SEVICES COMPRIS
SEVICES COMPRIS
Flashback un an en arrière : avec une décomplexion rarissime dans l’histoire du cinéma d’exploitation, Saw IV se permettait de déguiser une motivation purement mercantile en twist scénaristique soi-disant audacieux. En gros, Jigsaw avait bien un complice, et il faudrait en découdre avec ce dernier dans au moins trois nouveaux épisodes. Vous ne pensiez tout de même pas que la poule aux œufs d’or allait cesser de pondre à la mort du bad guy principal ?

Consternant à tous les niveaux, le dernier opus signé Darren Lynn Bouseman aura donc ouvert la voie à une seconde saga, plus transparente encore dans son intention de capitaliser sur la popularité morbide du concept initial, sorte de déclinaison quasi-pornographique du cinéma horrifique. Avec sa succession de tortures grotesques, sadiques et souvent invraisemblables (à moins que le bourreau cumule une trentaine de diplômes, ait une casse et une forge en sa possession et soit capable de prédire à la seconde les agissements de vingt personnes plusieurs mois à l’avance), filmées avec toujours plus de voyeurisme jusqu’à la « partouze » finale, la série Saw entendait pourtant à l’origine renouer, au-delà d’une forme souvent trop clippesque, avec le gore italien des seventies. Une noble intention totalement bafouée dès le second opus, la cinéphilie de James Wan et Leigh Whannell laissant place à l’opportunisme de Lionsgate et Twisted Pictures. Opportunisme qui se trompe hélas de lucarne, puisque les auteurs pillent sans scrupules les codes les plus éculés du serial télévisuel (personnage qui commente ses découvertes en monologues, objets exhumés dont l’utilité ne sera explicitée que dans le prochain épisode) pour étirer artificiellement leur intrigue. Une intrigue désormais tellement confuse et bridée, d’ailleurs, que lesdits scénaristes se voient obligés d’apporter tout un tas de rustines à la trame originelle, quitte à balancer sans prévenir des flashs-back dans des flashs-back. Saw V, tout comme ses trois prédécesseurs, avance à reculons, pour au final ramener le spectateur au point de départ.



N’espérez aucune émotion ici, ni même un quelconque effort de caractérisation au rayon des victimes potentielles. Exposées en un temps minimal, celles-ci se définissent avant tout pour la viande qu’elles sauront étaler devant l’œil hagard du spectateur. Que l’on soit clair, de viande, Saw V n’en manque pas. David Hackl, ancien réalisateur de seconde équipe aujourd’hui promu cinéaste à part entière, se met clairement en quatre pour respecter les désirs de ses commanditaires. Aucun détail graphique ne sera donc épargné au public ; peu importe qu’une proie vienne à périr dans le souffle d’une explosion, ou électrocuté au creux d’une vieille baignoire – situations propices à la suggestion, donc à la mise en place d’une terreur psychologique, Hackl nous ramènera systématiquement sur les lieux du crime et s’empressera, une loupe collée à l’objectif, de scruter la barbaque sanguinolente. Pêchant par excès de zèle, et désacralisant en définitive toute viscéralité dans l’horreur décrite, Saw V ressemble au final à un film de mercenaire, au mauvais sens du terme. Une bande techniquement correcte (les maquillages, réalisés en un temps record, font leur office), artistiquement dans les choux (certains plans sont répétés à quelques secondes d’écart ; à voir pour le croire) et commercialement viable : avec déjà 50 millions de dollars au États-Unis et une recette française en première semaine supplantant celle du dernier Ridley Scott, on n’est franchement pas prêt de voir le bout du tunnel.



Alexandre Poncet
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