Howard Hawks mérite bien un post à lui tout seul et pour le coup je vais citer Babarorhum et Waco qui parlaient parfaitement de ces trois chef d'oeuvre que sont "L'impossible Monsieur Bébé", "La Dame du Vendredi", "Allez couchez ailleurs" (un ton en dessous pour moi celui ci tout de même) et le plus tardif "Chérie je me sens rajeunir"
L'Impossible Monsieur Bébé(Bringing Up Baby) (1938)
Avec Cary Grant et Katherine Hepburn
Alors là !!! Attention chef d'oeuvre absolu!
Une des plus grandes comédies américaines de l'histoire du cinéma. Hawks utilise le duo Grant/Hepburn qui fonctionne à merveille à cette période (
Sylvia Scarlett de George Cuckor par exemple) et livre une comédie loufoque, qu'on appelera la "screwball comedy".
Cette histoire ,d'un paléontologue coincé qui recherche un os de dinosaure et qui est colé par une jeune femme un peu fofolle qui ne pense qu'à son bébé léopard, est une des plus grandes réussites de son auteur. Tous les codes de la comédie selon Hawks y sont présents : ces situations incongrues et caucasses, ces quiproquos, ces dialogues à double signification, et son humour loufoque proche à certains moments des Marx Brothers. Un film qui n'épargne pas une mise en scène prodigieuse et d'un grand souci du détail. Sans parler de la photo dotée d'un des plus beaux Noir&Blanc vu au cinéma jusqu'à présent à l'époque. Mais c'est sans compter les interprétations magistrales de ses deux acteurs, avec un Cary Grant au sommet de son art(qui retrouvera Hawks dans trois autres comédies) et une Katherine Hepburn hillarante et tordante. Un duo splendide qui s'illustre à travers des scènes folle-dingue, comme ce passage du duo comique qui chante une chanson en pleine nuit au pied d'une bâtisse dans l'espoir de faire descendre Bébé, le léopard, planqué sur le toit. Ou alors ce moment cultissime d'une Katherine Hepburn à la robe déchirée au niveau du fessier qui est obligée de se coller littéralement à Cary Grant pour sortir d'un grand restaurant.
La Dame du Vendredi(His girl Friday) (1940)
Avec Cary Grant & Rosalind Russel
Hawks, cette fois ci, adapte une pièce de théatre et produit cinématographiquement une comédie de moeurs, qui à certains moments tend vers la screwball comedy. On y retrouve une nouvelle fois Cary Grant qui incarne un directeur de grand quotidien pret à tout pour récupérer sa femme. Une pièce de théatre qui aura droit à deux autres adaptations dont une de Billy Wilder(intitulée
The Front Page avec Walter Mattau et Jack Lemmon). Comédie de moeurs sur le monde journalistique et la presse à sensation, et ses dérives. Hawks livre une critique de la société américaine et de la puissance des médias dans un esprit digne des comédies du grand Capra. Mais la patte du cinéaste est toujours là, et ce à travers ses personnages et son acteur fétiche qui se livre une nouvelle fois à de la pantalonade(mais beaucoup moins que dans
L'impossible Monsieur Bébé quand meme!). A travers un homme qui ne recherche que son amour perdu, Hawks joue sur les codes du genre pour mieux se les aproprier et réalise un film drole et intélligent.
Allez Coucher Ailleurs(I Was a Male War Bride) (1949)
Avec Cary Grant, Ann Sheridan
Après s'être essayé au film de guerre, au film noir et au western, Hawks revient à un genre qu'il adore, la screwball comedy. Il y retrouve son pote Cary Grant et réalise une petite comédie bien sympathique. L'occasion pour Grant de se travestir et se faisant passer pour une femme afin de rejoindre sa femme en Amérique après la guerre. Grant y interprète un officier français qui tombe amoureux d'une jeune gradée américaine. Le style de Hawks se retrouve dans ce film, à travers ces dialogues à double entrée et qui produit des situations de malentendus et de quiproquos quasi théatrales. Hawks trouve en Cary Grant l'acteur idéal pour imposer son style comique. Le duo Grant/Sheridan fonctionne à merveille et est vraiment drole. Le film multiplie les scènes comiques avec cette scène d'un Cary Grant qui doit remplir des papiers administratifs stipulant qu'il est une femme devant un officier. Et pis c'est sans parler de Grant déguisé en femme! 10 avant
Certains l'Aiment Chaud...
Une petite comédie douce et légère à consommer sans modération.
Dans la section
screwball comedy, je me permets d'en ajouter un autre,
Monkey Business (j'espère que babarorhum ne m'en voudra pas).

(j'ai pas trouvé l'affiche US

)
Réalisé en 1952. Avec Cary Grant, Ginger Rogers, Marilyn Monroe
Cette fois-ci, on prend un singe à la place du léopard, on secoue très fort, on attend quelques secondes puis on admire le résultat (brillant, comme il se doit).
Ca fait un petit bout de temps que je l'ai pas revu mais je me rappelle quand même bien (malgré ma mémoire défaillante du haute de mes 78 ans) d'une autre de ces comédies pleine de rythme, d'inventivité et de vitamines, avec notamment un démarrage foudroyant puisque le générique de début est interrompue par la voix de Hawks lui-même (enfin, je pense que c'est lui) qui interpelle Grant en lui signifiant qu'il entre trop tôt en scène... Et c'est parti ensuite pour 1h30 de délires en tout genre avec ce chimiste qui aurait réussit à mettre au point une formule censée redonner aux vioques (les plus de 30 ans...) leur 20 ans (voir beaucoup beaucoup beaucoup moins...). Les situations sont un peu moins "hystériques" qu'avec
Bringing Up Baby (qui reste la meilleure comédie du maestro à mon avis) mais c'est tout de même très très très super méga génial et que plus de 50 ans après, ça continue à mutiler tranquillement 99,99% des comédies sorties après les années 70...
On y retrouve avec plaisir Cary Grant, encore et toujours over the top dans ce genre de situation (le type totalement déphasé qui court de catastrophe en catastrophe), une Ginger Rogers étonnante, notamment sur la deuxième partie du film où elle se lâche grave et une Marilyn Monroe dans la peau d'une secrétaire incompétente, douce et sexy.

Bref,
Monkey Business est un trip "régressif", comique et intelligent que je recommande chaudement à toutes celles et à tous ceux qui ont paumé leur âme d'enfant.
Et je m'autoquote moi même sur le tout aussi génial Ball of Fire
Ball of Fire (1941)
Huit professeurs un peu alunés rédigent depuis 9 ans une encyclopédie pour le compte de la généreuse fondation Totten. Ils sont menacés par Miss Totten et son cerbère qui veulent leur couper les vivres s’ils ne bâclent pas dare-dare leur coûteux labeur. À grand prix, ils obtiennent un sursis. Mais un bouseux vient remettre en cause par son arrivée fortuite l’article de l'éminent Professeur Bertram Potts (Gary Cooper) consacré à l’argot. Il prend la décision d’explorer méthodiquement les moindres recoins de la ville afin de récolter des mots et s'échine à convoquer pour une conférence rigoureusement scientifique quelques hominidés afin de leur tirer les vers du nez. Un des spécimens semble l’intéresser particulièrement pour la richesse de son vocabulaire : Sugarpuss (Barbara Stanwick). Mais Pottsy ignore qu’elle fricote avec des gangsters et qu'elle est traquée par la police."Blanche Neige et les Sept Nains" revisité à la sauce screwball comedy sur un scénario de Billy Wilder et Charles Brackett mis en scène par Howard Hawks, difficile de faire plus alléchant. Une très grande réussite bizarrement peu citée parmis les perles de Hawks sans doute parce que ça ressemble bien plus à ce que donneront les plus mémorables comédies à venir de Wilder. On retrouve donc une intrigue pleine de quiproquos et de faux semblant avec Barbara Stanwick réfugiées chez les nains/professeurs pour échapper à la police et qui va tomber bien malgré elle sous le charme du professeur coincé incarné par Gary Cooper. Hawks ne se laisse néanmoins pas déborder par la patte Wilder, il confère au personnage de Barbara Stanwick une gouaille et une autorité que n'ont en général pas les héroïnes pleine de candeur de Wilder (hormis... Barbara Stanwick dans "Assurance sur la mort" quel hasard !) et force largement le trait cartoonesque dans le portrait des professeurs. Le début est donc des plus tordant dans sa description de ses intellectuels verbeux au quotidien étriqué dénué de loisir avec Gary Cooper le plus austère de tous qui en fait des tonnes, totalement déconnecté du monde et voué à sa discipline. Les moments de tendresse à la Wilder sont des plus craquant comme la séduction progressive entre Stanwick et Cooper totalement dépassé, ou encore la scène où il lui fait par erreur une touchante et maladroite déclaration. Barbara Stanwick est également parfaite de bout en bout, interéssée et superficielle en apparence mais qui finit par céder à la maladresse de Cooper. On regrettera juste un final un peu expédié et moins maitrisé que le reste, mais si bien dans l'esprit cartoon du film. 5/6
Allez faire un tour sur le topic Hawks qui découvrir d'autres perles du Monsieur !