LA SOIF DU MAL
LA SOIF DU MAL
Joshua a fait figure d’OVNI au dernier festival de Gérardmer : en effet, le film de l’ancien documentariste George Ratliff n’est ni un film fantastique, ni un film d’horreur, ni même un thriller, mais plutôt un drame psychologique qui se nourrit des influences de ses trois genres sans jamais vraiment oser l’avouer. Dans son refus catégorique de se la jouer série B, Joshua agace autant qu’il intrigue. La mise en scène, froide et distanciée, épouse pourtant avec pertinence le point de vue de son héros : Joshua, huit ans et fils unique, qui voit son existence bouleversée par la naissance de sa petite sœur. Dès lors, le luxueux appartement proche de Central Park ou vit la famille devient le théâtre de leur implosion. Handicapé par un manque affectif qui ne cesse de grandir, Joshua laisse la cruauté guider ses actes. « Tu sais, rien ne t’oblige à m’aimer », dit-il à son père, qui ne se doute pas une seconde que le Mal peut revêtir le visage d’un sage petit garçon virtuose du piano…




L’instrument est d’ailleurs au cœur du personnage : il est la voix de cet enfant taciturne, qui en use pour séduire son partenaire ou pour déstabiliser son auditoire, qu’il en joue avec son oncle gay (l’un des personnages les plus attachants du film) ou face à une famille dont il sonne le glas en brutalisant un morceau de Mozart. Personne n’échappera à son courroux, dont le but final, très ambigu, ne nous est révélé que dans la dernière scène. Joshua n’est pas le Damien de La Malédiction : juste un enfant prêt à tout pour parvenir à ses fins, quitte à détruire ceux qui l’aiment et qu’il n’a pas appris à aimer. A cet égard, le film fait froid dans le dos, tant la méchanceté et la fourberie qui animent Joshua sonnent juste. Il est en outre bien rare que le cinéma ose prétendre que la sacro-sainte innocence enfantine est avant tout la période ou l’on est inapte à faire la différence entre le bien et le mal… et que ce n’est pas toujours le bien qui l’emporte.




Le portrait de Joshua ne serait pourtant qu’un vain exercice de style (ce qu’il est parfois, la faute à un académisme pseudo-seventies vaguement pompeux) si le script ne bifurquait pas adroitement dans sa deuxième partie, donnant la part belle aux victimes de Joshua, à commencer par son père, joué par un Sam Rockwell qu’on n’avait jamais vu aussi convaincant. L’émotion surgit enfin, particulièrement dans la déjà fameuse scène du parc dont on se gardera de dévoiler la teneur, si ce n’est qu’elle possède une densité dramatique que n’auraient pas renié le Robert Mulligan de The Other (le film se voulant par ailleurs un hommage à Rosemary’s Baby et à L’Exorciste dans son approche réaliste et parano). Habilement construit mais sans doute trop timide (ou trop coincé ?) dans son approche du malaise, Joshua est donc une expérience qui mérite amplement d’être vécue mais qui ne suscite finalement qu’un intérêt poli.



Cédric Delelée
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