LA REVOLUTION EST (PRESQUE) EN MARCHE !
LA REVOLUTION EST (PRESQUE) EN MARCHE !

« Il y a eu le passage du muet au parlant, puis celui du noir et blanc à la couleur, et je pense que l'arrivée du relief sera la prochaine grande étape dans l'Histoire du Septième Art. » Ainsi Jeffrey Katzenberg, en tournée mondiale depuis le mois d'octobre, annonce-t-il la révolution stéréoscopique à venir, appuyant son propos sur la sortie, début 2009, du prochain film d'animation de Dreamworks, Monstres contre Aliens.



« Jadis, nos parents devaient porter ces lunettes bleu / rouge ridicules pour profiter d'un semblant de sensation 3D. Cette époque est révolue, et grâce aux avancées technologiques, l'effet est rendu grâce à des lunettes high-tech plutôt jolies, et de surcroît très agréables à porter même pour ceux qui auraient déjà des lunettes. » Katzenberg, grand patron du département animation de Dreamworks, ne ment pas à ce sujet : les binocles qui seront distribuées l'année prochaine à des millions de spectateurs le temps d'une projection s'oublient très rapidement, et ne causent guère de migraine, contrairement à leurs ancêtres. Petit bémol, dû au procédé de projection (le projecteur synchronisant deux images différentes, qui seront rassemblées a posteriori par les fameuses lunettes) : il suffit que quelqu'un ou quelque chose obstrue une partie de la vision pour que l'image décroche soudainement, avant de revenir à la normale au bout de quelques secondes. Étrange et plutôt désagréable mais cela reste une goutte dans l’océan, vu ce que peut apporter le procédé artistiquement parlant.



Katzenberg le clame haut et fort : « Il est nécessaire que la 3D soit incluse à un projet dès son lancement. ». Ce qui laisse perplexe, toutefois, est bien la mise en application de l'effet de relief, totalement superflu dans un film comme Monstres contre Aliens, mastodonte réalisé par l'équipe de Shrek (gasp) et Madagascar (re-Gasp). Mis en scène exactement de la même manière qu'un film « plat », et non dénué de bonnes idées visuelles (la gestion des échelles entre les différentes créatures est impressionnante), le métrage ne semble jamais vouloir profiter de son principal argument de vente au-delà d'un gain évident de profondeur de champ (voir la scène où le président des États-Unis grimpe les marches d'un gigantesque escalier menant au seuil d'un vaisseau extraterrestre géant). Choix inattendu pour un blockbuster d'animation, d'autant que Robert Zemeckis s'évertuait l'an dernier à imposer avec Beowulf tout un tas de nouvelles règles grammaticales, liant viscéralement les effets de relief aux enjeux dramatiques de chaque scène. Katzenberg semble d'ailleurs se contredire à ce sujet, abandonnant momentanément la notion de « révolution cinématographique » en arguant que « les auteurs ont tout fait pour éviter de transformer la 3D en gimmick. » Certes, mais dans ce cas, pour quelle raison se plonger dans ce nouveau médium ?



Au-delà des incohérences du discours, Monstres contre Aliens s'annonce comme un spectacle tout à fait honorable et relativement bien fichu, où des mutants emprisonnés des années durant par l'armée américaine sont chargés de contrecarrer une invasion extraterrestre. Sorte de réponse tardive du studio aux Indestructibles de Pixar (le génie de Brad Bird en moins, comme en attestent les cinq extraits que l'on a pu visionner), le long-métrage est surtout l'arbre qui cache la forêt. En effet Dreamworks, de même que la plupart des studios hollywoodiens, ont récemment officialisé leur ferme volonté de populariser le cinéma stéréoscopique et d'inonder les salles de divertissements en relief dans les années à venir. Toute l'architecture même de la chaîne de production a ainsi été repensée, et des millions de dollars ont été investis dans diverses technologies propriétaires (à chaque studio la sienne), toutes compatibles avec les projecteurs d'ores et déjà acheminés vers des milliers de salles à travers le monde. Ambition affichée : que 70% des recettes du prochain Shrek, lui aussi réalisé en 3D, proviennent de salles équipées. Dans ce contexte de course à l’armement, la concurrence n'empêche pas la collaboration, puisque James Cameron lui-même a invité l'ensemble des acteurs de ce remaniement sur le tournage d'Avatar, et a exposé en détail la mise en œuvre d'un tel projet. Sous l'œil pionnier du réalisateur de Aliens, Abyss, Terminator 2 et Titanic, et grâce aux effets visuels annoncés comme monumentaux de Weta Digital (Le Seigneur des Anneaux, King Kong), la révolution promise devrait bien avoir lieu en décembre 2009. Gageons que le cinéaste ne se privera pas, contrairement à ses confrères, de faire évoluer son art en fonction des exigences et des possibilités d'une scénographie en trois dimensions.



Alexandre Poncet
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