LE TEMPS DU MASSACRE
Après un premier teaser illustré par The Beginning is the End is the Beginning des Smashing Pumpkins (entendu dans… Batman et Robin !), la promo Watchmen s’intensifie : le 14 novembre dernier, Zack Snyder (épaulé par Dave Gibbons) fait escale à Paris pour dévoiler à la presse environ vingt minutes de son film, un mois après que les projections-test réalisées aux États-Unis aient conquis leur public (certains parlent du « plus grand film de super-héros jamais réalisé »). Autant le dire tout de suite : iconiques à la mort, contemplatives et chargées d’une atmosphère d’apocalypse, les images dévoilées promettent un spectacle totalement inédit, même si les ralentis qui ponctuaient 300 répondent encore une fois présents à l’appel. 


Snyder ne s’en cache pas : bien que classé R par la MPAA (« for graphic violence, sexuality, nudity and language ») et généreux en membres arrachés, en exécutions sommaires et en frontal nudity (dont le membre viril du Dr. Manhattan), Watchmen ne comporte que très peu de scènes d’action pure. Parmi elles, l’assassinat du Comédien, dont la mise en scène évoque furieusement Blade Runner : Jeffrey Dean Morgan, Le Javier Bardem yankee chéri de ces dames dans Grey’s Anatomy et P.S. I Love you, crève l’écran en Edward Blake et voit son appartement dévasté lors d’une baston homérique délicatement enveloppée par Unforgettable de Nat King Cole. Plus ludique, l’évasion de Rorschach démastique sec mais joue également sur la suggestion de manière très hitchcockienne lors d’un meurtre sans pitié.
Jusque-là, rien de surprenant : on connaît déjà la maîtrise technique de Snyder. Reste à savoir si la narration sera à la hauteur de l’ambition du projet. Si l’on en croit les deux autres séquences montrées, il n’y a pas lieu de s’inquiéter : le réalisateur de L’Armée des morts s’est emparé de son sujet à bras-le-corps et chaque plan témoigne de sa passion et de son respect pour l’œuvre originale. D’abord à travers un générique estomaquant qui nous raconte l’uchronie imaginée par Alan Moore et Dave Gibbons de 1940 aux années 70 au son de The Times They Are A-Changing de Bob Dylan, et où l’on voit entre autres le Dr. Manhattan serrer la main de JFK peu avant qu’il soit abattu à Dallas par le Comédien. Ensuite dans la longue séquence racontant les origines du Dr. Manhattan, qui s’impose d’emblée comme un sommet du genre tant elle offre des images d’ores et déjà inoubliables et une profondeur psychologique insoupçonnée dans le portrait de son héros, Snyder pratiquant l’art de l’ellipse avec une fluidité rare. Intimiste, Watchmen ? En recréant tout un univers au sein duquel évoluent des personnages que la narration suit comme leur ombre tout en exprimant leurs états d’âme, Zack Snyder ne fait pas autre chose que du cinéma épique. À cet égard, le nouveau teaser, cette fois scandé par du Philip Glass et Take A Bow du groupe Muse, est suffisamment éloquent.

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Autre aspect essentiel du récit, la musique. D’abord via un soundtrack « à la Scorsese » riche en chansons marquant leurs époques respectives (Desolation Row et All Along the Watchtower de Bob Dylan, The Sounds of Silence de Simon & Garfunkel, 99 Luftballons de Nena…), mais aussi par la grâce d’un score confié au fidèle Tyler 300 Bates (Halloween, Doomsday,Le Jour où la Terre s’arrêta), à qui Snyder a demandé de s’inspirer des musiques de Blade Runner, Police Fédérale Los Angeles et Le Sixième sens de Michael Mann. Autant de titres emblématiques des eighties et de la cinéphilie du bonhomme, qui n’a pas lâché le morceau quant à la durée de son film : Watchmen devrait avoisiner les 2h40 générique compris, en attendant un director’s cut en DVD d’environ trois heures, auquel il faut rajouter trente minutes consacrées au Black Freighter, segment qui pourrait être réalisé en animation, le rôle du pirate étant attribué à nul autre que Gerard Butler. Malgré tous les problèmes légaux qui lui sont tombés dessus et le fait qu’Alan Moore ait refusé d’être crédité au générique après avoir entendu dire que le film était raciste et homophobe, Watchmen doit toujours sortir le 6 mars 2009 aux USA et douze jours plus tard en France. On saura alors si Zack Snyder est un visionnaire et le digne successeur de Ridley Scott…





Cédric Delelée
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