J'avais fait un topic sur un sujet similaire, y a de cela un bon bout de temps, donc je me contente de recopier ma reponse hein!
Un certain madnaute, sur un certain topic, a dit que :
CITATION
On a bien compris que [tel réalisateur] n'était pas un génie, j'espère qu'il nous surprendra en bien mais si dès le départ, vous avez décrété d'avance que son film serait de la merde c'est sûr que vous allez faire preuve d'une objectivité et d'une honnêteté intellectuelle sans faille.
Mais bon, si c'est votre façon de fonctionner, c'est sûr qu'en se conditionnant à l'avance comme vous le faites, votre avis est systématiquemlent fait avant même le visionnage. Du coup, pourquoi aller voir le film ensuite ?
Je crois que cette vision est très fausse. C'est faire bien peu de cas de la puissance du cinéma que de dire : "je sais que ce quie je vais voir est nul, donc je ne vais pas aimer".
Le cinéma implique une fascination, une sorte d'hypnotisme, ou même d'état de transe qui fait que la frontière entre soi et l'écran devient floue, intangible. Une sorte de porosité entre soi et les images de fiction qui s'imposent à nous. L'expérience cinématographique repose sur une mise en état de réception. Réception quasiment médiumnique, puisque ce que nous voyons sur l'écran n'existe pas, est un programme de situations déjà mortes qui reviennent devant nous. Des situations qui se rejouent devant nous, à l'inifni (curieuse sensation que de rester dans une salle après la séance, et de revoir une autre séance - curieuse sensation de voir que tout est déjà joué d'avance, que ce qui semblait neuf il y a encore peu devient complètement prévisible, fade presque, une sorte de chemin obligé, y compris même la première partie - bandes annonces - toutes sur le même modèle- et publicités débiles).
Où je veux en venir?
Eh bien à ce point : est déclaré mauvais tout film qui n'arrive pas à atteindre ce point d'hypnotisme préalable (hypnotisme qui nécessite un certain nombre de sas, par exemple, les jingles distributeurs-producteurs, le générique qui est véritablement un passage de douane vers l'autre monde - encore ici, mais déjà ailleurs). Sas. Ce point où l'esprit décolle et devient pure jouissance. Il y a un point où l'identification marche à plein rendement. (Beaucoup a été dit sur le potentiel incroyablement puissant d'indentification aux gros plans, qui nous rapprochent des acteurs jusque dans une distance que seuls les amoureux peuvent avoir, la distance du baiser). Il y a un point où l'on bascule de ce monde vers l'univers clos proposé par un film de cinéma. Si le réalisateur n'arrive pas à l'atteindre, ce fameux point G du spectacle cinéphilique, si ce qui se passe sur l'écran, pour improbable que cela puisse sembler, n'apparaît pas non comme vrai mais comme vraisemblable, possible, si le réalisateur n'arrive pas à donner une apparence de
véridiction à tout ce qui se passe dans la vaste Caverne de Platon qu'est le cinéma moderne,
eh bien ce cinéaste-là est une merde.
L'envoûtement préalable fait fi de tous les préjugés, de toutes les défenses possibles. Il y a une extaticité du spectateur qui est à la fois dedans, et dehors : une sorte d'entre-deux, qui peut être casse-gueule au possible. On se souvient trop bien par ailleurs de ces films "coup-de-poing", ou nauséeux, dont le seul résultat possible est l'extirpation du spectateur hors de l'espace du film, extirpation rendue nécessaire pour la sauvegarde mentale, mais qui place une frontière infranchissable entre celui qui regarde, et l'écran.
Si cet entre-deux joue face à une extirpation du spectateur hors de l'espace cinématographique (genre
je vois que je vois un film), alors ce film n'est pas très bon, n'arrive pas à instituer cette illusion durable qui s'estompe au générique de fin.
Cette illusion est la base du cinéma. une illusion de réalité qui prend aux tripes et ne lâche plus.
C'est là où je voulais en venir : c'est que tous préjugés tombent devant l'oeuvre. Que tout ce qu'on a pu ruminer, deviennent comme du papier maché face au torrent de plans, de sentiments, d'effets, d'impression de réel, qu'imprime un film dans nos rétines (et plus tard, dans nos mémoires).
Le cinéma est une maraboutisation de la tête et des sensations. Hors de tous préjugés, si le film est bon, alors il emportera l'adhésion individuelle de l'individu rentré dans ces temples de la mythologie moderne, toujours recommencée, toujours à refaire, de ces petits morceaux de mythe que l'on appelle
films.