C’est le 24 septembre dernier que nous furent proposées, en exclusivité mondiale, la nouvelle bande-annonce et quelques scènes de The Spirit, adapté par Frank Miller du comics de Will Eisner. Pour sa première réalisation en solo après avoir fait ses classes auprès de Robert Rodriguez, Miller, présent lors de la projection, a logiquement choisi une approche similaire à celles de Sin City et 300, tournant intégralement le film en studio avec des acteurs évoluant sur fond vert. Visuellement, le résultat est très convaincant, avec ses teintes glamour et expressionnistes évoquant à la fois le film noir et le serial (on pense d’ailleurs à Sky Captain). Mais si les scènes de baston sont parfaitement lisibles et suffisamment inventives pour capter l’attention (au même titre que les courbes ravageuses d’Eva Mendes, le charisme évident de Gabriel Macht et la musique héroïque de David Newman), deux problèmes se posent : l’humour (pas franchement drôle) qui désamorce en permanence l’action, et par extension le jeu outrancier de Samuel Jackson, super-vilain aux accoutrements ridicules flanqué de sbires hilares. Et quand on sait que meilleur est le méchant, meilleur sera le film…
Il est trop tôt, quoiqu’il en soit, pour juger si The Spirit sera une réussite ou non. Peut-être faut-il se faire à l’idée qu’il s’agira d’un divertissement tout public, et pas d’une plongée dans les ténèbres du crime comme on l’ espérait. Rencontré quelques heures plus tard à son hôtel, Frank Miller, qui s’apprête à retrouver Rodriguez pour co-réaliser Sin City 2 et avoue avoir été enthousiasmé par Shoot’Em Up, nous explique humblement sa vision des choses…
The Spirit est-il un héros au sens tragique du terme ?
Non, c’est un héros romantique. Mais c’est aussi un héros existentiel, car il ne sait pas qui il est, ou plus exactement ce qu’il est. Quand l’histoire commence, il ignore s’il est mort ou en vie, il se trouve quelque part entre les deux. Et durant tout le film, il va tenter de percer ce mystère…

En voyant les premières scènes, on est un peu désarçonné par leur humour… Le film comporte-t-il autant de sexe et de violence que de blagues ?
Il est en tout cas très sexy, je pense que les images parlent d’elles-mêmes (rires). Pour ce qui est de la violence… Les combats sont brutaux, mais ça n’a rien à voir avec Sin City. On est plus proches du style de Will Eisner, même si tout en respectant le comics le film est très moderne dans son traitement.
Il n’était pas censé être classé R ?
Non, finalement, il sera PG-13.
C’est votre décision ou celle du studio ?
Les deux. J’ai envie de toucher un large public, de lui apporter de l’aventure et du plaisir, qu’il s’évade. Mais The Spirit va au-delà du pur entertainment, comme toute bonne histoire se doit de le faire.
Ce n’est donc pas une recréation du personnage avec votre propre style, c’est plutôt un hommage à l’œuvre d’origine…
Ni l’un ni l’autre, en fait. Mais Will Eisner ne m’aurait jamais pardonné de trahir sa vision. J’ai essayé de faire le meilleur film possible en utilisant ce monument du comic strip, qui était très vif, très énergique. Quant à mon style…Je ne raisonne jamais en ces termes, parce qu’il est déjà là, le style, et c’est celui de Will Eisner. Pendant que je préparais le film, que j’ai entièrement storyboardé, je dessinais chaque plan deux fois : comme je l’aurais fait moi, puis comme l’aurait fait Will Eisner. A la finale, c’est presque toujours lui qui l’a emporté. J’ai ensuite travaillé de concert avec le responsable des effets spéciaux pour que cela soit traduit à l’image le plus fidélement possible.
|