|
Avec 372 millions de dollars de recettes mondiales à sa sortie en 2005, Batman Begins se hisse à la seconde place des films les plus lucratifs de la saga, juste après le Batman de Tim Burton, avec lequel tout a commencé en 1989. Le score est certes impressionnant mais reste difficilement comparable à celui du film de Burton qui, en dollars constants, flirte plutôt avec les scores faramineux d’un Spider-Man. La franchise est certes relancée, et plus populaire que jamais auprès des spectateurs déçus de Batman Forever et Batman & Robin, mais à quel prix ? Le film a coûté cher, très cher (on parle de 180 millions de dollars) et le ton très premier degré est souvent mis en cause pour justifier ce succès timide, même s’il ne faut pas oublier que le public a quand même eu le droit à cinq aventures cinématographiques du « Caped Crusader » en l’espace de 16 ans, ce qui ne constitue donc plus vraiment un évènement (et encore, on ne compte pas les longs-métrages animés sortis en salles comme l’excellent Batman – Mask of the Phantasm). La Warner ne s’y prend pourtant pas à deux fois avant de donner le feu vert à une suite, alors que le studio se fait toujours désirer aujourd’hui pour relancer la machine Superman après les résultats plus que mitigés de Superman Returns au box-office (le film s’est pris une belle branlée par les autres blockbusters de l’année, comme Pirates des caraïbes 2 et surtout, honte suprême, X-Men 3). Autant dire qu’à défaut d’autre chose, la vision conjointe du réalisateur Christopher Nolan et du scénariste David S. Goyer sert de béquille plus qu’appréciable à la DC Comics (affilié à Time Warner, donc Warner Bros), dont le récent palmarès cinématographique est loin d’égaler celui de la Marvel.
The Dark Knight (c’est le titre officiel de cette suite) est donc lancée, non sans certains ajustements : on se souviendra tout d’abord des rumeurs concernant Kathie Holmes, qui aurait prodigieusement énervé les pontes de la Warner en paradant au bras de son futur mari Tom Cruise durant tout l’été 2005, faisant ainsi la promotion de La Guerre des Mondes au détriment de celle de Batman Begins. Malgré les démentis officiels de l’époque, Kathie Holmes est donc remplacée par Maggie Gyllenhaal qui reprend le même rôle, celui de Rachel Dawes, personnage féminin créé par Goyer pour les besoins de la franchise. D’ailleurs, ce dernier non plus ne revient pas à la barre du script, laissant la place à Jonathan Nolan (frère de l’autre, qu’il assiste sur les scripts de Memento et Le Prestige) non sans avoir rédigé un long traitement en cas de trilogie à prévoir. Il faut dire que le bonhomme soigne sa carrière de réalisateur (pas vraiment convaincante pour l’instant) et s’apprête bientôt à réaliser Magneto : X-Men Origins, spin-off racontant la jeunesse du célèbre super-vilain de la Marvel. C’est sous son impulsion que revient l’une des figures du mal les plus emblématiques de la mythologie de Batman, à savoir le Joker. Craignant une certaine redite, Christopher Nolan hésite à exploiter ce méchant hors du commun, avant de se laisser convaincre pour de bon quand on lui confirme qu’il lui est permis de se distancer de l’image bouffonne véhiculée par la performance en roue libre de Jack Nicholson dans le premier Batman, monument de cabotinage qui ferait presque rougir de honte les Bernard Mabille et autres Henri Guybet de notre belle contrée. Le réalisateur se tourne alors vers Sean Penn, père spirituel des acteurs écorchés vifs, pour incarner le super-vilain psychopathe. Le choix est délicat mais intriguant, si ce n’est que l’acteur de Comme un chien enragé et L’impasse refuse le rôle pour s’engager dans le thriller politique Crossing Over de Wayne Kramer (La Peur au ventre). Ce sera donc Heath Ledger, excellent acteur de Chevalier et Brokeback Mountain malheureusement trop vite catalogué minet de service, qui endosse la défroque clownesque du Joker. Pour les besoins du rôle, l’acteur perd plusieurs kilos et se force à un rythme de sommeil plus que léger (environ deux heures par nuit !) afin de rentrer par la petite porte dans la psychose de son personnage.
Et les premières images lui donnent raison ! Attendu au tournant, le Joker est bel et bien la nouvelle star de la franchise, puisqu’il éclipse presque les quelques nouveautés de ce second opus qu’on nous promet plus chargé en matière d’action (la Bat-moto fait furtivement son apparition dans la bande-annonce). La promotion du film ne se focalise ainsi jamais sur le casting de Aaron Eckhart dans le rôle de Harvey Dent (destiné à devenir le dangereux schizophrène Two-Face dans un troisième épisode, à cause du Joker d’ailleurs) ni sur le caméo de Cillian Murphy, qui revient interpréter le Scarecrow. Au contraire, le site officiel s’axe principalement sur le Joker, et les « chanceux » qui iront voir Je suis une légende en Imax (notamment aux Etats-Unis, et possiblement en France) auront même le droit d’assister aux cinq premières minutes de The Dark Knight, soit une séquence d’ouverture qui décrit un braquage de banque perpétré par des bandits déguisés en clowns. Parmi eux, le Joker qui se débarrasse un par un de ses alliés, après que ceux-ci l’aient aidé à dérober l’argent de la Mafia. Son but ? Faire éliminer Batman par la Cosa Nostra de Gotham, en échange de la restitution intégrale de leur butin. Aucune trace de la chauve-souris dans cette scène, qui renvoie autant à Heat (la présence de l’excellent William Fichtner, alias Van Zant dans le film de Michael Mann, n’est pas étrangère à l'affaire) qu’à la toute première bande-annonce (pré-11 septembre) de Spider-Man (du moins en matière de promotion), dans lequel un groupe de braqueurs était coincé par la toile de Spidey, dressée entre les deux tours jumelles du World Trade Center. Ceci étant dit, les puristes peuvent se rassurer, le personnage du Joker ne risque pas de passer au premier plan au détriment de Batman, comme ce fut le cas à l’époque du film de Burton. Réquisitionné sur toute la durée du tournage (de avril à novembre 2007), son interprète Christian Bale a même été appelé pour prêter sa voix à Batman – Gotham Knight, un long-métrage d’animation composé de plusieurs segments et développé par Bruce Timm (la force créatrice derrière le renouveau du personnage à la télévision en 1992), dont la sortie en DVD devrait d’ailleurs coïncider avec la sortie en salles de The Dark Knight, prévue pour le 20 août prochain en France. Malgré la rude compétition de Indiana Jones, Iron Man et de l’incroyable Hulk, la Batmania va-t-elle faire son retour en 2008 ?
Stéphane Moïssakis
|
|
|
() Commentaire |
|
|
|