Hutch, le 16 février 2011 - 13:05 , dit :

Frank Miller -Urbaine Tragédie- de Jean-Marc Lainé, sortie prévue le 15 avril 2011.
Citation
Après avoir dépoussiéré des justiciers urbains comme Daredevil ou Batman, Frank Miller a imposé une nouvelle écriture, privilégiant la voix interne des personnages, un découpage aride et frénétique, et un engagement politique dont les super-héros n’étaient pas toujours coutumiers. Avec des œuvres plus personnelles, comme Give Me Liberty, Hard Boiled ou son cycle Sin City, l’auteur s’est définitivement imposé comme une voix forte dans le concert bruyant de l’édition américaine.
Pourtant, il ne fait désormais plus l’unanimité. Ses ratés esthétiques dans le milieu du cinéma, ses prises de positions en faveur du gouvernement conservateur américain, et l’esthétique crypto-fasciste dont il a fait l’un des jouets favoris de sa panoplie, ont attiré sur lui un regard moins amène : si le graphiste éveille toujours les louanges, le scénariste attire davantage les méfiances.
L’ancien enfant gâté des comic books continue son bonhomme de chemin, se lançant sans retenue dans les projets qui le motivent et faisant preuve d’un mauvais goût de garnement dont il ne s’est jamais départi.
L'Auteur
Né en 1970, Jean-Marc Lainé se consacre très tôt à la fiction populaire, science-fiction, polar, bande dessinée et participe à de nombreux fanzines (Scarce, Heroes…). Après des études de lettres modernes et quelques mois dans l’illustration de publicité, il devient responsable éditorial chez Semic où il met à profit sa connaissance de la bande dessinée américaine et italienne. Chez Bamboo, il dirigera la collection "Angle Comics" pendant deux ans. Conférencier, il a également enseigné la narration et l’histoire de la bande dessinée à l’E.E.S.A. Scénariste de séries pour les Pockets Semic (Dolores, Wa-Tan-Peh ou Ozark), Jean-Marc Lainé a signé La Capitale des ruines, une histoire de guerre dans le premier numéro de Pif-Gadget, et la série Le Cavalier Maure, dessinée par Patrick Dumas pour le même magazine. Il a co-écrit avec Jérôme Wicky la série Mickey à travers les mondes, publiée dans le Journal de Mickey. Il a rédigé la trilogie de science-fiction Omnopolis, (Bamboo "Angle Fantasy"), dessinée par Geyser, et s’est frotté à l’humour avec le troisième tome des Policiers, dessiné par Deberg (Clair de Lune). Il est le scénariste du deuxième tome de la série 42, dessiné par Louis, (Soleil) et du diptyque Grands Anciens, qui marque la rencontre entre les univers de Hermann Melville et de H. P. Lovecraft, chez Soleil. Enseignant et pédagogue, il rédige les sept volumes des Manuels de la BD puis La Méthode Largo Winch, chez Eyrolles. Outre Frank Miller, il travaille actuellement sur Nos Années Strange : 1970-1996, dans la collection "Pop Culture" chez Flammarion.
C'est non seulement complet mais aussi intelligent et malicieux.
J'ai pas décroché.
En plus, c'est abordable et pédagogue, ça ne prend pas le lecteur de haut tout en allant très loin, sur des points très précis.
L'articulation est judicieuse : on découvre la mise en place de la "forme millérienne" avec l'évolution du style et puis on aborde de grands sujets de réflexion comme la continuité, l'univers partagé, le débat entre l'art et le commerce, mais toujours d'une manière ludique et accessible.
Ça donne un éclairage nouveau sur l'oeuvre tout en étant extrêmement complet : on ne tourne pas en rond, rien n'est en trop.
Et donner beaucoup d'exemples et d'extraits fait que le comic-book est traité en tant que mode d'expression propre.
Un sans-faute.
Hutch, le 16 février 2011 - 13:05 , dit :

Mythe et Super-Héros d'Alex Nikolavitch, sortie prévue le 28 avril 2011.
Citation
Quel rapport entre Samson et Superman ? Stan Lee est-il vraiment l'Homère du XXe siècle, et dans ce cas, qui en est le Virgile ? Qui est le vrai Captain Marvel ? Et d'abord, qui c'est le plus fort, entre la Chose et Hulk ?
Beaucoup de questions que le lecteur éclairé ne se pose peut-être pas, et auxquelles cet ouvrage tentera cependant de répondre, parfois par la bande, une méthode qui a au moins le mérite de coller à son sujet.
L'Auteur
Alex Nikolavitch est scénariste de bandes dessinées, mais surtout traducteur de comic books depuis de nombreuses années, ce qui l'a conduit à disséquer de près cette forme de narration graphique. Il a signé entre autres les adaptations françaises de V pour Vendetta, Planète Hulk, Batman : l'Asile d'Arkham, L'Arme X ou Uncle Sam.
Comme pour le Frank Miller, le tout est très fluide et jamais bourratif malgré les notions complexes et les références pointues.
Le livre évoque de nombreux points précis de l'histoire du comic-book et du concept de super-héros, de manière très habile : en notant tout d'abord les liens avec Kirby et Ditko (excellent chapitre qui compare les deux géants, avec un titre formidable), puis en s'interrogeant sur la possibilité de renouveler les icônes.
Mais le livre reste très accessible même pour un lectorat non connaisseur des bandes.
Au travers des chapitres, on trouve des idées qui donnent à réfléchir (la comparaison James Dean/Iron Man, le rapprochement Captain Marvel/Ghost Rider), des analyses de série entières (Thor, Starman) agréables et pertinentes et une évocation des apports d'Alan Moore qui est teintée de respect et d'admiration.
C'est au final toute l'histoire des comic-books de super-héros qui est passée au grill, avec en filigrane un appel à plus d'imagination et d'invention dans les comics actuels.
Et les légendes d'images sont également un plaisir en soi.
Même si vous n'y connaissez rien, les deux ouvrages sont accessibles : le Mythe et super-héros est d'ailleurs à conseiller à tous ceux qui nous ont fait un flan sur la réutilisation du personnage de Thor par une boite d'édition ricaine.
C'est l'un des points les plus importants des deux tomes : enfin, on reparle intelligemment de comic-book en France et on remet en cause pas mal de raccourcis. C'est l'école Scarce
La critique du site Comic Box est à côté de la plaque, à mon sens, ce coup-ci. Critiquer Nikolavitch sur la subjectivité de son essai, c'est feindre de ne pas comprendre le point de vue et ne pas admettre qu'il pointe du doigt certains problèmes structurels très présents actuellement* et pointer du doigt une "erreur" dans un exemple concernant l'adaptation des super-héros à la vague du kung-fu est un contresens pour pas dire une bêtise.
*et qui, hasard ? tendrait à remettre en question le discours promotionnel de leur revue.
Ne les croyez pas, trust the Hutch

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