouvant un peu par hasard entre les murs d'une chambre d'hôtel après s'être rencontrée dans un bar. Dès l'introduction, la chambre est définie comme un espace hors du temps et du monde extérieur, où tout peut arriver, où tout peut se révéler. Ainsi la drague insistante de la brune et espagnole Alba (Elena Anaya) envers la blonde et russe Natasha (Natasha Yarovenko) et leur échange de la rue afin qu'elle l'accompagne à son hôtel est filmé en plongée du ciel (un leitmotiv au cœur du film tout ce qui concerne l'extérieur et le passé des personnages sera filmé de cette façon à travers une application à la Google maps) avant qu'un délicat plan séquence ne nous ramène de cette ruelle au balcon, puis dans la chambre où sont enfin arrivées les deux jeunes femmes.

Image IPB

C'est le cliché qui domine au départ, Alba la brune latine incendiaire et lesbienne affirmée se montre très entreprenante avec la blonde glaciale Natasha amenée là par la curiosité et une attirance nouvelle pour elle. Uniquement basée sur le désir, la rencontre va pourtant tourner court tant que son seul enjeu reposera dessus et entre la réticence de Natasha et les assauts trop pressants d’Alba il ne se passera rien dans un premier temps. Il faudra un oubli de portable et le retour quelques minutes plus tard pour que tout se rejoue, plus sincèrement. Les scènes de sexe s'avèrent libératrice dans leur déroulement de ce qui ronge les deux héroïnes.

Image IPB

Que cherche à oublier Alba dans l'alcool et ce déchaînement d'abandon lascif ? Quelles fêlures dissimule Natasha dans cette retenue alors que son désir paraît évident dès le départ ? Les étreintes filmées avec fièvre mais également une grande sobriété par Medem serviront de révélateur aux amantes plus intimes et susceptible de se livrer dans cette nuit forcément sans lendemain. Entre semi-vérité, mensonge et invention diverses le passé de chacune se révèle au cours de leurs échanges. Ce désir de l'instant s'avère donc une libération soulageant leur peine, mais peut être cache-t-il un sentiment plus profond qu'elles n'osent s'avouer.

Image IPB

Medem instaure un dispositif brillant dans la composition de plan, la gamme chromatique et la topographie de la chambre. L'intérieur de la chambre baigne dans un mélange d'ombres (le passé et les douleurs secrètes des personnages) et de couleurs plus ocre, brunes et orangées symbolisant ce qui les lie l'une à l'autre. Cela se vérifie avec les deux tableaux se répondant d'un mur à l'autre de la pièce et auxquels elles sont particulièrement sensibles, exprimant ainsi une interaction allant au-delà de cet attrait physique.

Image IPB

D'un côté la philosophe Aspasie (magnifiquement dépeinte récemment par Amenabar dans son Agora) se rendant à l'Agora entouré de Socrate et Périclès montant vers l'Agora et de l'autre la réponse quelque mètres et siècles plus tard avec un autre philosophe Leon Battista Alberti expliquant l'art des grecs dans un cénacle des Médicis. Le cadre romain, l'emplacement de l'hôtel dans la ville au-dessus du théâtre Pompée et les divers objets évoquant cette culture dans la chambre instaure donc une ambiance baignée de cette sensibilité artistique, signifiant la communion des âmes autant que du corps d'Alba et Natasha. La salle de bain toute de blanc immaculé sera lui le lieu de la mise à nue, aucun artifice ne dissimulant plus le lien fort qui s'est imperceptiblement noué.

Image IPB

L'ambiance éthérée, la profonde délicatesse de l'ensemble confère un ton unique au film. Bien que beaucoup vendu sur son aspect sexuel et saphique (et que cette facette soit frontalement abordée par Medem et son casting) le film va bien au-delà de ça, nous emmenant vers un une belle histoire d'amour et un grand mélodrame. La nudité permanente des actrices s'oublie ainsi très vite, semblant naturelle pour nous et pour elles dans leur rapprochement progressif. Elena Anaya et Natasha Yarovenko donnent richesses et mystères à leur personnages dans ce cadre restreint, forte et fragile chacune à leur tour, méfiante et passionnée, cultivant différence et mimétisme avec une complicité constante.

Image IPB

Les premières lueurs du jour arrivées, rien de tout ce que l'on vient d'assister ne devra dépasser les quatre murs de cette chambre, Medem reprenant de manière inversée son plan séquence d'ouverture où l'on passe cette fois de la chambre à la rue en plongée. En grand romantique qu'il est, il nous laissera pourtant une lueur d'espoir pour la suite avec une superbe fin ouverte et le leitmotiv Loving Strangers de la chanteuse Russian Red n'est pas près de nous sortir de la tête. 5/6


Image IPB

Pas vu son documentaire sur la pelote basque ni son segment dans le film à sketch sur Cuba sorti l'an passé mais en attendant ça peut donner envie le cinoche espagnol ce n'est pas que Almodovar ou les films de fantômes ! Bon j'espère pas poster (complètement) tout seul ici j'aurais essayé en tout cas :mrgreen:

#9 L'utilisateur est hors-ligne   Twain 

  • Wookie
  • Groupe : Members
  • Messages : 3 182
  • Inscrit(e) : 11-mai 07
  • Profil:Homme
  • Location:La cave

Posté 20 mai 2013 - 23:31

Topic d'utilité publique. J'adore aussi Julio Medem (nos coeurs de midinettes). Merci Prof pour ce boulot et ces très belles chroniques!
Posted Image

#10 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

  • Bluette Prof
  • Groupe : Members
  • Messages : 20 781
  • Inscrit(e) : 24-février 03
  • Profil:Homme
  • Location:region parisienne

Posté Hier, 00:38

Wééééé une réponse merci Twain ! :mrgreen: Grande découverte récente ce réal je me suis fait l'intégrale en quelques semaines et c'est désormais un de mes réal favoris. Et effectivement bon pour les midnettes mais avec de sacrés élans de cruauté et de noirceurs dedans et une visions du monde, de l'esprit humain et des personnages féminins (entre autres) vraiment unique et originale. Mon préféré doit quand même être Lucia et le Sexe, ça serait l'idéal pour s'y mettre avec Les Amants du Cercle Polaire mais ils sont tous excellent.

#11 L'utilisateur est hors-ligne   BB_Vertigo 

  • Ghoulies
  • Groupe : Members
  • Messages : 185
  • Inscrit(e) : 08-février 12
  • Profil:Homme
  • Location:Lille

Posté Hier, 16:41

Je soutiens également la création de ce topic! :)

J'avais découvert Les amants du cercle polaire et Lucia et le sexe il y a une dizaine d'années. Tous les deux m'avaient séduit par leur beauté quasi-hypnotique.
Et Lucia... c'était aussi la révélation de la craquante Paz Vega. :wub:

J'ai pu voir par la suite L'écureuil rouge: intéressant, mais qualitativement inférieur aux oeuvres précitées.

Quant à Caótica Ana et Room in Rome, sont-ils sortis en France?
Tes critiques, Profondo Rosso, me font regretter de ne pas avoir pu suivre la carrière de ce réalisateur... :(
Image IPB

#12 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

  • Bluette Prof
  • Groupe : Members
  • Messages : 20 781
  • Inscrit(e) : 24-février 03
  • Profil:Homme
  • Location:region parisienne

Posté Hier, 17:23

Voir le messageBB_Vertigo, le 21 mai 2013 - 16:41 , dit :

Quant à Caótica Ana et Room in Rome, sont-ils sortis en France?
Tes critiques, Profondo Rosso, me font regretter de ne pas avoir pu suivre la carrière de ce réalisateur... :(/>/>/



Caótica Ana a eu droit à une sortie en France en 2010 trois ans après l'Espagne et Room in Rome est sorti directement en dvd chez Wild Side. Vu que tu connais et apprécie déjà Medem tu peux choper la totale pour pas trop cher dans coffret VOSTF où il ne manque que Room in Rome et le doc sur la pelote basque. Sinon ils existent tous en édition espagnole individuellement avec VOSTF mais le coffret vaut mieux Les Amants du Cercle Polaire est épuisé et coute la peau du cul tout seul :mrgreen:

http://www.amazon.fr...rds=julio+medem

Et oui sinon Paz Vega quiconque vu le film est durablement marqué :mrgreen: mais sa première égérie dans les premiers films Emma Suarez est assez fascinante aussi. Il sait vraiment magnifier les actrices...

#13 L'utilisateur est hors-ligne   francesco 

  • Madnaute
  • Groupe : Members
  • Messages : 4 621
  • Inscrit(e) : 29-août 02
  • Profil:Homme
  • Location:Buffalora / Sunnydale / Amon Hen / Paper Street / Champs du Pelennor / Cleveland

Posté Hier, 21:59

Voir le messageTwain, le 20 mai 2013 - 23:31 , dit :

Topic d'utilité publique. J'adore aussi Julio Medem (nos coeurs de midinettes). Merci Prof pour ce boulot et ces très belles chroniques!
Pareillement, et en te remerciant également pour le gros travail sur les chroniques des films de ce réalisateur incontournable (dans mon petit panthéon personnel d'amateur de cinéma, je lui réserve facile une place entre Tsui Hark & Michele Soavi à côté desquels il ne dénote assurément pas).

Si je peux me permettre : son meilleur film : Les Amants Du Cercle Polaire (très rude par contre).
"Toutes les femmes de ta vie / En moi réunies / Ton âme soeur, ton égérie / Parfois ta meilleure ennemie.
Toutes les femmes de ta vie / Glamour ou sexy / L'héroïne de tes envies / Je suis toutes les femmes, tu vois, toutes les femmes de ta vie." (L5)

Partager ce sujet :


Page 1 sur 1
  • Vous ne pouvez pas commencer un sujet
  • Vous ne pouvez pas répondre à ce sujet

1 utilisateur(s) en train de lire ce sujet
0 membre(s), 1 invité(s), 0 utilisateur(s) anonyme(s)