The Beguiled en v.o.
"Les femmes sont capables de tromperie, d'escroquerie, de meurtre, de tout. Derrière leur masque d'innocence se cache autant de scélératesse que vous pourriez en trouver chez un membre de la Mafia." :?
Don Siegel
Les Proies constitue la 3e collaboration entre Don Siegel et Clint Eastwood (après Coogan's Bluff -"Un Sherif à NY"- 1968 et Two Mules for Sister Sara -"Sierra Torride"- 1970).
A l'époque, Clint Eastwood est encore soucieux de se démarquer de son image de personnage "leonien". Don Siegel capte parfaitement le message et lui offre ici un rôle dans lequel il peut enfin briser son image de héros imperturbable. Il se moule donc parfaitement dans la peau d'un séducteur cynique particulièrement doué dans l'art et la manière de duper son prochain. Démonstration en est d'ailleurs faite de manière particulièrement savoureuse à coup de flashback ravageurs révélant la vraie nature du type. Et tout ça, un an avant Dirty Harry. Yeah!
En pleine guerre de Sécession, John Mc Burney, alias McB, caporal dans l'armée nordiste, est grièvement blessé lors d'une offensive en territoire ennemi. Il ne doit la vie sauve qu'à une jeune fille qui le conduit dans le pensionnat dans lequel elle vit. Il y est recueilli par la directrice de l'établissement, Martha Farnsworth (Geraldine Page) et sa jeune assistante Edwina Dabney (Elizabeth Hartman), qui, acceptent de le soigner malgré les risques encourus (c'est un soldat du camps d'en face).
Détail important, le pensionnat est féminin à 100%. Pour McB, après l'enfer du champs de bataille, ça a tout l'air d'être le paradis sur terre. Sauf que.
Les Proies, placé sous la houlette d'un bon faiseur, réunissait tous les ingredients nécessaires à la fabrication d'un bon gros mélo-drame sur fond historique : la guerre de Sécession et son côté "romantisme flamboyant" (Autant en Emporte le Vent?), une histoire d'amour impossible entre un honnête soldat yankee et une Digne Dame du Deep Old South, un suspense implacable avec un couple maudit menacé par les troupes Confédérées... Mais au final rien de tout ça. Pourquoi? Parce que.
Bon, en fait, la principale raison, c'est qu'on a quand même à faire à Don Siegel, un type pas commode qui n'a pas l'habitude de faire dans la barbapapa mais qui au contraire, aurait plutôt tendance à appuyer fort là où ça fait déjà mal. Dès lors, on comprend vite dès le premier quart d'heure du film que la guerre de Sécession, bah c'est pas sa priorité au Don.
Ce qui branche le réalisateur avant toute chose, c'est la mise en place d'un huis-clos étouffant chargé de thèmes le plus souvent laissés dans l'ombre tel que l'inceste, le refoulement, la frustration sexuelle et même l'idée de castration qui plane lourdement tout au long du film.
Un thriller suffocant donc qui manie habilement la psychologie de ses personnages riches en secrets inavouables.
Si le mode de lecture psychanalytique paraît être le plus évident, on peut également "s'amuser" à appliquer une grille de lecture religieuse sur le film dont la trame pourrait reposer sur deux actes.
Premier acte : la quasi-résurrection de McB en plein paradis. De simple soldat anonyme, le voici devenu le centre de toutes les attentions dans un endroit plein de femmes, vierges pour la plupart. Malgré son "impuissance" (il est diminué par sa blessure), il se sent tout de même pousser des ailes. N'est-ce pas là la concrétisation d'une certaine idée du paradis (le Valhalla?) pour beaucoup de croyants (et peu importe la religion)?
Deuxième acte : la Chute.
Tout comme Lucifer, ange parmis les anges, McB, à trop vouloir en faire, finit par se brûler les ailes lors d'un de ses jeux amoureux.
Et là, boom! c'est l'enfer qui se déchaîne avec l'explosion de toutes les tensions latentes qui mène à un bouleversement des rapports de force. Les femmes passent du statu de proies à celui de prédatrices, avec Martha en particulier, qui, se laissant emporter par une bouffée de haine absolue, en vient à assouvir son désir de vengeance par l'amputation d'une jambe de McB après que ce dernier ait été poussé dans les escaliers (je reste dans le vague pour éviter les spoilers). Le loup, finalement castré par celles qu'il a abusé avec ses mensonges, ses lâchetés et ses manipulations, est désormais neutralisé.
Au final, malgré les déclarations fracassantes de Don Siegel (cf. la citation du début), malgré les éléments accablants du film (aucune femme ne trouve grâce aux yeux du réalisateur, pas même la plus jeune fille, Amelia, seulement âgée de 12ans), on a bien là une oeuvre profonde qui va bien au-delà du simple geste provocateur d'un mysogine.
Ici, c'est de la nature humaine dont il est question, une nature qui peut se révéler impitoyable lorsqu'il n'est plus question que de survie. Logique donc de voir un Don Siegel particulièrement remonté qui envoie ballader tout le monde.
Un constat désanchanté donc pour un film qui fut boudé à son époque (et qui continue à l'être d'ailleurs si l'on en juge par la pauvre édition du dvd zone 1...) mais qui était malgré tout considéré par Don Siegel comme étant son meilleur. Il suffit d'ailleurs de se plonger aujourd'hui dans cet univers singuliers à l'ambiance gothique assumée (on évoque la Hammer avec raison) pour le comprendre et approuver entièrement.
Du cinéma envoutant, vénéneux, voir même carrément sublime (n'ayont pas peur des mots). A voir absolument (comme on dit dans ces cas là).
Un petit avant-goût de l'Enfer?
ps : à l'occasion de la re-sortie du film l'année dernière, Stéphane Moïssakis nous avait offert un décryptage parfait dans le n° d'avril il me semble (faut que je retrouve la référence exacte).
Il se peut donc que mon texte soit sous haute influence

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