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Difficile d'appréhender un remake sans le comparer machinalement avec l'oeuvre dont il s'inspire, à plus forte raison lorsque celle-ci affiche moins de dix années au compteur.
Si leurs films suivants ont su refroidir le public quant au talent réel des frères Pang, et surtout leurs opinions politiques (il faut voir avec quelle extrêmisme Recycle abordait le thème de l'avortement), The Eye avait tout, en 2002, du coup de maître. Seul fleuron de la nouvelle vague de films de fantômes asiatiques à tourner le dos aux conventions graphiques de Ring (pas d'esprit chevelu à l'horizon) au profit d'une vision froide de l'au-delà proche du Sixième Sens de Shymalan, The Eye s'appuyait de plus sur un personnage principal passionnant, une musicienne aveugle héritant des cornées d'une jeune voyante. La greffe tournait évidemment en cauchemar, le quotidien de l'héroïne étant bientôt envahi par des cadavres ambulants et de mystérieuses ombres dégingandées, chargées de leur faire traverser une simili-rivière Styx.

Armés d'un pitch à toute épreuve, dont seul le grand public américain ignore les tenants et aboutissants, les pontes de Paramount Vantage et de Lionsgate décident donc de confier le remake à deux jeunes réalisateurs étrangers, en l'occurence les français Xavier Palud et David Moreau, dont le Ils, bien qu'unanimement méprisé dans l'Hexagone, a su convaincre outre-Atlantique. Cette nomination n'a pourtant rien d'une récompense, puisqu'elle assure aux producteurs (dont Paula Wagner, associée de longue date de Tom Cruise) un contrôle absolu du projet. A l'instar de Xavier Gens sur Hitman et Eric Valette sur One Missed Call, deux longs-métrages conçus dans un contexte similaire, les deux cinéastes ne servent de leur propre aveu qu'à concrétiser la seule vision de leurs commanditaires. Entourés d'une équipe de fonctionnaires chevronnés (dont Marco Beltrami à la musique, qui ne pourra plus longtemps cacher son indifférence vis-à-vis du médium cinéma), Palud et Moreau orchestrent donc un revival en apparence ultra-fidèle du The Eye original (jusque dans certaines transitions de montage), revival qui va vite sombrer dans la pire aberration au fil des modifications scénaristiques imposées par ses initiateurs.
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