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Déjà à l’origine du crossover Batman / Deathblow et du portrait détonnant de Lex Luthor dans Man of Steel, Azzarello et Bermejo ont remis le couvert pour accoucher d'une vision postmoderne du Joker. Un album entre Se7en et le cinéma urbain de Michael Mann. Proche visuellement de l’incarnation de Heath Ledger dans le film de Nolan, leur Joker risque bien de marquer l’histoire du clown psychopathe....
En 2005, vous étiez déjà réunis sur un autre projet de relecture d’un des grands « méchants » de DS avec Lex Luthor : Man of Steel. Ce Joker est clairement une extension du concept ?
Lee Bermejo : Oui tout à fait. Mais je pense sincèrement que l’on a réussi à dépasser le modèle.
Brian Azzarello : Le scénario est nettement plus original et complexe, je pense.
Vous pensiez déjà à cette nouvelle série en publiant Lex Luthor justement ? Était-ce une demande de votre éditeur ?
B.A.: Non, c’est venu après. Et notre éditeur ne voulait surtout pas voir un nouveau projet de ce type (rires).
On pourrait penser que vous entamez désormais un énorme cycle de tous les portraits des grands vilains de l’univers DC : À quand Black Adam, Captain Cold ou Sinistro ?
L.B.: Non, non surtout pas. Quelle horreur ! Si ces deux personnages nous ont intéressés, c’est aussi parce qu’ils sont particulièrement reconnaissables. Même pour ceux qui ne lisent pas de comics. Lex Luthor, c’est le mec chauve joué par Gene Hackman ou Kevin Spacey, et le Joker, c’est au minimum Jack Nicholson. Tout le monde sait qui ils sont, et c’est aussi parce que ce sont des figures vraiment passionnantes. Si on continuait sur cette lancée, on finirait par se retrouver avec des méchants aperçus de-ci de-là, qui seraient déjà la copie d’un autre et avec un intérêt psychologique proche de zéro.
B.A.: Même Marvel nous a contactés pour que l’on fasse la même chose chez eux. Mais il n’en est pas question.
Votre vision du Joker est finalement très proche de celle du film de Christopher Nolan, The Dark Knight, et au départ le titre devait justement être Joker : The Dark Knight. Est-ce que cette connexion était voulue ?
L.B.: Non pas vraiment. Les deux projets se sont montés en parallèle. Il me semble même qu’on a commencé à préparer notre série bien avant que le film soit annoncé. Tout ça pour dire que non, je ne pense pas que d’un côté comme de l’autre, on se soit inspiré mutuellement, voire copié. Je me souviens que lorsque je faisais mes recherches graphiques, je savais seulement qu’une suite de Batman Begins était en préparation et qu’il y aurait sûrement le Joker dedans.
B.A.: Et quant aux similarités entre les deux visions, je pense qu’elles sont tout simplement dues à l’époque et à la même volonté de rapprocher l’univers de Batman du monde réel.
L.B.: Je dis ça souvent, mais je suis persuadé que certaines idées « flottent » comme ça dans l’air du temps et que plusieurs artistes peuvent alors aboutir aux mêmes conclusions sans s’être concertés. On nous parle régulièrement du sourire du Joker qui est présenté chez nous, comme dans le film, par d’horribles cicatrices… mais finalement ça n’est même pas vraiment nouveau. Il y a déjà eu des illustrations qui utilisaient cette idée.

Lex Luthor : Man of Steel était raconté à la première personne. Pourquoi avoir besoin d’un narrateur annexe pour le Joker ?
B.A.: Je crois qu’il est impossible de vraiment entrer dans la tête du Joker (rires). Et puis si j’avais vraiment essayé, je crains qu’à l’arrivée, le personnage serait devenu prévisible et justement, si le Joker est si inquiétant, dérangeant, c’est parce qu’il est imprévisible.
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