L'AVENTURE, C'EST L'AVENTURE
L'AVENTURE, C'EST L'AVENTURE

Attendu depuis dix-neuf ans, sans cesse repoussé à cause de l’opiniâtreté de George Lucas (le script rejeté de Frank Darabont était paraît-il fabuleux), Indiana Jones 4 sort enfin en salles, dans une atmosphère de fébrilité digne d’un certain Episode One. De là à dire que l’histoire se répète…



Si l’on ne peut nier que Le Royaume du Crâne de Cristal respecte les codes les plus immuables de la trilogie originale, jusqu’à se plier à l’exercice de la « montagne » du plan d’ouverture, le film englobe un univers bien plus large que prévu, renvoyant autant aux trois premiers opus qu’à la série Young Indiana Jones (l’anecdote sur Pancho Villa) et même aux romans dérivés (l’expédition à laquelle participa Jones pour le gouvernement en 1947, l’évocation du personnage de Deidre, un amour de jeunesse, etc.). Sans doute motivé par Lucas, ce choix d’écriture éloigne d’un point de vue sensoriel le métrage des épisodes précédents, pour lesquels la continuité n’avait jamais été une fin en soi. Le résultat est à double-tranchant : si le personnage perd son aura d’icône figée dans son époque (par essence les années 1930), il devient définitivement ce que son créateur avec fini par voir en lui : un témoin privilégié des grands étapes historiques du XXème siècle. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que Jones soit présenté ici comme un héros de guerre, ou qu’il soit désormais une victime du McCarthisme. Contaminé par la vision thématique de Lucas, Spielberg développe lui-même cette idée et transforme peu à peu son héros en observateur, au point de structurer sa mise en scène autour de deux plans larges proprement ahurissants, renvoyant aux couvertures des pulps et comics des fifties. Deux compositions qui propulsent le héros, miniaturisé au premier plan, dans l’inconscient collectif américain des années 50.



Dans ses quelques déclarations égrainées au fil du tournage, Lucas n’avait pas menti : d’une compréhension suffisante des années 1950 américaines dépend l’appréciation du Royaume du Crâne de Cristal à sa juste valeur. Les peurs du communisme, de l’atome, des fourmis géantes (rouges de préférence), des perversions spirituelles et des invasions quelles qu’elles soient sont logiquement le moteur du script de David Koepp. Le McGuffin est lui-même une incarnation de la pensée unique, tandis que Spielberg aligne avec une jubilation non contenue des références à des classiques de la SF de l’époque, notamment Them !, Earth Vs Flying Saucers et Body Snatchers (dialogue compris). Programme chargé donc, auquel Lucas ajoute une irrésistible pincée d’American Graffiti, à travers une course poursuite en décapotable et une bagarre de bar hilarante entre des premiers de la classe et des blousons noirs. Dans ce contexte, le personnage tant redouté de Mutt Williams, campé par un Shia LaBeouf tout à fait correct, remplit son contrat et offre un judicieux contraste entre une jeunesse jouant aux rebelles et une génération antérieure plus à l’aise dans les faux-semblants.

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