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Cette quatrième journée du 15ème Festival de Gérardmer fut placée sous le signe des morts, qu’ils soient fantomatiques ou zombifiés. Et pas seulement à l’écran, vu l’état de décomposition de plus en plus avancé de la Mad Team…
Gueule de bois ou pas, pas question de rater le premier film de la journée, et l’un des événements les plus attendus du Festival : Diary of the Dead, qui fut donc projeté à 11h devant une salle pleine à craquer, prête à communier une fois de plus avec le maître de Pittsburgh. Pourtant, les craintes étaient réelles : le concept du film est casse-gueule (la méthode Blair Witch appliquée au film de zombies romeroesque), sa modernité risquant de ne pas seoir à l’approche plus « classique » du cinéaste. Mais ces peurs sont rapidement balayées : Romero fait preuve d’une intelligence proche de celle de Balaguero et Plaza dans sa gestion du « filmage réalité », et parvient à justifier ce parti pris tout au long de son film. Réjouissant dans ses quelques débordements gore, oscillant à la perfection entre une thématique parfaitement exploitée (la surabondance d’informations dans le capharnaüm médiatique actuel, qui ôte aux images leur objectivité et crédibilité) et un humour féroce (avec au passage une pique aux zombies sprinters de Zack Snyder). Romero fait table rase du passé et renouvelle sa saga avec une incroyable énergie, et une envie de filmer, de dénoncer et de divertir dont ne savent plus faire preuve depuis longtemps la plupart des productions actuelles. Qu’on se le dise : Romero is back, baby ! Et on n’a pas fini d’en parler.
Dans la catégorie inédits hors compétition, Aparecidos de Paco Cabeza est annoncé comme un énième film de fantômes « inspiré de faits réels ». Comme dans Le Labyrinthe de Pan, la petite histoire et la grande se télescopent. Ici, ce sont les crimes de Pinochet et de ses sbires qui reviennent à la surface, via les membres d’une famille morts vingt ans plus tôt, et dont les âmes ne trouvent toujours pas la paix. Frère et sœur, Malena et Pablo vont croiser le chemin de ces âmes en peine, durant un périple initiatique, en quête de la vérité sur leurs origines et leur identité. Bien joué, correctement shooté, mais trop long et plombé par une intrigue aux rebondissements parfois bordéliques, Aparecidos ne révolutionne pas le genre, malgré quelques idées graphiques impressionnantes (le fantôme ensanglanté de la fillette soulevé dans les airs, image qui a d’ailleurs été utilisée pour l’affiche). Car les références, visibles comme le nez au milieu de la figure, pompent allégrement Abandonnée pour le premier segment, et Sixième Sens pour un final au discours plus que pompeux. Bref, rien de neuf sous le soleil de Gérardmer.
Dernier film de la journée, L’Orphelinat de Juan Antonio Bayona. Précédé d’une réputation flatteuse depuis sa projection à Cannes 2007 dans le cadre de la Semaine Internationale de la Critique, cette histoire de fantômes et d’enfant disparu n’a pas déçu. Bayona n’invente certes pas grand-chose (au menu : de gros morceaux des Innocents, Poltergeist et L’Échelle de Jacob), mais la maîtrise du cinéaste espagnol, dont c’est le premier long, est indéniablement impressionnante. Malgré certaines ficelles un peu grosses, le film se montre aussi efficace dans l’angoisse (quelques scènes de pure flippe à l’efficacité redoutable) que dans l’émotion (l’actrice Belen Rueda est extraordinaire, et le final un véritable crève-cœur). Porté par une mélancolie discrète, L’Orphelinat fut visiblement l’un des coups de cœur du public, et se pose d’office parmi les favoris. À noter que le film fut précédé d’un hommage à Takashi Shimizu, qui contrairement à pas mal de ses confrères japonais, a l’air d’un bon déconneur…
L’Orphelinat terminé, direction la patinoire de Gérardmer pour le diner du 15e anniversaire, où l’on a pu voir Stuart Gordon danser devant le caméscope de Shimizu sur le ABC des Jackson 5 mixé par Cut Killer aux platines ! Le genre de vision qui vous marque son homme ! Et la Mad Team dans tout ça ? À votre avis ? Dans le carré VIP à picoler comme des chacals ! Les bonnes vieilles habitudes, ça se cultive…
Laurent Duroche
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