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À l'heure où le cinéma de genre se partage de plus en plus ostensiblement entre opportunisme (les prods Michael Bay, la série Saw, etc.) et aspirations d'auteurs (Jackson, Cameron et consorts), on se demande bien quelle place peuvent aujourd'hui occuper les artisans passionnés, dont fait indéniablement partie David Twohy.
Mis au ban d'Hollywood depuis quelques années (même le jadis increvable John Carpenter a abandonné ses caméras), les vieux briscards du cinéma d'exploitation, ceux qui y officient davantage par envie et savoir-faire que par un quelconque appât du gain, sont une espèce en voie de disparition. Avec sa carrière de réalisateur limitée à cinq titres en 16 ans, tous dans le registre du fantastique ou de la science-fiction, David Twohy est ainsi presque une relique d'un autre âge, voire un paradoxe temporel en soi. Timescape, The Arrival, Pitch Black et Abîmes ne répondent clairement pas aux exigences hollywoodiennes telles que l'on peut les imaginer, préférant développer un argument fantaisiste au premier degré plutôt que de s'appesantir d'un cahier des charges grand public, star en tête d'affiche à la clé. Seule exception théorique à cette transparence cinéphilique (le genre étant chez Twohy le seul et unique argument de vente), le blockbuster Les Chroniques de Riddick donne dans le gigantisme spectaculaire, les effets visuels par centaines et la glorification de sa star, Vin Diesel. Inconnu à l'époque de Pitch Black, l'acteur profite ici du triomphe de Fast and Furious, et sa jeune popularité justifie à elle seule les 120 millions de dollars débloqués par Universal pour que Twohy puisse mener tambour battant son étrange space opera. Étrange, c'est le mot, car rien dans Les Chroniques de Riddick ne semble s'accommoder aux exigences du spectateur non averti. Le film donne plus volontiers dans une science-fiction littéraire (beaucoup d'emprunts au cycle de Dune, en particulier dans le Director’s Cut), dans l'action métaphysique (cf. le design et l’arsenal des Necromongers) voire dans le serial rétro (l'évasion de la planète prison et la course contre le soleil, sorte d’inversion du concept de Pitch Black). Le cinéaste semblait pourtant prévenir le public de Fast and Furious à même l'affiche, présentant le héros de dos face un panorama purement SF. Une manière pertinente de sacrifier d'emblée sa vedette sur l’autel du genre.

« Ce que j'aime dans la SF, c'est qu'il n'y a aucune frontière » explique Twohy. « J'ai parfois une imagination débordante, et ce genre me permet de ne pas me sentir claustrophobe. Certaines personnes sont terrifiées à l'idée qu'aucune règle ne vienne régir leur écriture. Ce n'est vraiment pas mon cas. » Cette prédisposition pour gérer la fantasy amène rapidement Twohy, en début de carrière, à faire ses armes sur les scénarios de séries B plus ou moins heureuses, mais dans tous les cas profondément ancrées dans un univers fantastique. Des expériences qui ne font pas forcément la fierté du bonhomme, malgré les souvenirs émus d’une poignée de cinéphiles. « J'ai essayé d'effacer Critters 2 de mon CV il y a déjà longtemps. J'oublie d'ailleurs régulièrement que je l'ai écrit. Critters était une pure commande, Warlock en revanche a été mon premier vrai projet original. Quand bien même : je l'ai vu récemment à la télé et je le trouve irregardable, pour être honnête. Je crois que l'histoire est bonne, mais l'exécution est tellement faible... » Peu désireux de fonder sa réputation sur des nanars, Twohy décide de s'éloigner un temps du fantastique, et signe pour Warner Bros. l’exceptionnel scénario du Fugitif. Le film, couvert d’éloges et oscarisé (la statuette allant à Tommy Lee Jones, au grand dam d’Harrison Ford), ouvre à Twohy des portes jadis inaccessibles. C’était un peu le but recherché : « Ce n’est pas parce que j’ai écrit Warlock que je ne suis intéressé que par le fantastique, ou encore que c’est la seule chose que je sais écrire. Pourtant, ce film a contribué à ce qu’on me colle une étiquette : celle du type qui bosse dans le cinéma de genre, l’horreur, la science-fiction et tout ce qu’on peut trouver entre les deux. C’est aussi pour ça que j’ai écrit Le Fugitif ou encore À armes égales, qui est autant un actioner qu’un drame. L’idée de mêler un film de genre à quelque chose de totalement différent n’est pas pour me déplaire. ». En ce qui concerne les talents d’écriture de David Twohy, cet inénarrable À armes égales représenterait plutôt un contre-exemple, la soupe propagandiste du script donnant l’occasion à un Ridley Scott au creux de la vague de concurrencer le chef-d’œuvre de son frère, Top Gun. En comparaison son scénario pour Waterworld, hommage plus ou moins heureux au Mad Max 2 de George Miller, ressemblerait presque à du Shakespeare. Autre sortie de route de Twohy : Terminal Velocity, thriller vaguement teinté de haute technologie mis en image sans enthousiasme ni talent par Deran Sarafian. Une bande oubliable, qui permet néanmoins à l’auteur de rencontrer la star de son second film en tant que réalisateur.
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