Y A-T-IL UNE SÉRIE DANS LE PILOTE ?
Y A-T-IL UNE SÉRIE DANS LE PILOTE ?
En dépit d’un gimmick amusant (les personnages se téléportent d’un bout à l’autre de la planète), le nouveau film écrit par David S. Goyer sent trop l’épisode pilote.

Pop-corn movie sitôt vu sitôt oublié, Jumper n’appellerait guère de commentaires si on n’y trouvait d’édifiants symptômes de la stratégie hollywoodienne actuelle, et de la personnalité de ses deux principaux instigateurs. Passons rapidement sur le cas de Doug Liman, réalisateur bizarrement conspué bien qu’il ait signé le très estimable La Mémoire dans la peau. L’auteur de Mr & Mrs. Smith paraît surtout soucieux de retravailler la mythologie James Bond, dont il s’attache à reproduire les décors exotiques et multiples, dans une belle variété de fuseaux horaires. Et il peut s’en donner à cœur joie avec l’histoire qui lui est ici proposée. Au cours d’un accident qui aurait dû lui être fatal, un adolescent se découvre la faculté de se « téléporter » d’un endroit à un autre. Devenu adulte, il mène une vie confortable en dévalisant les banques grâce à son pouvoir, quand il est rattrapé par une société secrète, les Paladins, vouée depuis la nuit des temps à exterminer les « Jumpers »… Avec un tel postulat, Liman peut en effet jouer à plein de l’illusion cinématographique. A la faveur d’un raccord cut, d’un panoramique filé ou d’un quelconque effet numérique, on passe sans transition d’une banlieue ricaine aux pyramides de Kheops, en passant par les rues de Tokyo et le Colisée de Rome. Suivant qu’on apprécie ou pas de telles coquetteries, la surprise se renouvelle ou s’émousse vite, mais le procédé reste rigolo, du moins jusqu’à ce que les scènes d’action le rendent par trop envahissant.



Le problème réside en fait dans le scénario de David S. Goyer, qui s’est fait le chantre des jeunes gens romantiques rêvant d’échapper à une existence morne. L’histoire reprend en effet certains poncifs (marginalisé dans son lycée, le héros regagne sa pauvre demeure pour y trouver un père célibataire et alcoolique) dont nombre d’adaptation de comics (hello la Mary Jane des Spider-man) avaient su tirer des évocations poignantes du passage à l’âge adulte et du désir d’émancipation. Mais de ces tourments juvéniles, Goyer donne une version délibérément régressive, comme c’était déjà le cas dans le pénible The Invisible qu’il avait lui-même réalisé, où un garçon bohème plaquait tout pour aller étudier le piano à Londres, mais se retrouvait coincé dans un état intermédiaire entre la vie et la mort. Ici, la vacuité narcissique des personnages réduit la figure super héroïque à sa seule dimension de fantasme adolescent, du genre : « ouah, que ce serait cool si je pouvais me téléporter quand un prof m’engueule ou quand ma mère me demande de ranger ma chambre ». Par ailleurs, on pouvait légitimement attendre que Jumper fasse souffler un petit air frais dans un monde du blockbuster en pénurie de sujets originaux, et ce même si le film est en fait adapté des romans de science-fiction de Steven Gould. Las, faute d’un univers autonome, le dialogue finit par se rabattre sur des références à la BD, en particulier aux unions ponctuelles de super héros que les anciens lecteurs de Spécial Strange avaient découvertes dans des épisodes du type Spider-man et La Chose… ensemble !

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