Miike fait parler la poudre
Miike fait parler la poudre

Qui pourra un jour l’arrêter ? Takashi Miike, 47 piges et une soif de création jamais apaisée, revisite à sa façon le western-spaghetti avec Sukiyaki Western Django, relecture forcément déjantée du classique de Sergio Corbucci. Djangooooooooooooo !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!



Qu’on soit fan ou détracteur, force est d’admettre que la filmo de Miike ne cesse de surprendre. Après avoir fait le tour de la culture populaire japonaise qu’il n’a cessé d’explorer au détour de genres ultra codifiés comme le kwaidan eiga, le yakuza eiga ou encore le yokai eiga, voilà que Raging Takashi s’attaque à un monument pop bien occidental : le western-spaghetti. Étonnant ? Pas forcément, tant les liens qui unissent le western italien et le cinéma japonais sont nombreux et éloquents. Le ronin des chambaras n’est-il pas le reflet du desperado des westerns ritals, dans son imagerie comme dans ses thématiques ? Par ailleurs, les Italiens se sont souvent servi de figures types du cinéma nippon en les insérant au cœur même d’histoire archétypale du genre spaghetti. Certains acteurs japonais ont même connu les studios de Cinecittà, comme ce fut le cas de Tetsuya Nakadai (Goyokin), incarnant le taciturne vilain du très sympathique Cinq gâchettes d’or, réalisé par Tonino Cervi. Aujourd’hui, c’est au tour de Miike de jouer la carte de l’importation. Pour ce faire, il choisit en digne représentant de l’occident le geek le plus égocentrique de la planète : Quentin Tarantino, qui interprète un certain Ringo (!) dans le film. Fan number one du Django de Corbucci, Quentin est aussi un fin connaisseur du genre, à l’instar de son (ex ?)pote Robert Rodriguez, qui cite depuis ses débuts cinématographiques le western spaghetti comme source d’inspiration première. D’ailleurs, en zieutant les premières images du film de Miike, on ne peut s’empêcher de penser aux délires potaches de Rodriguez tant l’univers azimuté du stakhanoviste japonais rappelle celui du Mexicain fou. Même univers bigarré où s’entrechoquent modernité et archaïsme et même volonté décomplexée de livrer aux spectateurs un spectacle grandiloquent et généreux dans son approche. Transposition de l’histoire oblige, Miike nous propose de suivre l’affrontement historique de Genpei, qui a opposé entre 1180 et 1185 le clan Taira au clan Minamoto. Paumé au milieu des balles, un pistolero mystérieux mieux apprêté que Franco Nero et incarné par le jeune Hideaki Ito va jouer du canon et donner le « la » avec ses flingues. Présenté à la Mostra de Venise dans le cadre d’une ÉNORME rétrospective autour du western italien, le film de Miike a séduit pas mal de festivaliers par son aspect iconoclaste et son instantanée loufoquerie. Après l’excellent Les Larmes du tigre noir (thaïlandais, pour le coup, celui-là), Sukiyaki Western Django sera-t-il l’hommage ultime à un genre définitivement enterré ? Réponse, on l’espère, bientôt en France.


Fausto Fasulo
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