TROISIÈME JOUR : PEUR PRIMALE
TROISIÈME JOUR : PEUR PRIMALE

Avant de commencer le compte-rendu de cette journée riche en émotions diverses, un petit retour dans le temps jusqu’à… hier soir, pour signaler l’ambiance plutôt particulière de la séance de questions/réponses qui a suivi la projection de Frontière(s). Un Xavier Gens visiblement gêné n’a pas réussi à contenir la hargne et la morgue d’une petite partie de son casting, lequel a littéralement chié sur un pauvre spectateur qui a eu le malheur de dire poliment qu’il n’aimait pas le film. Pas l’idéal quand on essaye de créer un lien avec le public pour promouvoir une œuvre… Fin de la parenthèse, entrons dans le vif du sujet : les films.



La journée commence (difficilement, vu que le Grand Hôtel fut à nouveau le théâtre d’agapes nocturnes à base de queues et de boules ; en bref on a joué au billard) avec Joshua de George Ratliff, un « gamin diabolique flick » qu’on aurait plutôt vu dans une sélection Cognac, puisque l’argument du long-métrage n’a rien de fantastique. Ce qui ne l’empêche pas d’être une agréable surprise, car cette histoire classique de môme machiavélique qui planifie avec sang-froid la destruction de sa famille est narrée avec une bonne dose d’ironie mordante. Un petit film impeccablement interprété (Sam Rockwell, Vera Fermiga) qui s’en tire du coup avec les honneurs, malgré un rythme pépère et une mise en scène conventionnelle (comprendre, c’est pas très beau et c’est un peu chiant quand même).

Le temps pour la Mad Team de se restaurer (et pour Rurik Sallé de saluer la serveuse : « Bonjour. Je vous aime. On couche ensemble ? »), et hop, retour en salles. Paradoxalement, le second film de cette journée, The Brøken de Sean Ellis, a beau s’ancrer pleinement dans le fantastique (des gens sont tués par leur reflet dans le miroir, qui entre dans le monde réel pour prendre leur place) et se parer d’une réalisation élégante, il attire bien moins la sympathie que Joshua. Pleine de vide, dénuée de sens, d’une froideur certainement voulue mais fatalement rédhibitoire, cette relecture de L’Invasion des profanateurs ressemble à un court-métrage étiré sur une interminable heure et demie. Tiens, c’est marrant, le précédent effort d’Ellis, le sympathique Cashback, était constitué d’un court rallongé après coup pour atteindre la durée d’un long. Bref, si vous avez envie de voir un film de trouille où la première scène horrifique intervient au bout d’une heure, c’est par là que ça se passe. Pour la sieste aussi, d’ailleurs.

Cela dit, on ne risquait pas de dormir longtemps : l’atomique [Rec] de Jaume Balaguero et Paco Plaza est venu dynamiter cette journée jusqu’ici plutôt tranquille. On vous ressert le pitch par conscience professionnelle : une journaliste et son caméraman filment le quotidien d’une équipe de pompiers pour les besoins d’une émission. Répondant à un appel signalant des cris dans un immeuble, ils vont être plongés dans une indicible horreur. Tout comme Cloverfield (et Diary of the Dead), [Rec] adopte le parti pris de « filmage réalité » popularisé par Le Projet Blair Witch. Mais là où le film de Matt Reeves, pourtant sacrément fun et spectaculaire, atteint rapidement ses limites dans l’artificialité de son procédé (« Hop, je saute d’un gratte-ciel à l’autre, mais je filme quand même, pas besoin de ses deux mains quand on est suspendu à 300 mètres du sol ! »), celui de Plaza et Balaguero est d’une intelligence à toute épreuve. L’utilisation de la caméra subjective est toujours justifiée, et bétonne l’implication du spectateur. Résultat : les passages de pure flippe s’enchaînent crescendo jusqu’à un final proprement terrifiant (filez Silent Hill 2 à Balaguero !!). Premier vrai film d’horreur de la sélection, [Rec] a fait l’effet d’une bombe auprès du public, qui a hurlé, ri et applaudi avec un plaisir palpable, avant d’offrir un triomphe au long-métrage dès le début du générique de fin. De bon augure pour le palmarès…

Difficile de passer après [Rec], mais c’est ce qu’a courageusement tenté de faire Shrooms, long-métrage hors compétition de l’Irlandais Paddy Breathnach. Précédée d’une calamiteuse réputation, cette bande joliment décérébrée ne méritait pourtant pas l’accueil narquois qui lui a été réservé. Certes branlant et mal écrit, Shrooms a au moins le mérite d’être drôle et de ne pas se prendre au sérieux, comme en témoigne son pitch : des ados ricains viennent rejoindre un pote en Irlande pour un week-end « champignons hallucinogènes » dans une forêt propice à la cueillette. Complètement stone, victimes d’hallucinations, ils vont être confrontés à d’étranges agresseurs liés à une légende urbaine (ah ben nan, forestière, du coup). Gros bis à la limite du Z mais plus futé qu’il n’en a l’air, Shrooms peut se permettre d’enchaîner les scènes totalement autres grâce à ses foncedés de personnages, qui ne font plus la différence entre la réalité et leurs visions. Résultat, les teenagers cons comme la lune du slasher de base le sont ici encore plus ! Ça casse pas trois pattes à un canard, mais face à The Brøken, Shrooms fait figure de modèle de rythme et d’efficacité…

Fin de la journée, direction l’inévitable Grand Hôtel où Alexis Dupont-Larvet dénicha pour la team quelques canapés bien douillets en chassant leurs pauvres occupants à coups de « nain dilateur ». Non, vous ne voulez pas savoir ce que c’est…


Laurent Duroche
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