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Le dernier grand jeu de Rockstar Games s’offre, pour la modique somme de dix euros, un lifting inattendu, les cowboys et malfaiteurs devant aujourd’hui s’unir pour affronter des hordes de zombies sacrément voraces. Un face-à-face inédit (ou presque, merci Abel Ferry) et garanti 100% Mad !
Étrange histoire que celle du mythe du mort-vivant. Croisée dans les écrits de Mary Shelley et Edgar Poe, pierre angulaire du vaudou, popularisée à la fin des années 1960 par George A. Romero, brutalement politisée durant les seventies par le même Romero et Bob Clark, parodiée tout au long des eighties, puis exclu des écrans au début des années 90, cette figure majeure du répertoire horrifique était tombée sous le giron de Capcom avec la saga vidéoludique Resident Evil. Revenu sur le devant de la scène grâce à l’adaptation cinématographique de cette franchise en 2002 (donc grâce au médium jeu video), le mort-vivant vient de s’offrir une décennie de célébrité, tout un tas de bandes plus ou moins postmodernistes, référentielles ou opportunistes célébrant sa glorieuse décrépitude. Remakes, suites, suites de remakes, relectures… D’Uwe Boll à Zack Snyder, de Danny Boyle à Edgar Wright, le zomblard est partout. Planétaire (au Canada, on le domestique, en France, on l’étripe à la gatling et au Japon, on lui oppose un commando de nymphettes), le phénomène dépasse désormais très largement les limites des salles obscures. Les comics s’y frottent, la télévision aussi… et le jeu vidéo poursuit tranquillement sur la lancée de Capcom. Difficile, à l’heure du brillant Left 4 Dead, de proposer une vision originale du sujet. Harcelés depuis des années par des fans désireux de démastiquer du revenant en milieu urbain ouvert (des rumeurs tourneront longtemps autour d’un Add-On de Grand Theft Auto), les développeurs de Rockstar résistent à la fièvre ambiante et au Dieu dollar. Pour mieux céder auxdites requêtes avec Undead Nightmare, dernier DLC en date du western interactif Red Dead Redemption.
Les phases d’exploration de Red Dead Redemption étaient déjà stupéfiantes, le joueur pouvant galoper en toute liberté dans un Ouest sauvage classieusement modélisé. Arrivée au trot dans une ville ou un village, incursion léonesque dans un saloon, partie de poker sur fond de piano désaccordé, visite d’une église abandonnée fouettée par le vent, camping en plein désert, duel en pleine rue, gunfight dans les montagnes, chasse, élevage, attaque ferroviaire, le tout sur fond de sifflements morriconiens... L’arsenal cinématographiquement chargé de Red Dead, qui assurait jadis quelques dizaines d’heures ludico-fantasmatiques, est bien sûr repris ici, mais perverti, renversé pour s’aligner sur les valeurs du genre horrifique. Ecrasée par un ciel désespérément grisâtre, la campagne solo propose d’errer en plein cœur d’un cauchemar post-apocalyptique, contexte d’autant plus ironique que la civilisation décrite n’est pas encore arrivée à maturité. Déjà bâtis de bric et de brocs et copieusement délabrés avant l’arrivée des zombies, les environnements se font ici particulièrement angoissants, l’uchronie de l’intrigue effaçant peu à peu tous les repères du joueur, le propulsant dans un univers entre Le Bon, la brute et le truand et Mad Max 2. Désertées suite au fléau, les routes respirent la solitude, des cadavres ambulants hantent les bâtisses isolées et la météo simule désormais des orages sourds, pesants, qui éclatent généralement à l’orée des cimetières. Cimetières qui constituent maintenant des points de rendez-vous, une grande partie du jeu consistant à nettoyer les morts-vivants directement à la sortie du tombeau. Une autre partie de l’aventure nous envoie pacifier des villes infestées ou partir en quête de personnes disparues dont le portrait aura été placardé par un proche, promesse de prime à l’appui.
Plongé dans un univers désolé, à la profondeur de champ toujours aussi vertigineuse, Undead Nightmare ne réinvente pas la roue d’un point de vue conceptuel. Le scénario révèle toujours ses secrets au détour d’endroits stratégiques, occasionnant des retrouvailles souvent décalées avec des personnages croisés dans la campagne d’origine. Généreux en cinématiques, quêtes annexes, armes et surtout en combats stressants (le Dead Eye, sorte de Bullet Time déjà présent dans Red Dead Redemption, devra ici être utilisée avec un grand sens du timing, les zombies pouvant se montrer totalement imprévisibles), Undead Nightmare redouble d’intérêt en multi. S’inspirant très largement de Left 4 Dead (voir la dynamite qui attire les revenants avant de les faire sauter aux quatre vents) et Gears of War 2 (le mode Horde est repris quasiment tel quel), les parties en ligne jouent la carte de la survie pure et simple, avec une mort inéluctable au bout du chemin. Un choix de Game Design pertinent parmi d’autres, à l’actif d’un jeu particulièrement chronophage.
Alexandre Poncet
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