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Attendu comme le Messie par tous les fans de cinéma de genre, Martyrs se dévoile enfin sur nos écrans (dans une combinaison atrocement réduite) et continue d’alimenter un débat entre passionnés pour le moins houleux.
Un peu trop concernés par les attentes de leur public toujours avide de sensations fortes (à condition cependant qu'elles ne le mettent pas trop mal à l'aise), les cinéastes spécialisés dans l'horreur se contentent bien souvent d'en recycler mécaniquement les éléments les plus fédérateurs (le gore qui tache, le sexe gratuit, les clins d'œil complices), oubliant parfois un peu vite que le genre s'accommode très bien d'un semblant de matière grise lorsqu'il s'agit de s'attaquer à nos bas instincts. Des bandes qualifiées d'extrêmes comme Saw IV, Frontières, Haute tension ou Massacre à la tronçonneuse - le commencement ont beau dépeindre (parfois avec un certain talent) des actes de violence qui repoussent un peu plus les limites de l'ultra-violence, leur pouvoir de subversion reste des plus anecdotiques, la faute à des auteurs plus intéressés par la valeur-choc de leurs effets spéciaux que par la richesse thématique de leur scénario. Une fois sorti de la salle, c'est souvent vite oublié et c'est fort dommage...

Loin des cinéastes « best-of » qui sévissent en France et dont l'activité favorite consiste à retourner des passages entiers de leurs films de chevet, Pascal Laugier a prouvé avec Saint Ange qu'il était l'un des seuls rejetons de la génération VHS à avoir digéré ses influences cinématographiques et à développer une sensibilité artistique qui lui est propre. Et c'est cette intégrité totale envers le genre qui va lui permettre de l'emmener là où tant d'autres metteurs en scène dits « transgressifs » n'auraient osé poser leur caméra. En véritable électron libre, Martyrs refuse de caresser le spectateur dans le sens du poil (avec tous les risques de rejet total que cela comporte) et fait fi de toute compromission commerciale (n'espérez pas de dernier acte rédempteur et cathartique) pour mieux vomir à chaque plan la colère de son auteur, rongé de l'intérieur par un sentiment de malaise que seul le cinéma peut apaiser. Brassant à la fois le vigilante movie, le giallo, le film de créature et le drame métaphysique, le scénario de Martyrs impressionne par son refus de se laisser enfermer dans un carcan trop étroit. Impossible dès lors pour le spectateur de se sentir en terrain connu, Laugier s'autorisant des ruptures de ton proprement ahurissantes, et tous ceux qui auront la chance de découvrir le film l'esprit un tant soit peu vierge (comme ce fut le cas pour l'auteur de ces lignes) n'en seront que plus estomaqués. Audacieuse sur le papier, cette liberté de ton ne vaudrait cependant pas grand-chose si Martyrs ne bénéficiait pas d'interprètes de talent capables de donner vie à l'une des plus belles – car impossible – histoires d'amour jamais portée à l'écran. Dans la folie (dépeinte avec une crudité rappelant Zulawski) comme l'émotion (magnifique étreinte sous une pluie battante), Mylène Jampanoï et Morjana Alaoui sont tout simplement exceptionnelles de justesse, et sans ce contrepoint humain, la violence affichée par Martyrs ne serait pas aussi traumatisante.
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